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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006426

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006426

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantMONGET-SARRAIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 18 août 2020, M. C B, représenté par Me Monget-Sarrail, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2020 en tant que le préfet du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, celle de " salarié ", dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne le 18 août 2020, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une mise en demeure de produire a été adressée le 10 novembre 2020 au préfet du Val-de-Marne, restée infructueuse.

Par ordonnance du 20 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant bangladais, né le 15 octobre 1988 à Dhaka (Bangladesh), est entré en France le 14 novembre 2006 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 3 juin 2019, la régularisation de sa situation administrative au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 8 juillet 2020, le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixé le pays de destination. Le requérant demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté en tant que l'autorité administrative lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'elle envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. A l'appui de sa requête, M. B allègue être présent en France depuis le 15 novembre 2006, plus de treize ans à la date de l'arrêté litigieux et être inséré dans la société française à raison de son activité professionnelle depuis le 23 février 2009, au sein de la société Blanchisserie service industriel Johanne où il a occupé respectivement les fonctions d'employé, agent de production qualifié puis chef d'atelier en blanchisserie. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 10 novembre 2020 par le greffe du tribunal par l'application Télérecours, notifiée le 29 avril 2022, le préfet du Val-de-Marne n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai d'un mois qui lui été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée, par une ordonnance du 20 décembre 2021, au 10 janvier 2022. L'inexactitude des faits allégués par M. B ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, le préfet doit être réputé avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

5. Si le requérant reconnaît s'être maintenu sur le territoire français sous couvert de cartes de résident obtenues par fraude, l'intéressé s'étant fait connaître de l'administration sous une identité usurpée dans le but d'accroître ses chances d'obtenir l'asile à son arrivée en France à l'âge de 18 ans, cette circonstance, pour blâmable qu'elle soit, et dont il résulte en outre l'irrégularité de son séjour, est sans incidence sur l'effectivité de son séjour et son ancienneté. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le requérant, âgé de 31 ans lors de l'édiction de l'arrêté contesté, avait alors passé près de la moitié de sa vie en France, à tout le moins l'intégralité de sa vie d'adulte. En outre, l'intéressé justifie de la réalité et de l'intensité de son intégration dans la société française, ayant obtenu, trois ans après son arrivée sur le sol national, un emploi durable à temps partiel puis à temps plein dans une blanchisserie industrielle et, quatre ans après, une excellente maîtrise de la langue. Le requérant exerçait ainsi, à la date de l'arrêté litigieux, depuis onze ans au sein de la même société. Son employeuse, qui postérieurement au retrait de sa carte de résident a soutenu sa démarche de régularisation par des demandes d'autorisation de travail et par un courrier, relate dans celui-ci la pénibilité physique de l'emploi du requérant, pour lequel il était seul candidat en dépit de l'annonce diffusée par Pôle emploi, ainsi que sa montée en compétences, notamment pour la gestion des équipes et en accédant à des fonctions de chef d'atelier, et insiste sur son implication, son adaptabilité et son insertion. Le directeur de centre de l'association des Restos du cœur, au sein duquel le requérant a effectué du bénévolat, corrobore le réel parcours d'intégration dans la société française. Dans les circonstances de l'espèce, nonobstant la présence au Bangladesh de l'épouse du requérant et de leur enfant, une demande de regroupement familial ayant été refusée compte tenu de la fraude dont le requérant s'était rendu l'auteur, en refusant à M. B un titre de séjour, le préfet du Val-de-Marne a porté une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur sa vie personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2020 en tant que le préfet du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour. Il s'ensuit que les décisions accessoires édictées dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixation du pays de destination, sont dépourvues de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose que : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre service de l'Etat territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2020 en tant que le préfet du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre service de l'Etat territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

S. ALa présidente,

M. D

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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