jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2006606 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET SEBAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 22 août 2020 et le 17 avril 2021, M. A B, représenté par Me Icard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 14 novembre 2019 par laquelle le maire de Créteil a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont il souffre ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Créteil le versement de la somme de 3 000 euros à Me Icard, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que les délais de recours contentieux ont été prolongés par l'ordonnance n° 2020-306 ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le médecin du travail n'a pas transmis de rapport à la commission de réforme ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de ce qu'aucun médecin spécialiste de la maladie dont il souffre ne siégeait au sein de la commission de réforme ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le rapport d'expertise du 30 avril 2016 favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie n'a pas été transmis à la commission de réforme ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, présenté par Me Carrère et enregistré le 16 mars 2021, la commune de Créteil, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requête n'est fondé.
Par décision du 31 janvier 2020, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance en date du 21 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 mai 2021 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023 :
- le rapport de Mme Issard,
- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,
- les observations de Me Icard pour M. B,
- et les observations de Me Hubert-Hugoud pour la commune de Créteil.
M. B a produit une note en délibéré enregistrée le 2 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, adjoint technique de 2ème classe affecté dans les cadres d'emploi de la commune de Créteil, occupait un poste d'ilotier municipal au sein de la direction de la prévention et de la sécurité de la ville. En raison d'un état dépressif, il a été placé en congé de longue maladie du 3 juillet 2015 au 2 octobre 2016. Le 27 août 2015, il a présenté à l'autorité territoriale une demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Par une décision du 9 mai 2017, prise après avis de la commission de réforme, le maire de Créteil a refusé de faire droit à sa demande. Par un jugement n° 1709144 lu le 17 octobre 2019, le tribunal a annulé cette décision. Par une décision du 14 novembre 2019, dont le requérant demande l'annulation, le maire de Créteil a une nouvelle fois refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie.
2. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. Lorsque la commission statue sur le cas d'un sapeur-pompier professionnel, son secrétariat informe le médecin de sapeurs-pompiers désigné par le préfet sur proposition du directeur départemental des services d'incendie et de secours. Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous. "
3. Il ressort des pièces du dossier que le médecin de prévention a établi un rapport écrit sur la situation médicale de l'intéressé daté du 31 août 2016, dont celui-ci a obtenu communication lors de la consultation de son dossier, et qui a été transmis le 3 mars 2017 à la commission de réforme. Si le requérant soutient que ce praticien n'a pas consulté son dossier personnel, aucun texte législatif ou réglementaire ne prévoit qu'il était tenu de le faire. De plus, la circonstance qu'il indique dans son rapport que le requérant n'a pas été reçu en consultation par le service de médecine préventive depuis 2007 est sans incidence sur la régularité de son rapport. Par suite, le moyen tiré de ce que le médecin de prévention n'a pas remis un rapport à la commission de réforme manque en fait et doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller. ".
5. M. B soutient que le dossier soumis à la commission de réforme était incomplet en l'absence de transmission à cette instance d'un rapport médical établi le 30 avril 2016 à la demande de la commune de Créteil. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette pièce, au demeurant très peu circonstanciée dès lors qu'elle ne reprend aucun élément relatif au contexte professionnel et aux conditions de travail de M. B en se bornant à considérer que le fait générateur de son état dépressif correspondait au jour de sa demande de reconnaissance d'imputabilité sans s'interroger sur les causes de sa dépression, a été transmise à la commission de réforme par la commune de Créteil par bordereau du 3 mars 2017. Par ailleurs, il était loisible au requérant de transmettre ce rapport aux membres de la commission comme le lui permettent les dispositions de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 précité. En tout état de cause, les conclusions de ce rapport tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de l'intéressé étaient reprises dans le rapport administratif établi par la commune de Créteil et dont il n'est pas contesté qu'il a également été transmis à la commission de réforme par le bordereau précité. Dans ces conditions, il ne ressort pas du dossier que M. B aurait été privé d'une garantie, ni même que l'absence alléguée du document dont il fait état aurait nécessairement exercé une influence sur le sens de l'avis émis par la commission de réforme. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un vice de procédure pour ce motif doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 3 du même arrêté, la commission de réforme comprend " 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes [] ".
7. Dès lors qu'il ne résulte pas des éléments du dossier que les troubles anxio-dépressifs dont souffrait M. B requéraient nécessairement, pour l'examen de l'imputabilité au service de sa pathologie, le concours d'un médecin psychiatre afin d'éclairer la commission de réforme, la circonstance que cette commission ait siégé sans la présence d'un tel médecin spécialiste est sans incidence sur la régularité de la décision attaquée. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'avis émis par cette instance l'aurait été à l'issue d'une procédure irrégulière.
8. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".
9. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il en est ainsi lorsque la pathologie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service est en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec le service.
10. Au soutien de sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa pathologie, le requérant se prévaut des conclusions d'un psychiatre formulées dans son rapport du 30 avril 2016, établi à la demande de la commune, lequel a estimé que " lors de l'examen on retrouve des troubles du sommeil à type de cauchemars de mauvaise récupération. On retrouve une humeur triste, des pleurs, avec des idées suicidaires. On retrouve une incurie personnelle, domestique ainsi qu'administrative. Un apragmatisme, une inhibition psychomotrice. Il existe une asthénie, une anorexie avec une perte de poids. On retrouve des difficultés d'attention, de concentration entravant les fonctions cognitives ", et que donc, selon lui, " les arrêts de maladie et les soins sont bien imputables à la maladie professionnelle du 3 juillet 2015 ". Le requérant n'apporte toutefois aucun élément précis et circonstancié relatif au contexte professionnel dont il aurait souffert, les seules pièces au dossier évoquant ce contexte se limitant à sa demande de reconnaissance d'imputabilité, dans laquelle il écrit, au sujet de ses arrêts de travail, qu'ils sont " consécutifs au processus de harcèlement moral dont j'ai fait l'objet de la part de [plusieurs de mes supérieurs] et vous-même. Pour les faux témoignages de [mes collègues], dirigés par , relatifs aux incidents " ainsi que le procès-verbal de son dépôt de plainte pour harcèlement à l'encontre de ses collègues dans lequel il relate une altercation qu'il aurait eue avec son supérieur ainsi que la circonstance que ses coéquipiers auraient établi de faux témoignages à la demande de leur hiérarchie. Ainsi, le requérant ne démontre pas que sa pathologie présente un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent, dès lors, être rejetées.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Créteil qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B une somme de 2 500 euros à verser à la commune de Créteil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Créteil sur le fondement de l'article L. 761-1 sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Icard et à la commune de Créteil.
Délibéré après l'audience du 19 octobre, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
La rapporteure,
C. ISSARD La présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026