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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006743

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006743

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantJEUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 août 2020 et 13 juillet 2021, Mme A B , représentée par Me Jeudi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable du 15 janvier 2020 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 9 000 euros, assortie des intérêts à compter de la réception du recours indemnitaire préalable, le 22 janvier 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (rectorat de l'Académie de Créteil) la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rectorat a commis une faute en retirant sa candidature pourtant validée au-delà du délai de 4 mois, en méconnaissance des dispositions des articles L. 242-1, L. 242-2 et L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il ne l'a pas informée lors de la validation de sa candidature qu'il émettait des réserves quant à la validité de son titre de séjour et n'a pas dispensé une information adaptée dans son formulaire d'autorisation préalable de candidature ;

- il n'a pas assuré la tenue d'un entretien contradictoire avant de lui refuser l'autorisation d'enseigner ;

- il a commis une erreur de droit ;

- il a procédé à un contrôle tardif et a implicitement accepté sa candidature en la laissant enseigner ;

- le refus d'enseigner est disproportionné par rapport au motif invoqué ;

- les fautes du rectorat de Créteil lui ont causé des préjudices matériel et moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2020, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2021 à midi.

Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 août 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B s'est portée candidate, auprès de la direction diocésaine de l'enseignement catholique de Créteil, pour exercer des fonctions de maître délégué dans les établissements de l'enseignement privé catholique de l'académie de Créteil. Sa candidature ayant été retenue par la direction diocésaine de l'enseignement catholique de Créteil le 3 mai 2018, elle se voyait proposer un poste par la cheffe d'établissement du collège-lycée privé Saint-Germain de Drancy afin d'enseigner la technologie au sein du collège Saint-Germain du 1er septembre 2018 au 31 août 2019. Mme B a pris ses fonctions à compter du 1er septembre 2018 jusqu'au 19 octobre 2018, date à laquelle elle a dû cesser ses fonctions après avoir été informée du refus de son recrutement par le recteur de l'académie de Créteil en qualité d'enseignant suppléant dans un établissement sous contrat d'association. Par courrier du 15 janvier 2020, reçu par les services de la préfecture le 22 janvier suivant, Mme B a adressé une demande indemnitaire préalable auprès du rectorat de Créteil afin d'obtenir l'indemnisation des préjudices matériels et moraux résultant de ce refus de recrutement. Par la présente requête, Mme B entend obtenir l'indemnisation des préjudices qu'elle estime résulter des fautes de l'administration.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration: " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droit de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers, que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". L'article L. 243-3 du même code dispose que : " L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édition. " D'autre part, aux termes de l'article R.914-17 du code de l'éducation : " l'autorité académique est compétente pour conclure le contrat des maîtres ou pour accorder l'agrément des maîtres des établissements d'enseignement privés sous contrat ". Aux termes de l'article R. 914-57 du code de l'éducation, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Lorsque ni le chef d'établissement ni le recteur ou le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur ne disposent d'un candidat remplissant les conditions requises pour obtenir un contrat ou un agrément, il peut être fait appel à un maître délégué, agent temporaire recruté:/ 1°) Soit parmi les candidats remplissant les conditions de diplômes pour pouvoir se présenter au concours interne de recrutement des maîtres contractuels ou agréés; /2°) Soit parmi les candidats justifiant d'une activité ou d'une pratique professionnelle requise pour pouvoir se présenter au concours interne de recrutement des maîtres contractuels ou agréés. (). "

3. Mme B fait valoir que le rectorat de Créteil avait, dès le mois de mai 2018, validé sa candidature pour un éventuel recrutement par un établissement privé sous contrat, que suite à la validation de cette candidature elle a notamment suivi les formations nécessaires à une concrétisation de sa candidature et accepté la proposition de recrutement qui lui a été faite par le collège-lycée privé Saint-Germain de Drancy, de sorte que passé le délai de quatre mois prévu par les articles L.242-1 et L.243-3 du code des relations entre le public et l'administration précités, le recteur ne pouvait légalement retirer la décision ayant validé sa candidature.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B a rempli, le 24 avril 2018, un dossier de candidature pour un emploi de suppléant pour l'académie de Créteil auprès de la direction diocésaine de l'enseignement catholique du Val-de-Marne, sur un formulaire portant exclusivement l'entête de la direction diocésaine et ne portant aucune mention selon laquelle cette candidature serait faite auprès du rectorat. De même, si le 3 mai 2018, la direction diocésaine a retenu sa candidature pour un emploi de suppléant et si, par courriel du 28 mai 2018, le service en charge de la gestion des suppléances pour le second degré de l'enseignement catholique du Val-de-Marne l'a informé que le rectorat aurait validé sa candidature à un emploi de suppléante en mathématiques, physique-chimie et technologie pour l'académie de Créteil et que ce service lui avait créé une fiche personnelle dans la base E-suppléants, le logiciel de gestion des suppléances dans la DDEC94, il ressort de l'intitulé même de ce logiciel de gestion qu'il s'agit d'un logiciel propre à la direction diocésaine et aucun élément du dossier ne permet de confirmer une " validation " de sa candidature par les services du rectorat de Créteil à cette date. En outre, la portée de cette validation doit être relativisée dès lors que postérieurement à celle-ci, la commission d'accueil et d'accord collégial de la direction diocésaine a, par courrier daté du 7 juin 2018, informé la requérante, que cette commission avait donné un pré-accord le 6 juin 2018 dans le cadre des suppléances et l'invitait à participer à suivre un module de formation au projet de l'enseignement catholique, nécessaire pour effectuer des suppléances au sein de ses établissements, sans qu'il ressorte des documents produits que ces modules de formation soient exigés par le rectorat. Enfin, le 20 juillet 2018, la cheffe d'établissement du collège Saint-Germain et Mme B ont signé un document intitulé " autorisation préalable de candidature à une délégation auxiliaire " et indiquant expressément qu'il ne constitue nullement un contrat. Ce document constitue ainsi une simple demande d'autorisation faite auprès du recteur pour permettre au candidat d'être recruté effectivement pour le poste proposé par le collège privé sous contrat. De plus, le récépissé d'enregistrement par le rectorat, de sa candidature du 11 mai 2018 portant la mention " Dossier de candidature ", ne peut s'analyser comme une validation de celle-ci et encore moins comme une autorisation pour tous les remplacements qui pourraient lui être proposés dans les établissements privés sous contrat. Il en résulte que Mme B n'établit pas que le rectorat aurait validé sa candidature dès le 28 mai 2018. En effet, les documents qu'elle produit relèvent d'une pré-sélection opérée par les autorités diocésaines pour le recrutement des suppléants amenés à intervenir dans ses établissements, qui ne lie aucunement le rectorat, qui est une entité distincte. Par suite, le moyen tiré du retrait illégal d'une décision créatrice de droit ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme B invoque le manquement du rectorat à son devoir d'information dès lors qu'il a validé sans restriction sa candidature en mai 2018 sans émettre une quelconque réserve sur la validité de son titre de séjour et que le formulaire d'autorisation préalable de candidature à une délégation auxiliaire, émis par l'académie de Créteil, évoque uniquement le fait que les candidats de nationalité étrangère doivent résider régulièrement sur le territoire français. Toutefois, l'intéressée ne justifie d'aucun fondement textuel à l'appui du devoir d'information qu'elle invoque et, en tout état de cause, Mme B qui était en possession d'un titre de séjour ne l'autorisant pas à occuper un emploi salarié, mais un emploi de commerçant, n'est pas fondée à invoquer le défaut d'information de l'administration alors qu'il lui revenait de produire un titre de séjour lui permettant d'occuper l'emploi auquel elle postulait.

6. En troisième lieu, il résulte des pièces du dossier que Mme B a formulé une demande d'autorisation pour occuper un emploi de maître auxiliaire au sein d'un établissement d'enseignement du second degré privé sous contrat et que le recteur a fondé sa décision de refus de recrutement sur un simple constat objectif, lié à l'absence de titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité salarié, sans porter une quelconque appréciation sur son comportement et sans mettre fin à une situation antérieurement acquise. Or, une telle demande n'est pas soumise à une procédure contradictoire, de sorte que la responsabilité de l'administration ne saurait être admise sur ce fondement.

7. En quatrième lieu, Mme B invoque le contrôle tardif et le manque de diligence du rectorat dans le contrôle de son dossier. Toutefois, l'intéressée ne justifie pas de la date à laquelle les services du rectorat ont été destinataires de la demande d'autorisation datée du 20 juillet 2018 pour sa délégation en tant que maître délégué au sein du collège privé Saint-Germain de Drancy, ni de la date à laquelle le rectorat a eu connaissance du titre de séjour dont la requérante était titulaire alors que la requérante avait parfaitement connaissance de cette dernière information. En outre, Mme B ne justifie d'aucun texte en vertu duquel une décision implicite d'acceptation du recteur serait née suite à la signature de la demande d'autorisation par elle-même et la cheffe de l'établissement privé où elle projetait d'enseigner.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents de l'Etat : " Aucun agent non titulaire ne peut être engagé : () 6° Si étant de nationalité étrangère, il ne se trouve dans une position régulière au regard des dispositions relatives aux documents de séjour du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". L'article 5 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 stipule que : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ".

9. Il résulte de l'instruction qu'à la date de la décision attaquée, Mme B disposait d'un titre de séjour portant la mention " commerçant ", délivré sur le fondement des dispositions de l'article 5 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 précité. Or, si un tel titre de séjour comporte l'autorisation d'exercer une activité professionnelle, il n'autorise pas son titulaire à travailler en qualité de salarié, activité qui peut être exercé au moyen d'un titre distinct. En l'espèce, la décision de refus du recteur de l'académie de Créteil est fondée sur le fait que Mme B disposait, à la date de ce refus, d'un titre de séjour l'autorisant à exercer une activité de commerçant et non une activité salariée. Par suite, la requérante ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions et stipulations combinées pour exercer les fonctions de suppléant au collège Saint-Germain.

10. En sixième lieu, si Mme B soutient que le recteur de l'académie de Créteil a commis une erreur de droit, elle n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il en résulte que Mme B n'établit pas que le recteur de l'académie de Créteil aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard. La responsabilité du rectorat de Créteil n'étant pas engagée à l'égard de Mme B, cette dernière n'établit pas l'existence d'un préjudice imputable au recteur de l'académie de Créteil.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée et par voie de conséquence ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

S. BOURDIN

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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