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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2007294

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2007294

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2007294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMBOUTOU-ZEH JEAN-BRIAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2020, M. C D, représenté par Me Mboutou Zeh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le foncement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la motivation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour est erronée et ne répond pas aux exigences de la loi du 11 juillet 1979 ;

- la décision portant refus de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et les dispositions des articles 3 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit motif pris de ce que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant, à tort, lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions du 11° de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2020, le préfet de

Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du

18 novembre 2020.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais né le 14 juin 1991 à Douala (Cameroun), entré sur le territoire français en 2016 selon ses déclarations, a sollicité, en 2019, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 août 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. Aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 313-23 de ce code, alors applicable : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. (). / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Aux termes de l'article 6 de ce même arrêté, alors en vigueur : " (). / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Pour refuser à M. D la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des disposions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur " les circonstances particulières de l'espèce " et sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 6 janvier 2020 aux termes duquel " l'état du demandeur nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, au vu des élément du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé, lui permet de voyager sans risques vers son pays d'origine ".

5. En premier lieu, à supposer que M. D ait entendu soutenir que la décision portant refus de délivrance un titre de séjour n'est pas motivée, il ressort de ses termes qu'elle comporte, avec de suffisantes précisions, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, lesquelles ne se confondent pas avec le bien-fondé des motifs pour lesquels le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

6. En deuxième llieu, il ressort de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, que le préfet de Seine-et-Marne a produit dans le cadre de la présente instance, qu'il a été rendu par un collège composé de trois médecins du service médical de l'OFII, les docteurs Pierrain, Spadari et Ortega, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article 6 de l'arrêté du

27 décembre 2016. En outre, et contrairement à ce que soutient M. D, ces médecins se sont prononcés au vu du rapport établi par le docteur B, médecin-rapporteur, lequel n'a pas siégé au sein du collège.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ainsi que cela a été dit au point 4. du présent jugement, que le préfet de Seine-et-Marne se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII pour refuser le bénéfice d'un titre de séjour à M. D sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième et dernier lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle.

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer la possibilité ou l'impossibilité pour le demandeur de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour lui de bénéficier effectivement de ce traitement dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. M. D soutient qu'à la date de la décision contestée, son état de santé justifie son maintien sur le territoire français et que le préfet de Seine-et-Marne n'apporte aucun élément sérieux de nature à remettre en cause les certificats médicaux qu'il a produits ni aucune information sur l'offre de soins disponible au Cameroun, l'avis émis par le collège des médecins de l'OFFI n'ayant vraisemblablement pas pris le temps d'apprécier les possibilités de prise en charge médicale dans son pays d'origine. Toutefois, en se bornant à produire un certificat médical établi, le 17 juillet 2019, par le praticien hospitalier, responsable de l'unité " service d'ophtalmologie - centre référence des maladies rares en ophtalmologie " des hôpitaux universitaires Paris Est, qui indique " avoir examiné le 16 avril 2019 " l'intéressé, qui présente un nystagmus horizontal avec un micro strabisme (ésotropie) pour lequel il n'y a pas d'indication opératoire " et que " l'acuité visuelle est à revoir après un port prolongé de la correction optique ", et qui est dépourvu de toute précision sur la gravité de son état de santé, la nécessité d'un suivi médical, les conséquences d'un défaut de prise en charge et l'indisponibilité de soins dans son pays d'origine, le requérant ne contredit pas efficacement l'avis du collège des médecins de l'OFFI. Dans ces conditions, l'argumentation de M. D étant dépourvue d'incidence sur la légalité de la décision critiquée, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché cette décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni méconnu ses dispositions. Il suit de là que les moyens invoqués ne peuvent qu'être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 août 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et par voie de conséquence, celle des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. C D, à

Me Mboutou Zeh et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Réchard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2007294

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