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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2007616

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2007616

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2007616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP ALAIN LEVY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2020, M. F et Mme E C, représentés par Me Bouron, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mars 2020 par laquelle l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF) a décidé de préempter le bien situé sur la parcelle cadastrée section J n°18 au 112 rue Defrance à Vincennes ;

2°) d'enjoindre à l'EPFIF de proposer à M. D A ou à ses ayant-cause l'acquisition du bien considéré et en cas de renonciation expresse ou tacite de ces derniers, d'enjoindre à l'EPFIF de leur proposer l'acquisition de ce bien ;

3°) de mettre à la charge de l'EPFIF une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne contient que des considérations d'ordre général qui ne donnent pas d'indication sur la nature du projet ;

- le paiement du prix n'a pas été opéré au bénéfice du vendeur en méconnaissance du deuxième alinéa de l'article L. 213-14 du code de l'urbanisme :

- la décision de préemption n'a pas été transmise au représentant de l'Etat dans le délai de deux mois en méconnaissance des dispositions des articles L.213-2 du code de l'urbanisme et L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales ;

- il n'existe pas de projet de nature à justifier la décision de préemption litigieuse en méconnaissance des dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas démontré l'existence d'un projet d'intérêt public, d'autant que le terrain préempté est inadapté à la réalisation d'une opération d'aménagement destinée à recevoir au minimum 30% de logements sociaux compte tenu de la superficie de la parcelle, de la situation du bien préempté par rapport aux immeubles mitoyens et des règles de coefficient d'emprise au sol imposées par le règlement du plan local d'urbanisme ;

- la décision contestée méconnait le programme local de l'habitat de la ville de Vincennes et son objectif d'augmenter le nombre de logements mis à disposition sur le territoire de la commune, dès lors qu'elle aura pour conséquence non pas la création de logements mais tout au contraire la suppression d'un logement d'habitation sur la commune ;

- elle méconnaît le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du plan local d'urbanisme qui prévoit de réhabiliter plutôt que de reconstruire dans la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2021, l'établissement public foncier d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme C la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public,

- et les observations de Me Bouron, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 19 mars 2020, l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF) a décidé de préempter un bien situé sur la parcelle cadastrée section J n°18 au 112 rue Defrance à Vincennes. M. et Mme C, en leur qualité d'acquéreurs évincés, demandent au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. (). "

3. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. Lorsque la loi autorise la motivation par référence à un programme local de l'habitat, les exigences résultant de l'article L. 210-1 doivent être regardées comme remplies lorsque la décision de préemption se réfère à une délibération fixant le contenu ou les modalités de mise en œuvre de ce programme et qu'un tel renvoi permet de déterminer la nature de l'action ou de l'opération d'aménagement que la collectivité publique entend mener au moyen de cette préemption. A cette fin, la collectivité peut soit indiquer la nature de l'action ou de l'opération d'aménagement du programme local de l'habitat à laquelle la décision de préemption participe, soit se borner à renvoyer à la délibération si celle-ci permet d'identifier la nature de l'action ou de l'opération d'aménagement poursuivie, eu égard notamment aux caractéristiques du bien préempté et au secteur géographique dans lequel il se situe.

4. La décision de préemption en litige vise, notamment, le programme local de l'habitat pour 2012-2017 approuvé par délibération du conseil municipal de la ville de Vincennes le 26 septembre 2012 ainsi que la délibération de ce conseil municipal du 13 décembre 2006 instaurant le droit de préemption urbain renforcé sur l'ensemble du territoire de la ville et la convention d'intervention foncière, ainsi que ses avenants, conclue le 12 septembre 2009 entre la ville de Vincennes et l'EPFIF délimitant l'ensemble du territoire de la commune comme périmètre d'intervention et portant, in fine, à 400 l'objectif de réalisation de logements devant comprendre au moins 50 % de logements sociaux. Elle précise ensuite pour établir la réalité du projet d'action envisagé justifiant la préemption en litige, que l'acquisition du bien " permettra la création d'une opération de logements dont au minimum 30% de logements sociaux " et que cette acquisition " est stratégique pour la réalisation des objectifs assignés ".

5. Si le périmètre d'intervention de l'EPFIF prévu à l'article 2 de la convention, a été étendu, par l'avenant du 3 janvier 2017, à l'ensemble du territoire de la commune, il résulte de l'article 4 de cette même convention que la mission de l'établissement public " consiste d'une part à engager des démarches dans le cadre de négociations amiables et d'autre part à saisir des opportunités foncières au cas par cas, en fonction du diagnostic de mutabilité et des études de faisabilités qui seront conduites, afin de réaliser des programmes de logements (dont 50% locatifs sociaux minimum) ". En outre, selon l'article 4 de l'avenant du 3 janvier 2017 portant modification relative au droit de préemption, " la commune déléguera au cas par cas ses droits de préemption et de priorité sur les parcelles incluses dans le périmètre défini à l'article 2. / La commune transmettra à l'EPFIF toutes les déclarations d'intention d'aliéner ou demandes d'acquisition qui, après une pré-analyse par la commune, présentent une opportunité au regard des objectifs de la convention. () ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le bien préempté portant sur une maison de ville, encastrée entre deux immeubles, d'une surface habitable de 61 m² implantée sur une parcelle d'une surface de 68 m², soit situé dans un secteur ou une zone de la commune identifiée comme à une action ou opération d'aménagement de ce programme faisant suite à un diagnostic de mutabilité et à des études de faisabilités ou à une pré-analyse effectuée par la commune. Dans ces conditions, alors même que la décision en litige n'avait pas à faire état de ses caractéristiques précises, l'arrêté contesté ne fait pas apparaître la réalité d'un projet d'action ou d'une opération d'aménagement dans lequel s'inscrirait le bien préempté et l'EPFIF ne justifie pas davantage, compte tenu des caractéristiques du bien préempté telles que rappelées ci-avant, que la préemption de ce bien entrerait dans le cadre des prévisions permettant d'atteindre l'objectif de mixité sociale poursuivi par la convention d'intervention foncière du 12 mars 2009 modifiée par ses avenants. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'articles L. 210-1 du code de l'urbanisme.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 19 mars 2020 par lequel l'EPFIF a exercé le droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section J. n°18, sise 112 rue Defrance à Vincennes doit être annulée.

7. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application des dispositions de cet article, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque, après que le transfert de propriété a été effectué, la décision de préemption est annulée ou déclarée illégale par la juridiction administrative, le titulaire du droit de préemption propose aux anciens propriétaires ou à leurs ayants cause universels ou à titre universel l'acquisition du bien en priorité () ". Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens par l'ancien propriétaire ou par l'acquéreur évincé et après avoir mis en cause l'autre partie à la vente initialement projetée, d'exercer les pouvoirs qu'il tient des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative afin d'ordonner, le cas échéant sous astreinte, les mesures qu'implique l'annulation, par le juge de l'excès de pouvoir, d'une décision de préemption, sous réserve de la compétence du juge judiciaire, en cas de désaccord sur le prix auquel l'acquisition du bien doit être proposée, pour fixer ce prix. A ce titre, il lui appartient, après avoir vérifié, au regard de l'ensemble des intérêts en présence, que le rétablissement de la situation initiale ne porte pas une atteinte excessive à l'intérêt général, de prescrire au titulaire du droit de préemption qui a acquis le bien illégalement préempté, s'il ne l'a pas entre-temps cédé à un tiers, de prendre toute mesure afin de mettre fin aux effets de la décision annulée et, en particulier, de proposer à l'ancien propriétaire puis, le cas échéant, à l'acquéreur évincé d'acquérir le bien, à un prix visant à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle.

9. Il ne résulte pas de l'instruction que le bien objet du litige a, après son acquisition, subi des aménagements substantiels et été affecté à la réalisation d'une opération d'aménagement. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la vente de ce bien entre M. A et l'EPFIF a été conclue et que le prix de vente a été versé par ce dernier le 17 juillet 2020. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent et eu égard à l'annulation de la décision attaquée prononcée par le présent jugement, d'enjoindre à l'EPFIF de proposer à M. et Mme C, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, l'acquisition du bien situé 112, rue Defrance, à un prix visant à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme C, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que l'EPFIF demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'EPFIF une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 mars 2020 de l'établissement public foncier d'Ile-de-France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'établissement public foncier d'Ile-de-France de proposer à M. et Mme C d'acquérir la parcelle section J n°18 à un prix conforme à l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'établissement public foncier d'Ile-de-France versera à M. et Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : les conclusions présentées par l'établissement public foncier d'Ile-de-France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et Mme E C, à l'établissement public foncier d'Ile-de-France, à l'établissement Public Territorial Paris-Est-Marne et Bois et à M. D A.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023

La rapporteure,

A. G

Le président,

M. L'HIRONDEL La greffière

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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