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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006587

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006587

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantPAULHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2020, Mme C B, représentée par

Me Paulhac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 18 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique (centre d'expertise et de ressources titres) a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire congolais contre un permis de conduire français;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire contre un permis de conduire français, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat en cas d'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi

n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que:

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'elle n'a pas été investie par une délégation de signature régulière ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que si l'arrêté du 9 avril 2019 a abrogé le paragraphe I de l'article 11 du l'arrêté du 12 janvier 2012 qui exemptait les titulaires d'un titre portant la mention " réfugié " de la condition de réciprocité ;

- elle méconnaît le principe de non rétroactivité des actes réglementaires ; seule la loi peut remettre en cause le principe de non rétroactivité des actes réglementaires ;

- elle méconnaît les dispositions de la note d'information du 29 mai 2019, qui a éclairé les modalités d'application de l'arrêté du 9 avril 2019 qui précise que les dispositions nouvelles ne s'appliquent pas aux dossiers complets avant le 19 avril 2019 ; la requérante a déposé sa demande d'échange le 9 avril 2019, c'est-à-dire sous l'empire de la version de l'arrêté du 12 janvier 2012 antérieure à la modification du 9 avril 2019 ; le dossier de la requérante était complet le 19 décembre 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique, représenté par la directrice du centre d'expertise et de ressources titres de Nantes en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été édictée par un auteur compétent ;

- elle n'est pas entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité entre la France et la République démocratique du Congo en matière d'échange de permis de conduire.

Par ordonnance du 21 septembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au

21 janvier 2021 à midi.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 16 septembre 2020 du président du Bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. A a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) qui bénéficie du statut de réfugiée attribué par une décision du 31 août 2018 de la Cour nationale du droit d'asile et qui est titulaire d'une carte de résident délivrée le 11 septembre 2018, a déposé le 19 décembre 2018 un dossier pour échanger son permis de conduire congolais contre un permis de conduire français. Par une décision du 18 février 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité entre la France et la République démocratique du Congo. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision du 18 février 2020.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Si Mme B sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle a été prononcée par une décision du président du Bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal administratif de Melun en date du 16 septembre 2020. Dès lors ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu de statuer dessus.

Sur le cadre juridique applicable :

3. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ".

4. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012, qui a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019 et est entré en vigueur le lendemain de sa publication.

5. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 3.

6. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.

7. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la légalité externe :

8. Par un arrêté en date du 17 septembre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à

Mme D, directrice du Centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique (CERT), à l'effet de signer, notamment, les décisions individuelles statuant sur les demandes d'échange de permis de conduire étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D n'était pas compétente pour signer la décision du 18 février 2020 manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. En premier lieu, Mme B soutient que les dispositions de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration font obstacle à ce que l'administration lui applique les dispositions du paragraphe I de l'article 11 du l'arrêté du 12 janvier 2012 dans leur version en vigueur antérieurement à la modification du 9 avril 2019. Toutefois, eu égard aux considérations citées au point 6. du présent jugement, le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne peut être regardé comme instituant au profit de Mme B une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, cette dernière ne saurait se prévaloir utilement des dispositions qui dispensaient les titulaires d'un titre de séjour portant la mention " réfugiée " de la condition de réciprocité entre Etat en matière d'échange de permis de conduire. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle la décision a été prise, il aurait existé un accord de réciprocité entre la France et la République démocratique du Congo en matière d'échange de permis de conduire. Dès lors, en refusant, pour un tel motif, de procéder à l'échange de permis de conduire sollicité par Mme B, le préfet de la Loire-Atlantique n'a commis aucune erreur de droit au regard des dispositions réglementaires rappelées aux points 3 et 4 du présent jugement qui étaient en vigueur à la date d'édiction de la décision en litige.

11. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 9. du présent jugement,

Mme B ne se trouvait pas dans une situation juridique définitivement constituée le

19 décembre 2018, date à laquelle elle a déposé sa demande d'échange de permis. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet de la Loire-Atlantique a appliqué les dispositions de l'article 11 de l'arrêté du 12 janvier 2012 dans sa rédaction résultant de l'arrêté du 9 avril 2019 publiée au Journal officiel de la République française du 18 avril 2019 à sa situation. Par suite, le refus d'échange opposé à Mme B est dépourvu de caractère rétroactif. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaîtrait le principe de non rétroactivité des actes administratif réglementaires ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième lieu, Mme B soutient que l'arrêté du 9 avril 2019 n'était pas applicable à sa demande d'échange de permis de conduire, dont le dossier complet a été déposé en préfecture le 19 décembre 2018. A ce titre, la requérante se prévaut d'une note d'information du délégué à la sécurité routière du ministère de l'intérieur en date du 29 mai 2018 publiée sur le site Légifrance. Toutefois, si cette note d'information prévoit que les demandes incomplètes déposées avant le 19 avril 2019, date d'entrée en vigueur de l'arrêté du 9 avril 2019, seront désormais refusées sur le motif de non-réciprocité, elle se borne à organiser le service public en informant les membres du corps préfectoral sur la manière de traiter les dossiers incomplets sans toutefois se prononcer sur le sort réservé aux dossiers complets déposés en préfecture avant cette date. Par suite, la requérante ne saurait en tirer les conséquences a contrario concernant le droit applicable à sa demande, lequel est, comme le rappelle la note d'information dont elle se prévaut, celui applicable " à la date d'examen de cette demande ".

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 18 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire congolais contre un permis de conduire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. () ".

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à ce qu'elle soit admise à titre exceptionnel au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Paulhac et au préfet de la Loire-Atlantique .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le magistrat désigné

par la présidente du tribunal,

S. A

La greffière,

C. RICHEFEU

La république mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2006587

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