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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2007910

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2007910

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2007910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 2 octobre 2020, 12 juin 2023 et 15 mars 2024, la commune de Louveciennes, représentée par Me Seban, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception du 17 octobre 2019 émis à son encontre pour un montant de 1 127 329 euros, ensemble la décision refusant de procéder à son retrait ;

2°) de prononcer la décharge du paiement de la somme figurant dans ce titre de perception ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- le titre de perception en cause est irrégulier en ce qu'il n'est pas signé par son auteur ;

- il ne mentionne pas suffisamment les bases de sa liquidation ;

- la créance qu'il constate est infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2020, le directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2020 et le 10 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public ;

- et les observations de Me Davainville, représentant la commune de Louveciennes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 5 juillet 2018, le tribunal de grande instance de Versailles a accordé à la société LD Investissement, venant aux droits de la société Louveciennes Développement, le dégrèvement des droits d'enregistrement et pénalités mis à sa charge. Par un titre de perception du 17 octobre 2019, l'Etat a demandé à la commune de Louveciennes de lui restituer la somme de 1 127 329 euros acquittée par cette société et correspondant à la part communale de ces droits versée à cette commune en janvier et août 2013. Par un courrier du 4 janvier 2019, le maire de la commune de Louveciennes a formé opposition à l'encontre de ce titre de perception. Par la requête susvisée, la commune de Louveciennes demande au tribunal de la décharger de la somme qui lui a été réclamée par le titre de perception en litige.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

4. Il est constant que le directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne a produit, en défense, l'état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement du 17 octobre 2019 mentionnant la créance mise à la charge de la requérante, comportant l'identité, la qualité et la signature de l'ordonnateur à savoir M. A B, adjoint de la responsable du centre de services partagés " Recettes non fiscales Chorus ", qui dispose d'une délégation en date du 2 septembre 2019 pour signer l'état exécutoire en qualité d'ordonnateur secondaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le titre de perception émis à l'encontre de la commune requérante ne comporte pas la signature de son auteur ne peut donc qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret susvisé du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ".

6. Il résulte de l'instruction que le titre de perception contesté en date du 17 octobre 2019 indique que la créance réclamée est relative " une demande de restitution de trop-perçu de la commune de Louveciennes au titre de la taxe additionnelle aux droits d'enregistrement retracée sur les avis de mise en recouvrement émis le 25/08/2010 (AMR 1100800102) et le 28/03/2013 (AMR 130102507) acquittée à tort par la société LD Investissement et versée par l'Etat à la commune de Louveciennes en janvier (1 053 361 euros) et août 2013 (79 968 euros) cette taxe ayant fait l'objet d'un dégrèvement en exécution du jugement du TGI de Versailles en date du 5 juillet 2018 " et vise l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales. Le titre contesté comporte donc les indications mettant la commune de Louveciennes à même de comprendre et contester les bases de la liquidation de cette créance, sans qu'elle puisse sérieusement soutenir que l'ordonnateur aurait dû en outre mentionner les montants des deux avis de mise en recouvrement acquittés par la société LD Investissement. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception en litige ne comporterait pas les bases de sa liquidation.

7. En troisième lieu, lorsque l'Etat constate qu'il a versé une somme qui s'est révélée comme n'étant pas due, il lui appartient d'en réclamer la restitution par la procédure administrative d'émission d'un titre de perception prévu par les dispositions de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, en vertu des principes issus de l'article 1302 du code civil selon lequel " Tout paiement suppose une dette ; ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution () " et de l'article 1302-1 du même code selon lequel : " Celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû doit le restituer à celui de qui il l'a indûment reçu ".

8. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la société LD Investissement a réglé à l'Etat des montants de 4 271 851 et 7 041 euros au titre de la taxe additionnelle aux droits d'enregistrement et de pénalités et, d'autre part, que la commune de Louveciennes a perçu la part communale de cette taxe les 25 janvier et 13 août 2013. Toutefois, par le jugement précité du 5 juillet 2018, exécutoire de droit à titre provisoire, le tribunal de grande instance de Versailles a accordé à cette société le dégrèvement des droits d'enregistrement et pénalités mis à sa charge, ce qui a abouti le 5 novembre suivant au remboursement à la société, par l'Etat, des sommes qu'elle avait réglées. Il en résulte que l'Etat était en droit de demander à la commune de Louveciennes de reverser la part de la taxe additionnelle aux droits d'enregistrement initialement réglée par la société LD Investissement et dont elle avait perçu la part communale. Les circonstances que la commune n'a pas été partie à l'instance devant le tribunal de grande instance de Versailles et que l'Etat aurait accordé initialement à la société une exonération à laquelle il n'était pas tenu sont inopérantes quant au principe du reversement de la somme qu'elle a indument perçue. Par ailleurs, la circonstance que l'Etat a formé appel de ce jugement est également sans incidence sur ce même principe, dès lors que l'Etat était tenu, en vertu de l'exécution provisoire, d'exécuter le jugement. Enfin, l'arrêt de la chambre commerciale, financière et économique de la Cour de cassation en date du 15 mars 2023 cassant l'arrêt rendu le 17 novembre 2020 par la cour d'appel de Versailles qui avait confirmé ce jugement est également sans incidence sur le principe de la restitution des sommes versées indûment, l'affaire et les parties ayant été remises dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt, à savoir à la suite du jugement qui avait prononcé le dégrèvement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin de décharge de la somme réclamée par le titre de perception du 17 octobre 2019 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Louveciennes est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Louveciennes, au directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. Meyrignac Le président,

Signé :N. Le Broussois

Le greffier,

Signé :G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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