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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006913

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006913

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantBONTEMPS-HESDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 septembre 2020, le 19 avril 2021 et le 28 janvier 2022, M. E et Mme F B, représentés par la SELARL Antigone, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme CU 0771282000031 délivré le 19 juin 2020 par le maire de Couilly-Pont-aux-Dames relatif au terrain situé à Le Chailloy cadastré AD 89 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils présentent un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- la requête a été introduite dans le délai de recours et n'avait pas à être notifiée à la commune ;

- il n'est pas rapporté la preuve de ce que le maire était compétent pour signer un tel acte ;

- le classement en zone A de la parcelle en cause est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle doit être considérée comme une dent creuse dont le comblement est prévu par le projet d'aménagement et de développement durables, qu'elle était classée en zone UC du plan d'occupation des sols adopté en 2001, est située dans l'enveloppe urbaine et ne présente aucune des caractéristiques justifiant un tel classement en application de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme ;

- l'inconstructibilité de la parcelle, arrêtée en raison de la présence d'un élevage d'ovins à proximité, méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le risque pour les habitants n'est pas démontré par la commune et que les nuisances éventuelles ne constitueraient que des troubles anormaux du voisinage ;

- le classement de la parcelle n° AD 89 en zone inconstructible résulte d'un détournement de pouvoir visant à préserver l'activité agricole du maire et de sa famille sur la parcelle n° AD 91.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2021, la commune de Couilly-Pont-aux-Dames, représentée par Me Bontemps-Hesdin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, pour ne lui avoir pas été notifiée conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens relatifs aux vices de forme et de procédure dont serait entaché le plan local d'urbanisme ne sont pas recevables, pour être présentés après l'expiration d'un délai d'un an suivant sa connaissance du document ;

- les autres moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une intervention enregistrée le 28 janvier 2022, M. A B, M. D B et Mme H B demandent au tribunal d'accueillir les conclusions des requérants.

Ils se réfèrent aux moyens exposés dans la requête.

Par lettre du 3 juin 2021, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 2 juillet 2021.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Allègre,

- et les conclusions de M. Toutias, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, propriétaires d'une parcelle situé au lieudit Le Chailloy à Couilly-Pont-aux-Dames cadastrée AD 89, ont sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme d'information, qui leur a été délivré le 19 juin 2020. Ce certificat les informait de ce que le terrain était situé en zone A du plan local d'urbanisme, au sein du secteur 2 de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager et en zone inconstructible dans le périmètre d'exploitation d'un élevage d'ovins. Ils demandent l'annulation de ce certificat d'urbanisme.

Sur l'intervention volontaire :

2. Il ressort des pièces du dossier que les intervenants, donataires de la parcelle cadastrée AD 89, justifient d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, leur intervention à l'appui de la requête formée par M. et Mme B est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'État par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ".

4. Si les requérants soutiennent qu'il n'est pas rapporté la preuve de ce que le maire était compétent pour prendre l'arrêté en cause, il ressort des pièces du dossier que M. G a été élu maire de la commune par délibération du conseil municipal du 27 mai 2020. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

6. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation, sur ces différents points, ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. Il résulte, par ailleurs, des dispositions citées au point précédent qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables a fixé un objectif d'éviter l'étalement urbain dans les espaces agricoles et boisés et précise ainsi que l'enjeu du plan local d'urbanisme est de définir clairement les limites de l'urbanisation future et de consacrer la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si la parcelle des requérants est située à la frontière avec la zone UC à l'Ouest et que des parcelles voisines supportent des constructions, la parcelle des requérants, qui a été laissée à l'état de friche, sans végétation notable, ne supporte aucune construction et s'ouvre à l'Est sur un vaste espace agricole. Il en résulte qu'elle ne peut être regardée comme une dent creuse appartenant à l'enveloppe urbaine de la commune. Dans ces conditions, quand bien même cette parcelle ne présenterait pas de caractère agricole, les auteurs du plan local d'urbanisme pouvaient se fonder sur la vocation du secteur en bordure duquel la parcelle se situe, dont le caractère agricole est avéré, ainsi que sur le parti d'urbanisme de la commune consistant à préserver les terres agricoles pour classer la parcelle litigieuse en zone agricole. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, les requérants soutiennent que le périmètre d'inconstructibilité de 100 mètres entourant le bâtiment d'élevage d'ovins implanté sur la parcelle voisine, référencé sur le plan de zonage, et auquel la décision attaquée fait référence, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que ce périmètre d'inconstructibilité résulte des dispositions de l'arrêté du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration, auxquelles appartient le bâtiment d'élevage d'ovins en question. Par suite, le moyen tiré de ce que cette protection ne répondrait pas aux exigences de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que le classement de leur parcelle en zone A et inconstructible résulte d'un détournement de pouvoir, il résulte de ce qui a été dit précédemment que ce classement est justifié par des motifs d'intérêt général excluant tout détournement de pouvoir. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation du certificat d'urbanisme du 19 juin 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Couilly-Pont-aux-Dames, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais liés à l'instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 1 500 euros à verser à la commune au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. A B, M. D B et Mme H B est admise.

Article 2 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 3 : M. et Mme B verseront à la commune de Couilly-Pont-aux-Dames la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E et Mme F B, à M. A B, à M. D B, à Mme H B et à la commune de Couilly-Pont-aux-Dames.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

M. Allègre, premier conseiller,

Mme Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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