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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006395

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006395

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 août 2020 et le 8 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 31 juillet 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Melun lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dans un délai de 48h à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil et de lui verser les montants d'allocation pour demandeur d'asile non perçus au cours des mois de juin à septembre 2020 inclus ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil sous réserve de son admission à l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- la procédure est viciée, en l'absence d'entretien personnel et d'examen de sa vulnérabilité, tels que prévus par les articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas davantage démontré que la décision en litige ait été prise après qu'il ait été mis en mesure de présenter ses observations écrites conformément à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2021 et 12 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 17 octobre 2022 à 12 h 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision du Conseil d'Etat n° 428530 et 428564 du 31 juillet 2019, Association LA CIMADE et autres, A.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 5 décembre 1997 à Mandi Bahauddin (Pakistan), a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 8 août 2019, et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par décision du 31 juillet 2020, la directrice territoriale de l'OFII de Melun a pris à son encontre une décision lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dont le requérant demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée vise en particulier l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision du Conseil d'Etat n° 428530 et 428564 du 31 juillet 2019 susvisée, expose le motif sur lequel elle se fonde, tirée de ce que le requérant a refusé une proposition d'hébergement le 16 mars 2020, et mentionne que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de celui-ci ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée, motivée ainsi qu'il a été dit au point précédent, n'ait pas été précédée d'un examen sérieux de la situation du requérant. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire () ".

5. Si les dispositions précitées prévoient qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu pour permettre à l'OFII d'évaluer la vulnérabilité d'un demandeur avant de suspendre à son encontre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il s'ensuit que M. A ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision contestée, de l'absence de l'entretien préalable permettant d'évaluer sa vulnérabilité, prévu par les dispositions susvisées. En tout état de cause, il résulte des mentions, non sérieusement contestées, de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil qu'il a signée le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile, ainsi que de la copie d'écran, insérée dans le mémoire en défense, du formulaire renseigné à cette occasion, que celui-ci a bénéficié d'un tel entretien, en langue ourdou, que l'intéressé indique parler, lors duquel sa vulnérabilité a été évaluée. Il s'ensuit que le vice de procédure invoqué ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant qu'il s'est vu adresser un courrier du 16 mars 2020, notifié le 24 juin 2020, soit plus de quinze jours avant la décision en litige du 31 juillet 2020, l'informant de l'intention de l'OFII de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, précisant le motif et l'invitant à présenter ses observations, ce qu'il n'a pas fait. Il s'ensuit que le vice de procédure invoqué doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur (). 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ". Les dispositions alors codifiées à l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version modifiée par la loi du 10 septembre 2018 susvisée, disposent que : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement (). Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé () entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ".

8. Dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La CIMADE et autres, n° 428530 et 428564, le Conseil d'Etat a jugé que dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

9. Ainsi qu'il résulte des mentions de la décision contestée, pour prononcer la suspension des conditions matérielles d'accueil du requérant, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur un motif tiré de ce que celui-ci a refusé, le 16 mars 2020, l'hébergement proposé au sein du centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) de Gretz-Armainvilliers.

10. Pour justifier du refus d'hébergement en cause, l'Office produit un courriel de la directrice de ce CADA du 16 mars 2020 adressé à la direction territoriale de l'Office, ainsi qu'un courrier du même jour remis en mains propres à M. A et contresigné par lui, aux termes desquels celle-ci expose que l'intéressé lui a, le jour même, signifié le refus en litige, qu'il a confirmé après un échange au cours duquel elle l'a informé des conséquences de ce refus. A l'appui de sa contestation matérielle de ce motif, le requérant fait valoir qu'il parle uniquement ourdou, langue officielle du Pakistan, invoquant une incompréhension tant lors de l'échange qu'il a eu avec la directrice du CADA que pour la remise du courrier précité, qu'il aurait signé sans en saisir les termes. Néanmoins, il n'est tout d'abord pas contesté que M. A s'est rendu le 16 mars 2020 au CADA en question dans le cadre de la proposition d'hébergement qui lui avait été faite, en direction territoriale de l'OFII, le 5 mars 2020, avec l'appui d'un agent de l'Office d'origine pakistanaise, et que l'intéressé a parfaitement compris les informations fournies à cette occasion, s'étant d'ailleurs rendu sur le place le jour fixé. Ensuite, si le requérant soutient qu'une fois au CADA, il n'aurait pas refusé l'hébergement proposé, il n'expose pas les circonstances pour lesquelles il n'a pas jamais intégré celui-ci, alors même qu'il s'était rendu sur place dans cette perspective, sans s'en étonner, ni s'inquiéter entre le 16 mars et le 31 juillet 2020, date de la décision contestée, alors qu'il affirme qu'il ne disposait d'aucune solution alternative pour se loger. En outre, le requérant n'oppose qu'une dénégation confuse des termes de l'échange qu'il a eu avec la directrice du CADA, indiquant qu'il " apparaît difficilement plausible " que cette dernière ait pu comprendre qu'il exprimait un refus d'intégrer l'hébergement proposé. Dans ces conditions, il n'est opposé aucune contestation sérieuse à la réalité du refus en cause, que la directrice du CADA a pu pleinement comprendre nonobstant la barrière de la langue. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. En dernier lieu, ainsi qu'il vient d'être indiqué, il doit être tenu pour établi que la proposition d'hébergement a été refusée par le requérant. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la directrice territoriale de l'OFII pouvait, pour ce motif, suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil octroyées au requérant. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Melun du 31 juillet 2020, ses conclusions à fin d'annulation devant ainsi être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées par ce dernier aux fin d'injonction et d'astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Jaslet.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

S. CLa présidente,

M. D

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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