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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006897

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006897

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantAGOSTINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre 2020 et 3 mai 2021, M. B A, représenté par Me Jobelot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 6 juillet 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Gressy a retiré la délibération du 4 février 2020 approuvant les modifications apportées au règlement et aux plans de zonage du plan local d'urbanisme de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gressy une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le plan de zonage n'offre que des indications très imprécises sur la localisation de l'emplacement réservé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme ; en outre, les caractéristiques de l'emplacement réservé ne sont pas détaillées ;

- la création de l'emplacement réservé n° 1 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la parcelle sur laquelle est située l'église n'est pas enclavée, que la création d'un nouvel accès ou d'une liaison douce en lien avec les équipements communaux n'est pas justifiée, que deux autres accès distants de quelques mètres pouvaient être réalisés en lieu et place de celui prévu et que le tracé de l'Eurovéloroute ne justifie pas de démolir l'habitation du requérant ;

- les objectifs du plan local d'urbanisme sont contradictoires dès lors qu'ils prévoient, d'une part, l'instauration d'un emplacement réservé ayant pour conséquence la démolition partielle de la maison de maître du requérant et, d'autre part, l'identification de cet élément du patrimoine comme élément à protéger ; en outre, ce projet entraîne une dévaluation importante de la propriété du requérant alors que les seules justifications orales portant sur la nécessité de résorber les problèmes d'humidité de l'église sont insuffisantes.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2020, la commune de Gressy, représentée par Me Agostini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le plan local d'urbanisme est suffisamment précis quant à la localisation et aux caractéristiques de l'emplacement réservé ;

- la création de l'emplacement réservé n° 1 est justifiée par la volonté des auteurs du plan local d'urbanisme d'ouvrir à l'urbanisation la parcelle située à l'est du terrain du requérant ; ainsi, l'orientation d'aménagement et de programmation portant sur l'aménagement du cœur de ville prévoit de relier les nouveaux aménagements au réseau de sentes et de cheminements doux entre les quartiers résidentiels et les équipements de la commune, une liaison douce ayant de surcroît vocation à se raccorder à la Scandibérique, portion de l'Eurovéloroute n° 3 ;

- la partie de la propriété du requérant située au niveau de l'emplacement réservé ne présente pas d'intérêt particulier car il s'agit d'extensions pouvant être supprimées sans porter atteinte aux caractéristiques du bâti principal ; en tout état de cause, les éléments protégés au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme peuvent être démolis, conformément aux dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme ;

- si l'un des moyens soulevés par le requérant était susceptible d'entraîner l'annulation du plan local d'urbanisme, la commune sollicite qu'il soit sursis à statuer dans l'attente d'une régularisation ;

- à titre subsidiaire, elle sollicite que seule l'annulation partielle de la délibération attaquée soit prononcée en tant qu'elle grève la propriété du requérant d'un emplacement réservé.

Par lettre du 6 avril 2021, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 6 mai 2021.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 25 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Toutias, rapporteur public,

- et les observations de Me Drouet, substituant Me Jobelot, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 4 février 2020, le conseil municipal de la commune de Gressy a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par une délibération du 6 juillet 2020, le conseil municipal de la commune a retiré la délibération approuvant le plan local d'urbanisme du 4 février 2020 et approuvé les modifications apportées au règlement et aux plans de zonage du plan local d'urbanisme. M. A demande l'annulation de cette dernière délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'intention d'une commune de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé, sans qu'il soit besoin pour la collectivité de faire état d'un projet précisément défini. Toutefois, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur le caractère réel de l'intention de la commune. Enfin, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'opportunité du choix de la localisation d'un emplacement réservé par rapport à d'autres localisations possibles.

4. M. A soutient que la création de l'emplacement réservé n° 1 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation aux motifs que la parcelle sur laquelle est située l'église n'est pas enclavée, que la création d'un nouvel accès ou d'une liaison douce en lien avec les équipements communaux n'est pas justifiée, que deux autres accès distants de quelques mètres pouvaient être réalisés en lieu et place de celui prévu et que le tracé de l'Eurovéloroute ne justifie pas de démolir l'habitation du requérant. Il ressort du rapport de présentation, dans sa partie intitulée " Justification des prescriptions réglementaires particulières ", que la création de l'emplacement réservé a pour objet de " permettre la création d'un accès pour le désenclavement des parcelles à l'arrière de l'église ", objet s'inscrivant dans le cadre du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme litigieux, qui fixe notamment comme objectif n° 4 de " sécuriser les déplacements pour développer une commune accessible et ouverte à tous " et de l'orientation d'aménagement et de programmation relative à l'aménagement du cœur du village, qui a notamment pour objectif de " désenclaver un espace libre au sein de l'espace urbanisé en créant un nouvel accès automobile " et de " favoriser les déplacements doux dans le centre de la commune ". Toutefois, ainsi que le soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui a été considéré par le plan local d'urbanisme, l'espace libre situé derrière l'église n'est pas enclavé dès lors qu'il dispose d'un accès direct à la voie publique, ainsi que le montre d'ailleurs le fait que l'orientation d'aménagement et de programmation détermine également un principe de voirie utilisant cet accès direct. Ainsi, il n'est pas établi par les pièces du dossier que le parti pris d'urbanisme d'ouvrir à l'urbanisation la parcelle située à l'est du terrain du requérant justifierait la création de cet accès, ni que la forme de l'emplacement justifie de couvrir les constructions mitoyennes de l'église. Enfin, il est constant que l'emplacement réservé litigieux implique, pour sa réalisation, la démolition d'une partie de la demeure appartenant au requérant, demeure qui a été identifiée par le plan local d'urbanisme comme un élément remarquable au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, pour lequel une attention particulière doit être portée quant aux modifications pouvant y être apportées. Dans ces conditions, l'institution de l'emplacement réservé no 1 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être accueilli.

5. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation de la délibération du 6 juillet 2020 par laquelle le conseil municipal de Gressy a retiré la délibération du 4 février 2020 approuvant les modifications apportées au règlement et aux plans de zonage du plan local d'urbanisme de la commune.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 6 juillet 2020 doivent être accueillies en tant que le plan local d'urbanisme crée un emplacement réservé n° 1.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Gressy demande au titre des frais exposés par elle à l'occasion du présent litige. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gressy la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 6 juillet 2020 portant approbation du plan local d'urbanisme la commune de Gressy est annulée en tant qu'elle crée l'emplacement réservé n° 1.

Article 2 : La commune de Gressy versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Gressy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Gressy.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

M. Allègre, premier conseiller,

Mme Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

F. CLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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