mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2007175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VAN TESLAAR SEBASTIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 septembre 2020 et le 15 février 2022, M. F C, M. A B et Mme D C, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils E, ces trois requérants agissant également en qualité d'ayants droit d'Eric C, représentés par Me Van Teslaar, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, d'ordonner avant-dire-droit une nouvelle expertise aux fins d'évaluer les séquelles subies par M. F C ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le grand hôpital de l'Est francilien (GHEF) à leur verser la somme totale de 42 389,38 euros ;
3°) de mettre à la charge du GHEF la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le GHEF a commis une faute dans le diagnostic de nature à engager sa responsabilité ;
- cette faute est à l'origine d'une perte de chance de 50 % ;
- il y a lieu d'ordonner avant-dire droit une expertise confiée à un psychiatre afin d'évaluer les troubles psychologiques imputables à la faute commise par le GHEF et de prévoir que cette expertise soit menée également au contradictoire de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) ;
- à titre subsidiaire, le préjudice de M. C, victime directe, doit être évalué de la façon suivante : dépenses de santé actuelles : 1 498,76 euros ; frais divers : 2 860 euros ; préjudice scolaire : 5 000 euros ; déficit fonctionnel temporaire : 60 euros ; souffrances endurées : 6 000 euros ; déficit fonctionnel permanent : 22 500 euros ; préjudice esthétique permanent : 4 000 euros ;
- le préjudice des victimes indirectes doit être évalué de la façon suivante : préjudice d'affection de M. et Mme D et E C et A B : 5 000 euros chacun ; préjudice d'affection d'Eric C, décédé en cours d'instance : 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2021, le GHEF, représenté Me Vogel, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête et les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Seine-et-Marne ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions les préjudices des requérants.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que les requérants n'ont pas présenté de demande indemnitaire préalable ;
- il n'est pas établi que les requérants n'ont pas fait l'objet d'une indemnisation au titre de l'action civile ;
- il y a lieu de réduire à de plus justes proportions l'indemnisation allouée au titre des postes de préjudice suivants, après application du taux de perte de chance de 50 % : frais divers : 540 euros ; déficit fonctionnel temporaire : 15 euros ; souffrances endurées : 1 250 euros ; déficit fonctionnel permanent : 3 000 euros ; préjudice esthétique permanent : 250 euros ;
- il y a lieu de rejeter l'indemnisation des postes de préjudice suivants : dépenses de santé actuelles ; préjudice scolaire ; préjudice d'affection des victimes indirectes.
Par un mémoire, enregistré le 1er mars 2022, l'ONIAM conclut à sa mise hors de cause. Il fait valoir que les conditions d'engagement de la solidarité nationale ne sont pas remplies.
Par un mémoire, enregistré le 22 décembre 2020, la CPAM de Seine-et-Marne demande au tribunal :
1°) de condamner le GHEF à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, la somme de 1 664,69 euros, assortie des intérêts de droits ;
2°) de mettre à la charge du GHEF la somme de 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, par subrogation dans les droits de la victime, pour obtenir le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. C, qui sont en rapport avec les soins liés à la prise en charge du 2 décembre 2014.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cyril Dayon, conseiller,
- les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C a été admis dans le service des urgences du centre hospitalier de Meaux le 2 décembre 2014. S'interrogeant sur les conditions de sa prise en charge par cet établissement, M. C a saisi le juge des référés du tribunal, qui a ordonné la réalisation d'une expertise confiée à un médecin spécialisé en urologie. M. C et autres demandent au tribunal de condamner le grand hôpital de l'Est francilien (GHEF), qui vient aux droits et obligations du centre hospitalier de Meaux, à les indemniser des conséquences dommageables d'une faute commise à l'occasion de la prise en charge de M. F C.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le GHEF :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. Il résulte de l'instruction que les requérants ont adressé le 4 octobre 2021 une lettre sous pli recommandé avec accusé de réception sollicitant l'indemnisation du préjudice subi du fait de la prise en charge médicale dont M. F C a été l'objet au centre hospitalier de Meaux le 2 décembre 2014. Si le GHEF fait valoir que les requérants n'ont pas produit la preuve de la réception par l'administration de ce pli, il ne soutient pas pour autant qu'il ne l'a pas reçu. Dans ces conditions, les requérants doivent être regardés comme ayant saisi le GHEF d'une réclamation préalable indemnitaire qui a fait naître, à la date du présent jugement, une décision implicite de rejet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le GHEF doit être écartée.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la faute :
4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
5. Il résulte de l'instruction que, le 2 décembre 2014 à 10 heures 30, M. F C, alors en classe de 4ème, a été victime d'un coup de pied aux testicules dans la cour de récréation de l'établissement dans lequel il était scolarisé, ce qui a justifié sa prise en charge par l'infirmerie de cet établissement puis son admission à 14 heures au service des urgences du centre hospitalier de Meaux. Il résulte également de l'instruction que M. C a été examiné à 20 heures par un médecin du service des urgences, qui a constaté une augmentation du volume du testicule droit, lui a prescrit du paracétamol, une échographie, un avis urologique et l'a renvoyé à son domicile. A la suite de la réalisation de l'échographie le 4 décembre 2014, M. C a consulté un urologue qui a décidé de procéder en urgence à une intervention visant à résorber une torsion au niveau du testicule droit. Le rapport d'expertise indique qu'à l'occasion de cette opération, une dévascularisation a été constatée et a justifié la réalisation d'une orchidectomie droite. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les douleurs dont faisait état M. C lors de sa prise en charge du GHEF nécessitaient la réalisation en urgence d'une consultation urologique avec imagerie, compte tenu des délais contraints de rétablissement de la vascularisation. A ce titre, le GHEF disposait du personnel et de l'équipement adéquat le 2 décembre 2014 afin de procéder à une telle prise en charge. Dans ces conditions, en ne diagnostiquant pas une torsion testiculaire et en prescrivant des examens complémentaires à effectuer alors qu'il lui appartenait de solliciter la réalisation en urgence de ces examens au sein de l'établissement, le GHEF a commis une faute dans le diagnostic de nature à engager sa responsabilité.
6. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM doit être mis hors de cause.
En ce qui concerne le lien de causalité :
7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que la prise en charge d'une torsion testiculaire nécessite une prise en charge urgente, inférieure à 6 heures, afin de limiter les risques d'ischémie et d'atrophie testiculaire. Il résulte de l'instruction que M. C a été admis au GHEF le 2 décembre 2014 à 14 heures, soit deux heures et demie après avoir reçu le coup porté aux testicules. En l'absence de faute dans le diagnostic, M. C aurait pu bénéficier d'une prise en charge adéquate au sein du GHEF dès 16h30 sans orchidectomie, compte tenu des délais de prise en charge et de mise en place d'un bloc opératoire, soit six heures après la torsion testiculaire. Par suite, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance subie par M. C à raison de la faute commise par le GHEF en l'évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à 50 %.
Sur l'évaluation du préjudice :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la plainte avec constitution de partie civile pour violences volontaires ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente déposée par M. C et autres a abouti à une ordonnance de non-lieu en date du
21 décembre 2018. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que M. C et autres aient obtenu une indemnisation au titre des conséquences civiles de la prise en charge de M. F C, point sur lequel le GHEF n'apporte aucun élément. Dans ces conditions, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que les requérants ne sauraient demander réparation auprès de lui de tout ou partie du préjudice subi en raison d'une indemnisation dont ils auraient déjà bénéficié au titre des mêmes conséquences dommageables.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ".
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, spécialiste en urologie, que la dégradation de l'état de santé psychologique de M. C survenue à compter de l'année 2017, soit trois ans après la survenance de la faute du GHEF qui a fait perdre à M. C une chance d'éviter une aggravation de son état de santé consécutive aux faits survenus le 2 décembre 2014, ne présente pas de lien avec celle-ci. Il résulte toutefois des rapports produits par les requérants, établis, d'une part par un psychiatre et, d'autre part par un psychologue clinicien, que l'orchidectomie dont a été victime M. C le 4 décembre 2014 a entraîné une souffrance narcissique importante à l'origine d'un état anxio-dépressif réactionnel. Les contradictions entre les rapports médicaux versés à l'instance, et la circonstance que l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif sans l'assistance d'un spécialiste en psychiatrie ne permettent pas de déterminer précisément l'étendue des conséquences dommageables de la prise en charge fautive de M. C par le GHEF. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale aux fins indiquées ci-après.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.
Article 2 : : Il sera procédé à une expertise confiée à un collège d'experts avant de statuer sur les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. C.
Article 3 : Les experts seront désignés par la présidente du tribunal parmi les spécialistes en psychiatrie et en urologie. Ils pourront, s'ils le jugent utile, se faire assister de sapiteurs. Ils auront pour mission, après s'être fait communiquer l'ensemble des pièces du dossier, de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Meaux ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen clinique de M. C ;
2°) dire si l'état de santé de M. C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où de nouveaux examens seraient nécessaire, mentionner dans quel délai ;
3°) décrire précisément la nature et l'étendue du préjudice actuel subi par M. C selon la nomenclature usuelle en distinguant les postes de préjudice temporaire, patrimonial et extrapatrimonial, avant consolidation et les postes de préjudice permanent, patrimonial et extrapatrimonial, après consolidation ou pouvant être considérés comme définitivement acquis ;
4°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.
Article 4 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils prêteront serment par écrit. Les experts devront déposer leur rapport au greffe dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la décision procédant à leur désignation.
Article 5 : Tous droits, moyens et conclusions des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, M. A B et Mme D C, au grand hôpital de l'Est francilien, à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
M. Dominique Binet, premier conseiller
M. Cyril Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
Le rapporteur,
C. Dayon
Le président,
T. Gallaud
La greffière,
C. Kiffer
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026