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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2007307

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2007307

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2007307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP RICARD, BENDEL-VASSEUR, GHNASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 septembre 2020 et 28 décembre 2020, la société Affinity Petcare France, représentée par Me Ricard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la lettre "de pré-injonction" du 30 avril 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 15 juillet 2020, par laquelle les agents habilités de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de la direction départementale de la protection des populations de Créteil lui ont enjoint, en application des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de la consommation, d'une part, dans un délai de deux mois, de mettre à jour les pages de présentation de son site internet de façon à ce que les informations qu'elles comportent correspondent à celles indiquées sur les étiquetages et de retirer le visuel relatif aux ingrédients naturels comportant l'huile de poisson ou utiliser une huile de poisson naturelle conformément au code de la Fédération Européenne de l'industrie des aliments pour animaux familiers (FEDIAF) et, d'autre part, dans un délai de deux ans, de faire en sorte que les étiquetages de la gamme Ultima Nature ne soient plus de nature à induire en erreur de par l'utilisation de cette marque pour des produits qui ne sont pas composés uniquement d'ingrédients naturels, ensemble la décision de rejet du 17 novembre 2020 du recours hiérarchique dirigé contre cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en ce qu'elle ne renvoie qu'au procès-verbal de constatation ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucune suite n'a été donnée à sa demande d'audition, ce qui l'a privé de la garantie d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les critères énoncés à l'article

L. 121-2 2° du code de la consommation ne sont pas constitués en l'espèce et que ni les dispositions du droit de l'Union européenne, ni les dispositions du droit français ne permettaient aux agents habilités de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes de lui enjoindre de retirer sa marque ;

- elle est disproportionnée ;

- elle est entachée d'erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il n'y a pas, s'agissant de la marque Ultima Nature, d'allégations fausses ou de nature à induire en erreur le consommateur et que le comportement économique du consommateur normalement informé, raisonnablement attentif et avisé n'en était pas altéré substantiellement ;

- l'existence d'une pratique commerciale déloyale n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2020, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de la société Affinity Petcare France la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que:

- les conclusions dirigées contre la décision de rejet de son recours hiérarchique sont irrecevables, dès lors qu'à la date d'introduction de la requête, le ministre chargé de la consommation n'avait pas encore pris de décision expresse et qu'aucune décision implicite n'était encore née ;

- les moyens présentés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Une lettre du 15 juillet 2022 a informé les parties, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 2 septembre 2022.

Une ordonnance du 6 septembre 2022 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.

Par un courrier du 25 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation du courrier de "pré-injonction" du 30 avril 2020 sont irrecevables en ce qu'elles sont dirigées contre un acte ne faisant pas grief.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la consommation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 février 2020, le site internet de la société Affinity Petcare France a fait l'objet d'un contrôle de la direction départementale de la protection des populations de Créteil portant sur l'étiquetage de la gamme " Ultima nature ". Le 9 avril 2020, les inspectrices ont été reçues au siège de la société, situé à Rungis (Val-de-Marne), afin d'inspecter la conformité des étiquetages avec les constatations du site internet. Un procès-verbal a été établi à la suite de l'inspection le 30 avril 2020 ainsi qu'une lettre de pré-injonction informant la société requérante qu'afin de faire cesser les manquements constatés lors de ce contrôle, tenant aux pratiques commerciales trompeuses dans l'étiquetage de la gamme " Ultima nature ", l'administration envisageait de prononcer à son encontre des injonctions sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de la consommation. A la suite des observations présentées par la société le

26 juin 2020, les inspectrices de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ont, par une décision du 15 juillet 2020, enjoint à la société Affinity Petcare France, dans un délai de deux mois, de mettre à jour les pages de présentation du site internet de façon à ce que les informations qu'elles comportent correspondent à celles indiquées sur les étiquetage, de retirer le visuel relatif aux ingrédients naturels comportant l'huile de poisson ou d'utiliser une huile de poisson naturelle conformément au code de bonnes pratiques d'étiquetage des aliments pour animaux familiers, et, dans un délai de deux ans, de faire en sorte que les étiquetages de la gamme " Ultima Nature " ne soient plus de nature à induire en erreur de par l'utilisation de cette gamme pour des produits qui ne sont pas composés uniquement d'ingrédients naturels. La société Affinity Petcare France a présenté le 15 septembre 2020 un recours hiérarchique devant le ministre de l'économie, des finances et de la relance qui l'a rejeté par une décision du

17 novembre 2020. La société requérante demande au tribunal l'annulation de la lettre de pré-injonction administrative, de la décision d'injonction administrative et de la décision prise sur son recours hiérarchique.

Sur l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la lettre de pré-injonction du

30 avril 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de la consommation : " Lorsque les agents habilités constatent un manquement ou une infraction avec les pouvoirs prévus au présent livre, ils peuvent, après une procédure contradictoire, enjoindre à un professionnel, en lui impartissant un délai raisonnable qu'ils fixent, de se conformer à ses obligations. ". Et aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ".

3. Il résulte de la lettre dite "de pré-injonction" en date du 30 avril 2020, qui a pour objet d'informer la société requérante que l'administration envisage de lui enjoindre de se mettre en conformité au sens de l'article L. 521-1 du code de la consommation, que celle-ci constitue un acte préparatoire à la décision d'injonction du 15 juillet 2020, accompli dans le cadre de la procédure contradictoire préalable relative à la constatation de manquements de la société requérante relatifs à l'utilisation de sa marque. Il s'ensuit que cet acte ne fait pas en lui-même grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ce courrier du 30 avril 2020, informant la société requérante de l'intention de l'administration de lui enjoindre de se conformer à ses obligations en matière de pratique commerciale déloyale, sont irrecevables.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne :

4. Le rejet pris le 17 novembre 2020 par le ministre de l'économie, des finances et de la relance, opposé au courrier en date du 15 septembre 2020, par lequel la société requérante a formé un recours hiérarchique, ne constitue pas une décision autonome susceptible d'être contestée indépendamment de la décision initiale du 15 juillet 2020. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense par la préfète du Val-de-Marne, tirée de ce que les conclusions dirigées contre la décision de rejet de son recours hiérarchique sont irrecevables, dès lors qu'à la date d'introduction de la requête, le ministre chargé de la consommation n'avait pas encore pris de décision expresse et qu'aucune décision implicite n'était encore née, ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, d'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de la consommation : " Lorsque les agents habilités constatent un manquement ou une infraction avec les pouvoirs prévus au présent livre, ils peuvent, après une procédure contradictoire, enjoindre à un professionnel, en lui impartissant un délai raisonnable qu'ils fixent, de se conformer à ses obligations ". Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". Il résulte de ces dispositions qu'une injonction à un professionnel fondée sur l'article L. 521-1 du code de la consommation ne peut être prononcée sans que ce dernier ait été mis en mesure de présenter ses observations écrites ou orales et, notamment, sans qu'il ait été fait droit à la demande d'audition qu'il aurait formée en vue de présenter des observations orales, alors même qu'il aurait également présenté des observations écrites.

6. D'autre part, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il résulte des éléments produits qu'en réponse au courrier du 30 avril 2020, par lequel les agents habilités de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ont informé la société Affinity Petcare France qu'elles envisageaient de prononcer à son encontre des injonctions sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de la consommation, la société requérante a, par courrier du 26 juin 2020, sollicité un entretien qui ne lui a pas été accordé. La préfète du Val-de-Marne n'établit, ni même n'allègue, qu'une telle demande aurait revêtu un caractère abusif. Par suite, et alors même que la société a échangé oralement lors du contrôle réalisé par les inspectrices de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de Créteil le 9 avril 2020, et qu'elle a présenté des observations écrites le 26 juin 2020, la décision du 15 juillet 2020 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière. Ainsi, et alors que la faculté de présenter des observations orales constitue une garantie pour la personne visée par l'injonction, la société Affinity Petcare est fondée à soutenir que la décision attaquée du

15 juillet 2020 est entachée d'un vice de procédure qui a porté atteinte à cette garantie.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Affinity Petcare France est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 par laquelle les agents habilités de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes lui ont enjoint de mettre en conformité l'étiquetage de sa gamme " Ultima nature " avec les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code de la consommation, ensemble la décision de rejet de son recours hiérarchique.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Affinity Petcare France et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 juillet 2020, ensemble la décision de rejet du 17 novembre 2020 du recours hiérarchique dirigé contre cette décision, sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à la société Affinity Petcare France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Affinity Petcare France SAS, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée, pour information, au directeur départemental de la protection des populations du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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