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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006419

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006419

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELAS HOWARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n°2006419 et un mémoire, enregistrés les 14 août 2020 et

1er avril 2021, Mme B C épouse F, représentée par la Selas Howard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2020 par lequel la directrice des ressources humaines du groupe hospitalier universitaire Paris-Saclay a refusé de prendre en charge au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles les arrêts de travail pour la période

du 13 au 21 novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris de prendre en charge, au titre de la législation sur les maladies professionnelles, les arrêts de travail postérieurs au 20 novembre 2019 jusqu'à la date de consolidation ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris la somme

de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris n'a pas appliqué l'arrêté

du 18 octobre 2018, créateur de droits, qu'elle n'a pas retiré dans le délai de quatre mois, par lequel elle a reconnu sa pathologie au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles ; la décision contestée est en contradiction avec cet arrêté alors qu'il repose sur la même déclaration du 28 août 2018 ; elle a, en outre, détourné les règles de droit en estimant qu'elle était guérie à compter du 12 novembre 2019 alors qu'elle n'a pas été examinée par un médecin seul habilité à déterminer la date de consolidation d'une maladie d'origine professionnelle ; or, l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 14 novembre 2019 est en lien avec sa maladie professionnelle ;

- elle remplit les conditions du tableau n°98 des maladies professionnelles ; les douleurs lombaires dont elle souffre sont la conséquence directe du port de charges lourdes dans le cadre de son travail ; sa maladie est bien d'origine professionnelle et n'est toujours pas consolidée ; l'aggravation de sa maladie, qui est la conséquence du mauvais reclassement dont elle a fait l'objet en 2017, a nécessité qu'elle prenne de la morphine qui a entraîné des complications ; l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris n'en a pas tenu compte dans son arrêté du 15 juin 2020 ; l'expertise du 3 juin 2021 est incomplète et doit être écartée ;

- c'est en méconnaissance des règles législatives et décrétales que l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a, en prenant la décision en litige, estimé que sa maladie n'était pas d'origine professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse F ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 mai 2022 à 12 heures.

II - Par une requête n°2006420 et un mémoire, enregistrés les 14 août 2020 et le

1er avril 2021, Mme B C épouse F, représentée par la Selas Howard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2020 par lequel la directrice des ressources humaines du groupe hospitalier universitaire Paris-Saclay a refusé de prendre en charge au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles les arrêts de travail pour la période

du 22 novembre 2019 au 16 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris de prendre en charge, au titre de la législation sur les maladies professionnelles, les arrêts de travail postérieurs au 16 janvier 2020 jusqu'à la date de consolidation ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris la somme

de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris n'a pas appliqué l'arrêté du 18 octobre 2018, créateur de droits, qu'elle n'a pas retiré dans le délai de quatre mois, par lequel elle a reconnu sa pathologie au titre de la législation sur les accidents de service et le maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles ; la décision contestée est en contradiction avec cet arrêté alors qu'il repose sur la même déclaration

du 28 août 2018 ; elle a, en outre, détourné les règles de droit en estimant qu'elle était guérie à compter du 12 novembre 2019 alors qu'elle n'a pas été examinée par un médecin seul habilité à déterminer la date de consolidation d'une maladie d'origine professionnelle ; or, l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 14 novembre 2019 est en lien avec sa maladie professionnelle ;

- elle remplit les conditions du tableau n°98 des maladies professionnelles ; les douleurs lombaires dont elle souffre sont la conséquence directe du port de charges lourdes dans le cadre de son travail ; sa maladie est bien d'origine professionnelle et n'est toujours pas consolidée ; l'aggravation de sa maladie, qui est la conséquence du mauvais reclassement dont elle a fait l'objet en 2017, a nécessité qu'elle prenne de la morphine qui a entraîné des complications ; l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris n'en a pas tenu compte dans son arrêté du 15 juin 2020 ; l'expertise du 3 juin 2021 est incomplète et doit être écartée ;

- c'est en méconnaissance des règles législatives et décrétales que l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a, en prenant la décision en litige, estimé que sa maladie n'était pas d'origine professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse F ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 mai 2022 à 12 heures.

III - Par une requête n° 2006421 et un mémoire, enregistrés les 14 août 2020 et

1er avril 2021, Mme B C épouse F, représentée par la Selas Howard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2020 par lequel la directrice des ressources humaines du groupe hospitalier universitaire Paris-Saclay a refusé de prendre en charge au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles les arrêts de travail pour la période

du 17 janvier au 10 février 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris de prendre en charge, au titre de la législation sur les maladies professionnelles, les arrêts de travail postérieurs au 10 février 2020 jusqu'à la date de consolidation ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris la somme

de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris n'a pas appliqué l'arrêté du 18 octobre 2018, créateur de droits, qu'elle n'a pas retiré dans le délai de quatre mois, par lequel elle a reconnu sa pathologie au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles ; la décision contestée est en contradiction avec cet arrêté alors qu'il repose sur la même déclaration

du 28 août 2018 ; elle a, en outre, détourné les règles de droit en estimant qu'elle était guérie à compter du 12 novembre 2019 alors qu'elle n'a pas été examinée par un médecin seul habilité à déterminer la date de consolidation d'une maladie d'origine professionnelle ; or, l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 14 novembre 2019 est en lien avec sa maladie professionnelle ;

- elle remplit les conditions du tableau n°98 des maladies professionnelles ; les douleurs lombaires dont elle souffre sont la conséquence directe du port de charges lourdes dans le cadre de son travail ; sa maladie est bien d'origine professionnelle et n'est toujours pas consolidée ; l'aggravation de sa maladie, qui est la conséquence du mauvais reclassement dont elle a fait l'objet en 2017, a nécessité qu'elle prenne de la morphine qui a entraîné des complications ; l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris n'en a pas tenu compte dans son arrêté du 15 juin 2020 ; l'expertise du 3 juin 2021 est incomplète et doit être écartée ;

- c'est en méconnaissance des règles législatives et décrétales que l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a, en prenant la décision en litige, estimé que sa maladie n'était pas d'origine professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse F ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 mai 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse F, infirmière diplômée d'Etat en soins généraux, a exercé, à partir du 28 décembre 2012, ses fonctions au sein de l'unité de gériatrie aiguë du centre hospitalier (CH) du Kremlin Bicêtre relevant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), hormis sur la période courant du mois d'octobre au mois de décembre 2017 pendant laquelle elle a été affectée au service de consultation polyclinique au service Broca du CH de Bicêtre. Au cours de l'année 2013, des discopathies dégénératives ont été diagnostiquées chez la requérante, confirmées en 2014. Une coxarthrose bilatérale avec atteintes dégénératives des articulations sacro-iliaques du rachis lombaire bas et de la symphyse pubienne ainsi qu'une tendinobursite des moyens fessiers lui ont, également, été diagnostiquées au cours de l'année 2016. Hospitalisée à plusieurs reprises entre 2017 et 2019, Mme C épouse F a été placée en congé de longue maladie du 18 décembre 2017 au 17 juin 2018, puis, du 18 juin au 23 septembre 2018 et, enfin, du 2 novembre au 6 décembre 2018. Le 28 août 2018, elle a, par une déclaration de maladie contractée dans l'exercice de ses fonctions, sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de la lombosacralgie dont elle souffre depuis le 29 mars 2017. Par arrêté du 18 octobre 2018, le directeur des ressources humaines du groupe hospitalier universitaire Paris-Saclay a reconnu sa pathologie comme imputable au service et a fixé la date de prise en charge au 10 septembre 2018. A la suite du rapport médical du 26 décembre 2019 établi par un médecin agréé du service de médecine statutaire de l'AP-HP et de l'avis de la commission de réforme du 10 mars 2020, l'AP-HP a, par trois arrêtés du 15 juin 2020, estimé que les circonstances ou expositions dont il est fait état dans la déclaration du 28 août 2018 ne sont pas reconnues imputables au service et a, en conséquence, refusé de prendre en charge au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles les arrêts de travail pour les périodes respectives du 13 au 21 novembre 2019, du 22 novembre 2019 au 16 janvier 2020 et du 17 janvier au 10 février 2020. Par les trois requêtes susvisées, Mme C épouse F demande, dans le dernier état de ses écritures - l'expertise médicale sollicitée ayant été ordonnée par ordonnance du 2 mars 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Melun -, d'annuler ces arrêtés par lesquels l'AP-HP refuse la prise en charge des arrêts de travail et d'enjoindre à l'AP-HP de prendre en charge, au titre de la législation sur les maladies professionnelles, les arrêts de travail postérieurs au 20 novembre 2019, 16 janvier et 10 février 2020 jusqu'à la date de consolidation.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2006419, 2006420 et 2006421 présentées par

Mme B C épouse F concernent la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués du 15 juin 2020 ont été signés de manière électronique, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, par Mme A H, directrice des ressources humaines du GHU Paris Saclay. En outre, par un arrêté n° 2020-02 du 4 février 2020, publié au recueil des actes administratif spécial (préfecture de Paris) du 10 février 2020, M. G D, directeur par intérim du GHU Paris Saclay, a donné délégation à Mme H à " l'effet de signer (), tous les actes liés à ses fonctions et énoncés dans l'arrêté

n° 20130318-0006 ", notamment, dans les matières énoncées à l'article 1, paragraphe B. L'arrêté directorial n° 2013318-0006 du 14 novembre 2013 modifié, fixant les matières déléguées par le directeur général de l'AP-HP, publié au recueil normal n° 184 du 15 novembre 2013, dispose en son article 1 B 8°), qu'en matière de ressources humaines, la délégation concerne " les décisions relatives au placement ou refusant le placement des personnels non médicaux de catégorie A ou B ou C en position d'accident de service, de maladie contractée dans l'exercice de leurs fonctions, toutes les décisions prévues par l'article 41 de la loi n° 86-33 (), ainsi que les décisions de prise en charge financière des soins suite à accident de service ou maladie contractée dans l'exercice des fonctions ". En son annexe I, ce même arrêté mentionne M. G D, directeur par intérim du GHU Paris-Saclay parmi les agents auxquels les délégations prévues à l'article 1er de l'arrêté sont consenties. Il suit de là, contrairement à ce que soutient la requérante, que Mme H ne disposait pas d'une délégation de pouvoir mais bien d'une délégation de signature à l'effet de signer les arrêtés contestés nonobstant l'absence de mention telle que " au nom de " ou " pour ordre ". Par ailleurs, dès lors que l'arrêté du 4 février 2020, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié, l'AP-HP n'était pas tenue de l'annexer aux arrêtés en litige. Il suit de là que les moyens tirés de l'incompétence du signataire de ces arrêtés ne peuvent qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () ; 2° (). / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / () ".

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. Il résulte des dispositions précitées que la décision refusant à un fonctionnaire le bénéfice de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est ainsi au nombre des décisions qui, en application de cet article, doivent être motivées.

7. Les arrêtés du 15 juin 2020 visent la loi du 9 janvier 1986 et précisent que les arrêts de travail du 13 au 21 novembre 2019, du 22 novembre 2019 au 16 janvier 2020

et du 17 janvier au 10 février 2020 relatifs à la déclaration de maladie contractée dans l'exercice des fonctions du 18 août 2018 ne sont pas pris en charge au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles compte tenu de l'avis défavorable de la commission de réforme du 10 mars 2020, suffisamment motivé en fait, aux termes duquel " la pathologie en cause est d'origine constitutionnelle et dégénérative, sans lien avec l'exercice des fonctions. La reconnaissance d'une maladie imputable au service sur laquelle la commission ne peut revenir n'était pas justifiée ", qu'ils se sont appropriés et dont ils reproduisent intégralement la motivation. Il suit de là que les arrêtés en litige comportent l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquels s'est fondée l'AP-HP permettant à la requérante de contester utilement les refus de prise en charge des arrêts de travail pris à son encontre. Il suit de là que les moyens tirés de l'insuffisante motivation des arrêtés contestés ne peuvent qu'être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " (). / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".

9. Aux termes de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction alors applicable : " (). / Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau. / () ". Aux termes de l'article R. 461-3 du même code : " (). / Les tableaux prévus au même article sont annexés au présent livre (annexe II) ". Le tableau n° 98 prévu par l'annexe II de cet article R. 461-3 énumère, parmi les affectations chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes, la sciatique par hernie discale L4-L5 et subordonne sa qualification comme maladie professionnelle à un délai de prise en charge de six mois sous réserve d'une durée d'exposition de cinq ans d'exposition à des " Travaux de manutention manuelle habituelle de charges lourdes " effectués dans certains domaines d'activités dont le brancardage et le transport de malades.

10. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créé par l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique et instituant un congé pour invalidité temporaire imputable au service ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret

du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique. Or, et en tout état de cause, à la date du 29 mars 2017, date à laquelle la pathologie dont souffre Mme C épouse F a été diagnostiquée, ainsi que cela ressort de la déclaration de sa maladie du 28 août 2018, soit antérieurement à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020, aucune disposition ne rendait applicables aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière, qui demandent le bénéfice des dispositions combinées du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 et de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale instituant une présomption d'origine professionnelle pour toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles, notamment, le tableau n°98, et contractée dans des conditions mentionnées à ce tableau.

11. Il en résulte que les dispositions applicables au présent litige, dont se prévaut

l'AP-HP en défense, sont celles de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, aux termes desquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () ; / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () ". Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

12. Pour refuser de prendre en charge les arrêts de travail pour les périodes respectives du 13 au 21 novembre 2019, du 22 novembre 2019 au 16 janvier 2020 et du 17 janvier au 10 février 2020 au titre de la législation sur les accidents de service et les maladies d'origine professionnelle inscrites ou non dans un tableau de maladies professionnelles, l'AP-HP a estimé que " la pathologie en cause est d'origine constitutionnelle et dégénérative, sans lien avec l'exercice des fonctions. La reconnaissance d'une maladie imputable au service sur laquelle la commission ne peut revenir n'était pas justifiée ".

13. Il ressort, en effet, des pièces du dossier et, notamment, du rapport d'expertise du 1er octobre 2018 d'un médecin expert rhumatologue que les discopathies dégénératives et l'arthrose interapophysaire postérieure dont souffre Mme C épouse F ne sont pas des affections traumatiques et que, dans ces conditions, la lombosacralgie déclarée le 28 août 2018 n'avait pas une origine professionnelle. Le rapport médical du 26 décembre 2019, établi par le médecin agréé de Paris, chef du service de médecine statutaire de l'AP-HP, confirme les conclusions de cette expertise. Dans son avis du 10 mars 2020, la commission de réforme a estimé que " la reconnaissance d'une maladie imputable au service que, laquelle la commission ne peut revenir n'était pas justifiée " au motif que " la pathologie en cause est d'origine constitutionnelle, sans lien avec l'exercice des fonctions ". Il ressort, enfin, du rapport d'expertise établi le 3 juin 2021 par l'expert désigné par ordonnance du 2 mars 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Melun que " Mme C présente des lombalgies avec irradiation L5 à bascule avec une claudication et une limitation de son périmètre de marche en rapport avec un canal lombaire rétréci au niveau L4-L5. Il s'y associe des discopathies dégénératives et une importante arthrose articulaire ", que " ces pathologies ne sont pas liées à des lésions traumatiques " et conclut en ces termes qu'il " n'y a pas d'élément objectif qui permet de reconnaître l'origine professionnelle de cette symptomatologie clinique ". Si la requérante soutient qu'il ne peut être tenu compte de cette expertise médicale en raison de son incomplétude, à défaut pour l'expert d'avoir répondu à l'ensemble des questions posées par le juge des référés, cette circonstance n'est pas suffisante pour écarter cette expertise, qui constitue un élément d'information, des débats. En se bornant à produire, dans le cadre de la présente instance, les mêmes documents que ceux qu'elle a communiqués à l'expert désigné par le juge des référés du tribunal, au cours des opérations d'expertise du 3 juin 2021,

Mme C épouse F ne peut être regardée comme contestant sérieusement les conclusions de l'expert ni, en tout état de cause, l'expertise médicale du 1er octobre 2018, le rapport médical du 26 décembre 2019 et l'avis de la commission de réforme du 10 mars 2020. Le certificat médical du 8 février 2022 du médecin en chef, spécialiste en médecine physique et réadaptation, de l'unité de médecine physique et de réadaptation de l'institution nationale des Invalides, que la requérante a produit dans son mémoire en réplique, et qui relève, au vu de l'imagerie par résonnance magnétique du mois de décembre 2022, une nucléopathie dégénérative au niveau des disques L2-L3, L3-L4 et L4-L5, la présence d'une petite hernie discale extraforaminale droite en L3-L4 ainsi qu'une volumineuse hernie postérieure paramédiane droite à la limite de l'exclusion et de l'arthrose interapophysaire postérieure, sans apporter d'autre précision quant au lien entre ces pathologies et le service, n'est pas susceptible de contredire efficacement les conclusions de l'expertise du 3 juin 2021. Il ressort, enfin, du rapport hiérarchique du 18 juin 2018 que si, dans le cadre de son affectation au service de gériatrie de l'hôpital Bicêtre, Mme C épouse F a assuré des soins d'hygiène et de confort à l'aide de matériel de manutention à disposition dans le service, le service disposait de matériel de manutention, dont la requérante a fait usage, ainsi qu'elle l'a indiqué à l'expert. Il suit de là que Mme C épouse F ne démontre pas l'existence d'un lien direct entre sa pathologie et l'exercice de ses fonctions.

14. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent du présent jugement que l'AP-HP a pu refuser de prendre en charge les arrêts de travail du 13 au 21 novembre 2019, du 22 novembre 2019 au 16 janvier 2020 et du 17 janvier au 10 février 2020. Dans ces conditions, Mme C épouse F ne peut reprocher à l'AP-HP de ne pas avoir appliqué l'arrêté du 18 octobre 2018 prenant en charge sa pathologie au titre de la législation sur les maladies professionnelles, qui n'a pas été retiré, et que l'AP-HP " [aurait détourné] les règles de droit " faisant obstacle à la prise en charge des arrêts de travail liés à la maladie d'origine professionnelle dont elle souffre. En effet, Mme C épouse F ne remplissant plus les conditions pour bénéficier des dispositions du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, ainsi que l'avait déjà relevé le médecin expert rhumatologue dans son rapport d'expertise du 1er octobre 2018 avant que l'AP-HP ne prenne l'arrêté du 18 octobre 2018, l'AP-HP doit être regardée, en prenant les arrêts en litige, comme ayant abrogé, ainsi que l'y autorisaient les dispositions de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration, cet arrêté du 18 octobre 2018. Mme C épouse F ne peut, toujours au soutien de son argumentation tirée du détournement des règles de droit au motif que le rapport médical du 26 décembre 2019 a considéré qu'elle était guérie à compter du 12 novembre 2019 alors qu'elle n'a pas été examinée par un médecin seul habilité à déterminer la date de consolidation d'une maladie d'origine professionnelle, utilement invoquer les dispositions des articles 35-4 et 35

17 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dans leur rédaction issue du décret du 13 mai 2020, alors inapplicables à sa situation. En tout état de cause, la fixation d'une date de consolidation ne fait pas obstacle à une prise en charge au titre de la maladie professionnelle et la procédure d'examen de la question du caractère professionnel d'une maladie ne prévoit pas la consultation préalable de l'un de ces médecins.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse F n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés attaqués du 15 juin 2020. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2006419, 2006420 et 2006421 de Mme C épouse F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse F et à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2006419

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