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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008066

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008066

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantPHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 octobre 2020, 1er décembre 2020, 4 janvier 2021 et 12 janvier 2021, le préfet du Val-de-Marne demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2019 par lequel le maire de Nogent-sur-Marne a, au nom de la commune, délivré à Mme E A un permis de construire en vue d'un changement de destination et d'une modification d'un immeuble sur une parcelle cadastrée section AK n°280 située 45 bis Ile des Loups ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nogent-Sur-Marne une somme de 3 000 euros au profit de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ; en particulier, elle n'est pas tardive ;

- la construction, objet du permis de construire contesté, ayant été réalisée sans permis de construire alors que celui-ci était requis et le terrain d'assiette du projet se situant, de plus, en zone inondable d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, aucune régularisation de ce permis de construire n'était possible sur le fondement des dispositions de l'article L.421-9 du code de l'urbanisme ;

- la demande de permis de construire était insuffisante pour ne pas permettre de régulariser la construction dans son ensemble ;

- l'acquisition des prescriptions pénale et civile ne valent pas autorisation de régularisation ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, le plan de masse n'indique pas les modalités selon lesquelles le bâtiment sera raccordé aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement ; en outre, en cas d'assainissement autonome, l'attestation de conformité du projet d'installation prévue au d) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme est également manquante ; l'insuffisance du plan de masse n'a pas ainsi permis d'apprécier si le projet respectait les dispositions de l'article N4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme en ce qu'il porte atteinte, d'une part, à la salubrité publique à défaut de précision relative au raccordement de la construction à des réseaux publics d'alimentation en eau potable et d'assainissement et, d'autre part, à la sécurité publique en ce que le projet, qui porte sur la création d'un nouveau logement, est situé en zone inondable soumis à un aléa d'inondation de sorte qu'en cas de crue centennale, le logement sera alors inondé pour les deux-tiers de sa surface ;

- le permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme dès lors que le projet porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants ;

- le projet méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques inondations du 12 novembre 2007 dès lors qu'en zone verte toute construction nouvelle est interdite et les extensions d'habitation existantes sont limitées à 20 m² en application des dispositions du paragraphe 1.2.2 du règlement ;

- Les dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables en l'espèce dès lors que le permis de construire contesté autorise une construction qui est interdite en zone inondable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2020, la commune de Nogent-sur-Marne, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 novembre 2020, 16 décembre 2020 et 7 septembre 2022, Mme E A, représentée par Me Philippe, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L.600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une lettre du 2 novembre 2022, les parties ont été informées de ce que le tribunal est

susceptible, de relever d'office le moyen tiré de la tardiveté de la requête dès lors, d'une part, de ce que la demande de pièce complémentaire effectuée auprès de la commune de Nogent-sur-Marne et reçue le 20 décembre 2019 n'a pas pu interrompre le délai de deux mois prévu à l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales faute, pour cette demande, de porter sur des documents nécessaires afin de mettre à même le préfet d'apprécier la portée et la légalité du permis de construire en litige, et/ou d'autre part, de ce que le délai de recours contentieux n'a pu être prorogé par l'exercice du recours gracieux reçu en mairie de Nogent-sur-Marne le 24 juin 2020 faute d'avoir été notifié au titulaire permis de construire en litige en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. D ont acquis, en 2015, un bien immobilier à usage d'habitation situé sur l'île aux Loups à Nogent-sur-Marne. Alors que l'acte de vente mentionnait l'existence d'un hangar à bateau en rez-de-chaussée, il est apparu que, sans autorisation d'urbanisme préalable, ce hangar avait été affecté à un usage d'habitation avec un remplacement du volet métallique faisant office de la porte d'entrée de bateau par une baie vitrée. Mme A a alors déposé le 26 juillet 2019, en mairie de Nogent-sur-Marne, un permis de construire afin de faire régulariser le changement de destination du hangar en surface habitable ainsi que la modification de façade qui s'en était suivie. Par un arrêté du 16 octobre 2019, le maire de Nogent-Sur-Marne a accordé au nom de la commune à Mme A le permis de construire sollicité. Dans la présente instance, le préfet du Val-de-Marne demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, d'annuler ce permis de construire.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales dans sa rédaction alors applicable : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. () ". L'article L. 2131-2 du même code dispose que : " I.- Sont transmis au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement, dans les conditions prévues au II : () / 6° Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, lorsqu'il a reçu compétence dans les conditions prévues aux articles L. 422-1 et L. 422-3 du code de l'urbanisme () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R.600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux ".

4. Il résulte de ces dernières dispositions que s'agissant tant d'un déféré du préfet que d'un recours administratif, le défaut d'accomplissement dans le délai requis des formalités de notification prévues par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme rend en principe irrecevable le recours contentieux intenté ultérieurement. Toutefois, l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'a ni pour objet ni pour effet de frapper d'irrecevabilité un recours contentieux qui, même s'il a été précédé d'un recours administratif non assorti des formalités de notification, a été introduit dans le délai de recours contentieux de droit commun de deux mois.

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-de-Marne a formé le 24 juin 2020 auprès du maire de Nogent-Sur-Marne un recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté attaqué. Pour l'application des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, le préfet a notifié son recours gracieux, non pas au 45 bis Ile des Loups comme étant, ainsi qu'il est clairement mentionné dans la demande de permis de construire, l'adresse de Mme A, titulaire du permis de construire, mais au 8 bis rue Hoche à Nogent-Sur-Marne, qui est celle du maître d'œuvre. Si le préfet du Val-de-Marne fait valoir que le recours gracieux pouvait être valablement adressé à la requérante à l'adresse de son architecte dès lors qu'elle avait indiqué en page 1 du formulaire Cerfa de sa demande de permis de construire qu'elle souhaitait que les courriers de l'administration, autres que les décisions statuant sur sa demande, soient adressés à son maître d'œuvre, cette indication ne saurait toutefois être regardée comme ayant eu pour objet ou pour effet d'autoriser, pour l'application de dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, la notification régulière de tout recours gracieux ou contentieux formé par un tiers contre l'autorisation d'urbanisme en litige à l'adresse du maître d'œuvre plutôt qu'à celle du titulaire du permis de construire. Il s'ensuit, alors que Mme A soutient, sans être utilement contredite, ne pas en avoir été informée, que le recours gracieux formé le 24 juin 2020 par le préfet du Val-de-Marne auprès du maire de Nogent-sur-Marne n'a pu avoir pour effet de proroger le délai de recours contentieux, de sorte que la requête enregistrée au greffe du tribunal le 8 octobre 2020, soit plus de deux mois après l'exercice de ce recours gracieux, est tardive et, par suite, irrecevable.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le préfet du Val-de-Marne doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la préfète du Val-de-Marne est rejetée.

Article 2 : L'Etat (Préfecture du Val de Marne) versera à Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la préfète du Val-de-Marne, à la commune de Nogent-sur-Marne et à Mme C.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel , président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

M. L'HIRONDEL La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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