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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008496

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008496

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET ATHON-PEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2020 et 7 février 2023,

M. A D, représenté par le cabinet Athon-Perez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) avant-dire droit, d'ordonner une expertise médicale ;

2°) d'annuler la décision n° 2020/349 du 30 janvier 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail postérieurs au 1er février 2019, a rejeté la prise en charge des frais médicaux et pharmaceutiques depuis le 1er février 2019 et a fixé un taux d'incapacité permanente partielle inférieur à 10 % ;

3°) d'annuler la décision n° 2020/350 du 30 janvier 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail postérieurs au 9 septembre 2019, a rejeté la prise en charge des frais médicaux et pharmaceutiques depuis le 1er février 2019 et a fixé un taux d'incapacité permanente partielle inférieur à 10 % ;

4°) d'annuler la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

5°) d'enjoindre au conseil départemental du Val-de-Marne de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail depuis le 9 septembre 2019, de fixer un taux d'incapacité permanente partielle de 12 % et de procéder au remboursement des frais de santé depuis le 1er février 2019, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge du conseil départemental du Val-de-Marne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

À titre principal, sur la légalité interne des décisions attaquées :

En ce qui concerne l'imputabilité au service de la rechute du 3 juin 2019 :

- le conseil départemental du Val-de-Marne a reconnu, par sa décision du

11 octobre 2019, l'imputabilité au service de sa rechute du 3 juin 2019 jusqu'au 9 juillet 2019 ; il est donc incompréhensible qu'il ait, par sa décision n° 2020/349 du 30 janvier 2020, décidé de ne plus la reconnaître au titre de l'accident de service ; si l'absence de précision sur la rechute ne permet pas de s'assurer de la période à laquelle il est fait référence, la référence à une guérison au 30 janvier 2019 laisse présumer qu'il s'agit de la rechute du 3 juin 2019 ; or, l'expertise du

docteur B du 9 juillet 2019 est formelle s'agissant de l'existence d'un lien direct et certain entre l'accident de service du 5 octobre 2015 et les lésions motivant la demande de rechute du 3 juin 2019 ; il n'existe aucun document médical permettant de remettre en cause les conclusions de cette expertise ; le conseil départemental du Val-de-Marne a ainsi méconnu les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

- la décision du conseil départemental du 11 octobre 2019, reconnaissant l'imputabilité au service de la rechute du 3 juin 2019 jusqu'au 9 juillet 2019, est créatrice de droits ; en l'absence d'illégalité de cette décision, le conseil départemental ne pouvait légalement la retirer, même dans le délai de quatre mois par l'édiction de la décision n° 2020/349 du 30 janvier 2020 ;

En ce qui concerne l'imputabilité au service de la rechute du 9 septembre 2019 :

- le conseil départemental ne pouvait rejeter l'imputabilité au service des arrêts postérieurs au 9 juillet 2019, soit ceux du 9 septembre 2019 au 20 décembre 2019, dès lors qu'aucune expertise n'a été diligentée sur cette question, de sorte que la commission de réforme s'est prononcée de manière non éclairée, de même que le conseil départemental ;

- en tout état de cause, ce rejet d'imputabilité est mal-fondé dès lors que les conclusions de l'expertise du docteur C du 27 juillet 2020, qui sont contradictoires avec celles du docteur F et du docteur B, sont contestables ; ainsi, le conseil départemental a méconnu les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en rejetant l'imputabilité au service de la rechute du 9 septembre 2019 ;

En ce qui concerne la prise en charge des frais médicaux depuis le 1er février 2019 :

- la date de consolidation est sans incidence sur la prise en charge des frais médicaux ; le docteur F avait estimé que les soins post-consolidation devaient être accordés pour un an ; le docteur B a lui aussi conclu à la prise en charge des soins post-consolidation jusqu'au

9 juillet 2020 ; il est donc incompréhensible que la commission de réforme ait refusé la prise en charge des frais médicaux depuis le 1er février 2019 ; d'ailleurs, la commission de réforme a commis des erreurs dans ses avis en faisant état d'un côté de sa guérison au 30 janvier 2019 et d'un autre côté de sa guérison au 9 juillet 2019 ; en outre, ni le docteur B ni le docteur F n'ont mentionné sa guérison mais n'ont fait que fixer sa date de consolidation ; aucune date de guérison n'a été fixée au 30 janvier 2019 ni au 9 juillet 2019, contrairement à ce que retient le conseil départemental ; le refus de prise en charge des frais médicaux depuis le 1er février 2019 est donc contraire aux dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

- la décision du 11 octobre 2019 étant créatrice de droits et légale, le conseil départemental ne pouvait, même dans un délai de quatre mois, la retirer par sa décision n° 2020/349 refusant la prise en charge des frais médicaux postérieurs au 1er février 2019 ;

En ce qui concerne le taux d'incapacité permanente partielle :

- le conseil départemental, qui s'est contenté de fixer un taux d'incapacité permanente partielle " inférieur à 10 % " n'a pas exercé sa propre compétence et s'est cru, à tort, lié par l'avis de la commission de réforme ; en tout état de cause, le taux d'incapacité permanente partielle devait être fixé à 12 % conformément à ce qu'avait conclu le docteur F dans son expertise du 30 janvier 2019 ;

À titre subsidiaire, sur la légalité externe des décisions attaquées :

- les avis rendus par la commission de réforme le 9 décembre 2019 l'ont été sans qu'ait siégé un médecin spécialiste ; or, ces avis contredisent les expertises médicales diligentées par les docteurs F et B ; en outre, la question de l'imputabilité au service des arrêts postérieurs au 9 juillet 2019 n'a pas été soumise à un expert rhumatologue, ce qui rendait nécessaire la présence d'un tel spécialiste à la commission de réforme ;

- eu égard au fait que l'expertise du docteur C du 27 juillet 2020 est contradictoire avec celles des docteurs F et B, il y a lieu, avant-dire droit d'ordonner une nouvelle expertise médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le département du Val-de-Marne, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par des courriers des 27 novembre 2023 et 11 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de ce que :

- l'administration a, en prenant les décisions n° 2020/349 et n° 2020/350 du

30 janvier 2020, méconnu le champ d'application de la loi en ayant appliqué les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 à la situation de M. D, alors que celui-ci relève des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- le tribunal est susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale en substituant les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 à celles de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 sur lesquelles sont fondées les décisions en litige, seules en vigueur à la date à laquelle serait survenu l'accident de service invoqué par M. D.

Par une ordonnance du 8 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

27 février 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- les conclusions de Mme Van Daële rapporteure publique,

- les observations de Me Achard, représentant M. D et de M. E représentant le département du Val-de-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, agent technique territorial principal de première classe, exerce ses fonctions au sein du conseil départemental du Val-de-Marne en qualité d'électricien polyvalent. Le 5 octobre 2015, il a été victime, sur le lieu d'exercice de ses fonctions, d'une chute dans les escaliers qui lui a occasionné une lombalgie. Cet accident a été reconnu imputable au service par un arrêté du 21 avril 2016 du président du conseil départemental du Val-de-Marne. Son état de santé a été regardé comme étant consolidé au 24 août 2016. D'une part, M. D a déclaré une première rechute de son accident de service survenue le 9 novembre 2016 que le président du conseil départemental du Val-de-Marne a reconnue imputable au service par un arrêté du

2 février 2017, lequel a prévu que les honoraires médicaux et frais directement entraînés par cet accident de service seraient pris en charge au titre de la législation sur les accidents de service. A l'issue de l'expertise médicale réalisée le 30 janvier 2019, qui a fixé une date de consolidation au 30 janvier 2019, et de l'avis défavorable de la commission de réforme du 9 janvier 2019 à la prise en charge des soins postérieurs au 1er février 2019, qui a retenu une date de guérison de la rechute au 30 janvier 2019, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a, par une décision n° 2020/349 du 30 janvier 2020, refusé de prendre en charge les soins à compter du

1er février 2019, en retenant une guérison par retour à l'état antérieur au 30 janvier 2019, et fixé un taux d'incapacité permanente partielle " inférieur à 10% ". D'autre part, M. D a déclaré une seconde rechute le 3 juin 2019, reconnue imputable au service par un arrêté du président du conseil départemental du Val-de-Marne du 11 octobre 2019. Le courrier d'accompagnement précisait que l'imputabilité au service de cette rechute était reconnue jusqu'au 9 juillet 2019, que les arrêts de travail du 3 au 17 juin 2019 étaient pris en charge au titre de la législation sur les accidents de service et que l'ensemble des frais et honoraires médicaux liés à cette rechute l'étaient jusqu'au 9 juillet 2020. A l'issue de l'expertise médicale réalisée le 9 juillet 2019, qui a considéré que cette rechute était imputable à l'accident de service initial du 5 octobre 2015, que les arrêts de travail et les soins étaient respectivement à prendre en charge jusqu'au 17 juin et 9 juillet 2019, et que la date de consolidation de la rechute pouvait être fixée au 9 juillet 2019, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a reconnu, par une décision du 11 octobre 2019, l'imputabilité au service de cette rechute, en prenant en charge les arrêts et soins correspondants. M. D ayant produit de nouveaux arrêts de travail à compter du 9 septembre 2019, la commission de réforme a été saisie et a estimé que la date de guérison pouvait être fixée au 9 juillet 2019. Il suit de là que, par une décision n°2020/350 du 30 janvier 2020, le président du conseil départemental du

Val-de-Marne a refusé de prendre en charge les arrêts de travail du 9 septembre au

9 décembre 2019, ainsi que les soins pour la période du 13 septembre au 9 décembre 2019, en retenant une guérison par retour à l'état antérieur au 9 juillet 2019 et fixé un taux d'incapacité permanente partielle " inférieur à 10% ". M. D a formé, le 7 avril 2020, un recours gracieux contre ces deux décisions que le président du conseil départemental du Val-de-Marne a implicitement rejeté. Par la présente requête, M. D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler les deux décisions du 30 janvier 2020, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il ressort des pièces du dossier que le président du conseil départemental du

Val-de-Marne a, par une décision du 14 septembre 2022, expressément rejeté le recours gracieux présenté par M. D. Cette décision explicite s'est ainsi substituée à la décision implicite de rejet du recours gracieux. Il suit de là qu'en application du principe énoncé au point précédent, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 14 septembre 2022.

Sur le cadre juridique applicable :

4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; (). / Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / () ".

6. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, issu de l'article 10 de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ".

7. D'une part, l'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 étant manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, ces dispositions ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 57 de la loi du

26 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.

8. D'autre part, la rechute d'un accident de service se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure. Les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'accident de service dont a été victime M. D est survenu le 5 octobre 2015 et a entraîné des lésions diagnostiquées à cette même date. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ne peuvent dès lors s'appliquer à la situation juridique de M. D qui était constituée avant leur entrée en vigueur et ce, alors même que certaines des rechutes dont il se prévaut, notamment celles des 3 juin et

9 septembre 2019, sont postérieures à l'entrée en vigueur de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Dans ces conditions, les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 régissent la situation de M. D.

10. Or, il ressort des termes de chacune des décisions attaquées que le président du conseil départemental du Val-de-Marne s'est fondé sur l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 pour refuser, d'une part, de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute du 9 novembre 2016 et, d'autre part, de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts et soins postérieurs au

9 juillet 2019 s'agissant de la rechute du 3 juin 2019. Cette autorité a, ce faisant, méconnu le champ d'application de la loi. Toutefois, le pouvoir d'appréciation dont dispose l'autorité administrative en vertu des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 est le même que celui dont l'investissent les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Les garanties dont sont assortis ces textes sont similaires. Dans ces conditions, et ainsi qu'en ont été informées les parties, il y a lieu de substituer ces dispositions à la base légale retenue par le président du conseil départemental du Val-de-Marne.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'imputabilité au service des rechutes :

11. M. D, qui soutient que le département du Val-de-Marne l'a, à tort considéré comme guéri tant au 30 janvier 2019 qu'au 9 juillet 2019 dès lors qu'il n'était que consolidé à ces dates ainsi que l'avaient relevé les deux experts qui se sont prononcés respectivement sur la rechute du 9 novembre 2016 et celle du 3 juin 2019, doit être regardé, alors même qu'il a indexé son argumentation sous l'intitulé " Sur la prise en charge des frais médicaux depuis le

1er février 2019 ", comme invoquant le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par l'administration à l'encontre des deux décisions en litige.

12. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, des décisions litigieuses n° 2020/349 et n° 2020/350 du 30 janvier 2020 que le président du conseil départemental du Val-de-Marne a fixé la date de guérison de M. D par retour à l'état antérieur respectivement au

30 janvier 2019, s'agissant de la première rechute du 9 novembre 2016, et au 9 juillet 2019, s'agissant de la seconde rechute du 3 juin 2019, et limité, dans tous les cas, la prise en charge des soins postérieurs à chacune de ces dates. A cet égard, le président du conseil départemental du Val-de-Marne s'est fondé respectivement sur l'avis de la commission de réforme du 9 décembre 2019, au titre de la rechute du 9 novembre 2016, faisant état de ce qu'" il ne [s'agissait] pas des suites de la rechute de l'accident de service reconnue imputable par la collectivité qui est guérie le 30/01/2019 par retour à l'état antérieur imputable évalué à 8 % " et sur celui du même jour, au titre de la rechute du 3 juin 2019, faisant mention de ce que celle-ci était " guérie le 9 juillet 2019 par retour à l'état antérieur imputable évalué à 8 % ". Il ressort, toutefois, des pièces de nature médicale versées au dossier et, plus particulièrement, des conclusions des expertises du docteur F du 30 janvier 2019 et du docteur B du 9 juillet 2019 que ces deux dates des 30 janvier 2019 et 9 juillet 2019, correspondent aux dates auxquelles l'état de santé de M. D a été consolidé consécutivement aux rechutes des 9 novembre 2016 et 3 juin 2019, qui ont été confirmées, au demeurant, par l'expertise médicale du docteur C du 27 juillet 2020 postérieure aux décisions contestées. Dans ces conditions, en considérant que M. D était guéri au 30 janvier 2019 de la rechute du 9 novembre 2016 et au 9 juillet 2019 de celle du 3 juin 2019, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a entaché les décisions critiquées d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne le taux d'incapacité permanente partielle :

13. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et, notamment, des décisions en litige, contrairement à ce que soutient M. D, que le président du conseil départemental du Val-de-Marne se serait cru à tort lié par les avis de la commission de réforme du 9 décembre 2019.

14. D'autre part, il résulte de l'article 2 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale que seuls les fonctionnaires justifiant d'une invalidité permanente au moins égale à 10 % résultant d'un accident de service peuvent prétendre à cette allocation et de l'article 3 de ce même décret qu'il appartient au fonctionnaire qui entend y prétendre, de former une demande d'allocation temporaire d'invalidité (ATI) dans le délai d'un an courant à compter de la reprise de fonction après consolidation de la blessure ou de son état de santé. Or, outre qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D ait présenté une demande tendant à être admis au bénéfice de l'ATI, il ne résulte pas du décret du 2 mai 2005 que l'autorité administrative, qui entend retenir un taux d'IPP inférieur à 10 % ne donnant pas lieu à l'ouverture d'un droit à indemnité, soit tenue de fixer précisément ce taux.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une expertise avant-dire droit, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation des décisions du 30 janvier 2020, prises sous les n° 2020/349 et 2020/350 par le président du conseil départemental du Val-de-Marne, ainsi que de la décision expresse du 14 septembre 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement que le département du Val-de-Marne reconnaisse l'imputabilité au service des arrêts de travail depuis le 9 septembre 2019, fixe un taux d'incapacité permanente partielle de 12 % et procède au remboursement des frais de santé depuis le 1er février 2019 mais seulement que le département du Val-de-Marne réexamine la situation de M. D. Il y a donc lieu d'enjoindre au département du Val-de-Marne de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Val-de-Marne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions n° 2020/349 et n° 2020/350 du président du conseil départemental du Val-de-Marne du 30 janvier 2020, ainsi que la décision du 14 septembre 2022 portant rejet du recours gracieux du 7 avril 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au département du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. D dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département du Val-de-Marne versera une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros à M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au département du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2008496

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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