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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2007619

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2007619

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2007619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2020 et 10 septembre 2021, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2020 par lequel le maire de Meaux a refusé de délivrer un permis d'aménager en vue de la création d'un lot à bâtir sur un terrain situé 43 quai Jacques Prévert ;

2°) d'enjoindre au maire de Meaux de lui délivrer le permis d'aménager sollicité.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la réglementation de la dent creuse revêt un caractère subsidiaire et n'est pas opposable au projet alors que le classement en zone " bleu " de la parcelle la rend constructible et qu'il n'est pas évoqué l'impossibilité de se raccorder aux réseaux et à la voirie ;

- il n'existe aucun risque d'inondation dès lors que la parcelle est située en zone " bleu clair " de risque faible, que le terrain n'a pas été inondé depuis au moins 70 ans, que d'importants travaux ont été réalisés dans les années 1960 et qu'un permis de construire a été délivré en vue de la construction d'une maison à moins de 20 mètres de la parcelle litigieuse.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2021, la commune de Meaux, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est suffisamment motivé ;

- aucun texte ne prévoit une quelconque subsidiarité pour la réglementation de la dent creuse prévue par les dispositions de l'article 2-2 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne ; en outre, l'arrêté attaqué n'est pas fondé sur les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- le classement en zone " bleu clair " de la parcelle est justifié dès lors que le zonage du plan de prévention a été établi sur la base de données scientifiques, en particulier sur l'analyse de l'hydrologie, sur les différentes crues survenues sur le territoire de la commune de Meaux et sur une période de 100 ans.

Par une lettre du 13 septembre 2021, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 15 octobre 2021 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeannot,

- les conclusions de M. Toutias, rapporteur public,

- et les observations de M. C et celles de Me Roulette, représentant la commune de Meaux.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé, le 1er avril 2020, une demande de permis d'aménager en vue de la division d'un terrain bâti aux fins de création d'un lot supplémentaire à bâtir sur la parcelle cadastrée section BK 0180 située 43 quai Jacques Prévert à Meaux et classée en zone UAb du règlement du plan local d'urbanisme. Par un arrêté du 16 juin 2020, le maire de Meaux a refusé de lui délivrer le permis d'aménager sollicité en se fondant sur la méconnaissance des dispositions de l'article 2-2 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne dès lors que le projet ne respecte pas la réglementation de la dent creuse. Il demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée ".

3. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué ne serait pas suffisamment motivé. Toutefois, la décision attaquée, qui vise notamment les dispositions applicables du code de l'urbanisme aux permis d'aménager, le plan local d'urbanisme approuvé le 8 avril 2004 et le plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne approuvé le 16 juillet 2007, indique que le projet ne respecte pas les règles du zonage bleu clair du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne, en particulier son article 2-2 qui n'autorise que les seules constructions nouvelles d'habitations en dent creuse de l'urbanisation dans le respect de la trame et de la forme urbaines existantes. Elle précise ainsi que le projet ne respecte pas le principe de la construction en dent creuse que constitue un terrain non bâti ou un terrain dont la construction a été démolie dans un alignement urbain existant. Dans ces conditions, alors que l'appréciation de la régularité formelle d'une décision se distingue de celle de son bien-fondé, il y a lieu de considérer que le maire de Meaux a suffisamment motivé en droit et en fait son arrêté. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". Et aux termes de l'article 2-2 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne relatif aux autorisations applicables aux biens et activités futurs situés en zone " bleu clair " : " Seuls sont admis, sous réserve du respect des prescriptions définies à l'article 4 : () / En dehors de la zone de la boucle Nord de la Marne strictement délimitée et reportée sur le plan de zonage réglementaire, les constructions nouvelles d'habitation " en dent creuse " de l'urbanisation dans le respect de la trame et de la forme urbaine existantes (secteurs d'habitations individuelles ou collectives) ; de plus, si une voirie située au-dessus de l'altitude des PHEC jouxte l'opération, un cheminement piétons situé au-dessus de l'altitude des PHEC permettant l'accès à cette voirie devra desservir les constructions nouvelles ; () ".

5. D'une part, les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

6. D'autre part, les prescriptions d'un plan de prévention des risques d'inondation, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques d'inondation et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire. L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme peut, si elle estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation d'aménager un lotissement est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de délivrer un permis d'aménager.

7. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Meaux est dotée d'un plan local d'urbanisme approuvé le 8 avril 2004, révisé le 21 juin 2012 et modifié le 29 septembre 2017. Son territoire est soumis, compte tenu de sa situation exposée aux risques de crues de la Marne, à un plan de prévention des risques d'inondation approuvé par arrêté préfectoral du 16 juillet 2007. Il est constant que le terrain d'assiette du lotissement projeté se situe en partie en zone " bleu foncé " du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne correspondant aux secteurs d'urbanisation dense dans lesquels la construction d'habitations nouvelles y est fortement limitée et en partie en zone " bleu clair " correspondant aux secteurs d'urbanisation dense dans lesquels la construction d'habitations nouvelles y est admise sous certaines conditions. Ainsi, les dispositions précitées du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne sont applicables au projet compte tenu de sa localisation. Aucune disposition ni aucun principe ne prévoit que ces dispositions revêtent un caractère subsidiaire. La circonstance que l'arrêté contesté ne mentionne pas d'impossibilité à se raccorder aux réseaux ni de difficulté particulière d'accès est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

8. En second lieu, le requérant soutient qu'il n'existe aucun risque d'inondation dès lors que la parcelle est située en zone " bleu clair " de risque faible, que le terrain n'a pas été inondé depuis au moins 70 ans, que d'importants travaux ont été réalisés dans les années 1960 et qu'un permis de construire a été délivré en vue de la construction d'une maison à moins de 20 mètres de la parcelle litigieuse. A supposer que le requérant ait entendu soulever le moyen tiré de l'exception d'illégalité du plan de prévention des risques d'inondation, il ressort, toutefois, des pièces du dossier, en particulier de la notice de présentation du plan de prévention des risques d'inondation, que la détermination des zones inondables a fait l'objet d'une analyse statistique des débits naturels de crues réalisée sur les vallées de la Marne, de l'Yonne et de la Seine pour la période 1875-1995. Compte tenu de ces analyses, le risque de crues exceptionnelles de la Marne demeure important. Les zones inondables ont été déterminées par référence aux plus hautes eaux connues sur une période d'observation de plus de 100 ans choisie comme aléa de référence en calculant la différence d'altitude entre les plus hautes eaux connues et l'altitude du sol actuel. Ainsi, la cartographie a défini trois niveaux d'aléas : les aléas très forts correspondant aux secteurs où la hauteur de submersion est supérieure à 2 mètres d'eau, les aléas forts correspondant aux secteurs où la hauteur de submersion entre 1 et 2 mètres d'eau et les aléas faibles à moyens correspondant aux secteurs où la hauteur de submersion est inférieure à un mètre par rapport aux plus hautes eaux connues. En tout état de cause, le projet de division et de lotissement de M. C, situé en zone " bleu foncé " et " bleu clair " du plan de prévention des risques d'inondation, ne constitue pas une dent creuse pour l'application de ce plan, dès lors que la parcelle litigieuse est issue de la division intervenue postérieurement à l'adoption du plan d'une parcelle déjà bâtie et qu'elle vise à accueillir une construction de second rang contribuant à l'extension de l'urbanisation alors que le règlement du plan de prévention des risques d'inondation définit une construction en " dent creuse " comme un terrain non bâti ou un terrain dont la construction a été démolie dans un alignement urbain existant. A contrario, n'est pas une " dent creuse " la parcelle située en limite de zone urbanisée et pouvant contribuer à l'extension de l'urbanisation. En particulier, la typologie du bâtiment susceptible d'être construit, son implantation, ainsi que la taille du terrain doivent respecter la trame et la forme urbaine existante. En outre, la circonstance que le terrain n'ait pas été inondé depuis au moins 70 ans, que d'importants travaux aient été réalisés dans les années 1960 et qu'un permis de construire ait été délivré en vue de la construction d'une maison à moins de 20 mètres de la parcelle litigieuse sont sans incidence sur la légalité de la classification des risques du plan de prévention. Par suite, alors que le requérant ne justifie pas de l'illégalité d'un tel classement pour sa parcelle, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de projet de construction en dent creuse sur un terrain soumis à un risque d'inondation. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 juin 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Meaux au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera une somme de 1 500 euros à la commune de Meaux en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Meaux.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

M. Allègre, premier conseiller,

Mme Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

La rapporteure,

F. JeannotLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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