mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2008169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LACOSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Lacoste, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2020 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir son accès aux conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en cas de rejet de l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation portée sur les motifs pour lesquels il ne s'est pas présenté aux autorités ;
- elle méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa particulière vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive " accueil " 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant congolais, né le 5 février 1996, s'est présenté le 10 octobre 2018 aux guichets de la préfecture de l'Essonne pour y déposer une demande d'asile, laquelle a été enregistrée selon la " procédure Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié à compter de cette date des conditions matérielles d'accueil.
2. Le 22 mai 2019, le directeur territorial de Créteil de l'OFII a prononcé le retrait de plein droit de ses conditions matérielles d'accueil au motif tiré de ce qu'il ne s'était pas rendu aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile les 6 mai et 7 mai 2019. L'exécution de cette décision a été suspendue par le juge des référés du Tribunal administratif de Versailles dans son ordonnance n° 1908115 du 13 novembre 2019, à défaut d'avoir mis l'intéressé à même de présenter ses observations. Par une nouvelle décision du 18 décembre 2019, l'administration a suspendu le bénéfice des conditions pour le même motif tenant à son absence lors des rendez-vous des 6 mai et 7 mai 2019. Par ordonnance n° 2000148 du 4 février 2020, le juge des référés a rejeté la requête de M. A tendant à la suspension, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de cette décision. A défaut d'avoir confirmé le maintien de sa requête à fin d'annulation de la décision du 18 décembre 2019, par une ordonnance n° 2000146 du président du tribunal du 14 septembre 2020, il a été donné acte du désistement de M. A. A l'expiration du délai de transfert, M. A a vu, le 18 août 2020, sa demande d'asile enregistrée selon la procédure normale. Par ailleurs, son examen a donné lieu, le 29 mars 2021, à une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides de transfert de la protection nationale accordée à M. A au Mali vers la France. Le 19 août 2020, il a sollicité de l'OFII le rétablissement du bénéfice aux conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 8 septembre 2020, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de Créteil de l'OFII a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive du 26 juin 2013 susvisée : " () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". L'article L. 744-9 du même code, dans sa version applicable au litige, précise : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre État responsable de l'examen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code précité, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-6 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
5. Il résulte des dispositions précitées que si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
6. Pour prendre la décision attaquée, le directeur territorial de Créteil de l'Office s'est fondé sur la circonstance que M. A avait fait l'objet, le 22 mai 2019, d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il ne s'était pas présenté aux entretiens personnels organisés par les autorités chargées de l'asile les 6 mai et 7 mai 2019. Dans le cadre de la demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'autorité administrative a considéré que les éléments invoqués par l'intéressé ne justifient pas du non-respect par ce dernier des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat médical de son médecin traitant établi le 7 mai 2019, que son état de santé a imposé un repos strict à son domicile pendant trois jours à compter du 6 mai 2019. Si l'OFII fait valoir que cette pièce, imprécise et non circonstanciée, doit, par conséquent, être regardée comme un certificat médical complaisant, l'office n'apporte à l'appui de cette contestation, aucun élément de nature à l'étayer alors que son auteur a, conformément aux dispositions législatives, assuré le respect du secret médical. Dès lors, M. A justifie n'avoir pu les 6 et 7 mai 2019, se présenter aux convocations prévues. Par suite, eu égard à ce motif légitime, en refusant de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, le directeur territorial de de Créteil l'OFII a entaché la décision en litige d'illégalité.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 septembre 2020 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'OFII a refusé de rétablir son accès aux conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le directeur territorial de Créteil de l'OFII procède, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit dans la situation de M. A, au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lacoste, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Lacoste d'une somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 8 septembre 2020 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'OFII a refusé de rétablir à M. A l'accès aux conditions matérielles d'accueil est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur territorial de Créteil de l'OFII de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Lacoste, conseil de M. A, une somme de 1 000 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Lacoste renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Lacoste.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Mentfakh, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
L. C
La présidente,
M. D
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. TRÉMOUREUX
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026