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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008648

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008648

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantROBESPIERRE AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2020, M. B A, représenté par

Me Blindauer demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2020 par laquelle la ministre du travail a, d'une part, annulé la décision de l'inspecteur du travail du 20 janvier 2020 ayant refusé à la société VetB Fliesen GmbH l'autorisation de le licencier et, d'autre part, fait droit à la demande d'autorisation présentée par cette dernière ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure générale d'information et de consultation du comité social et économique a été irrégulière ;

- c'est à tort que l'administration a estimé que le motif économique invoqué pour prononcer son licenciement était réel et sérieux ;

- les difficultés économiques invoquées sont imputables à l'entreprise ;

- des manœuvres frauduleuses et des fautes commises par l'entreprise font obstacle à la reconnaissance de l'existence d'une cause économique.

Par un mémoire, enregistré le 20 octobre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2020, la société VetB Fliesen GmbH, représentée par Me Déniel-Allioux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Pacquetet, avocate de la société VetB Fliesen GmbH.

Considérant ce qui suit :

1. La société VetB Fliesen GmbH a obtenu, le 14 octobre 2019, auprès de la directrice régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France, la validation d'un accord collectif majoritaire donnant lieu à la mise en œuvre d'un plan de sauvegarde de l'emploi prévoyant la suppression de 118 postes de travail dans son établissement situé à La Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne). Le 20 novembre 2019, la société VetB Fliesen a sollicité l'autorisation de licencier pour motif économique M. A, salarié protégé. Par une décision du 20 janvier 2020, l'inspectrice du travail a rejeté cette demande. Par une décision du 31 août 2020, la ministre du travail a annulé la décision de refus de l'inspectrice du travail et autorisé le licenciement de M. A. Ce dernier demande au tribunal d'annuler cette décision ministérielle.

2. Aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : 1° A des difficultés économiques caractérisées soit par l'évolution significative d'au moins un indicateur économique tel qu'une baisse des commandes ou du chiffre d'affaires, des pertes d'exploitation ou une dégradation de la trésorerie ou de l'excédent brut d'exploitation, soit par tout autre élément de nature à justifier de ces difficultés./ Une baisse significative des commandes ou du chiffre d'affaires est constituée dès lors que la durée de cette baisse est, en comparaison avec la même période de l'année précédente, au moins égale à :/ a) Un trimestre pour une entreprise de moins de onze salariés ;/ b) Deux trimestres consécutifs pour une entreprise d'au moins onze salariés et de moins de cinquante salariés ;/ c) Trois trimestres consécutifs pour une entreprise d'au moins cinquante salariés et de moins de trois cents salariés ;/ d) Quatre trimestres consécutifs pour une entreprise de trois cents salariés et plus ; / ()/ Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient, établies sur le territoire national, sauf fraude.".

3. En premier lieu, lorsque le licenciement pour motif économique d'un salarié protégé est inclus dans un licenciement collectif qui requiert l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'inspecteur du travail saisi de la demande d'autorisation de ce licenciement, ou au ministre chargé du travail statuant sur recours hiérarchique, de s'assurer de l'existence, à la date à laquelle il statue sur cette demande, d'une décision de validation ou d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi, à défaut de laquelle l'autorisation de licenciement ne peut légalement être accordée. En revanche, dans le cadre de l'examen de cette demande, il n'appartient à ces autorités, ni d'apprécier la validité du plan de sauvegarde de l'emploi ni, plus généralement, de procéder aux contrôles mentionnés aux articles L. 1233-57-2 et L. 1233-57-3 du code du travail, qui n'incombent qu'à l'autorité compétemment saisie de la demande de validation ou d'homologation du plan.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'autorisation de licencier M. A a été sollicitée après qu'un accord collectif majoritaire donnant lieu à la mise en œuvre d'un plan de sauvegarde de l'emploi, prévoyant la suppression de 118 emplois dont celui qu'occupait l'intéressé, a été validé par l'administration. Dans ces conditions, il n'incombait pas à la ministre du travail de contrôler la régularité de la procédure d'information et de consultation des représentants du personnel. Il suit de là que M. A ne peut utilement invoquer un moyen tiré de l'irrégularité de l'information et de la consultation du comité social et économique de l'établissement dans le cadre de la procédure de licenciement collectif ayant requis l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi.

5. En deuxième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre du travail, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement de l'intéressé en tenant compte, notamment, de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise.

6. Pour estimer que les difficultés économiques de la société VetB Fliesen GmbH, appréciées au niveau du seul périmètre de l'établissement de La Ferté-Gaucher, justifiaient le licenciement de M. A, la ministre du travail s'est fondée sur les circonstances que cet établissement a enregistré une perte d'exploitation nette de 7,8 millions d'euros en 2015, de 5,1 millions d'euros en 2016, de 3,4 millions d'euros en 2017, de 1,7 millions d'euros en 2018 et de 5,8 millions d'euros en 2019 et que les difficultés en résultant étaient accentuées par le contexte concurrentiel du marché de la faïence murale dans lequel évolue cet établissement et dont les principaux acteurs affichent une croissance positive en privilégiant le marché du carrelage en céramique émaillée, qui présente un coût de production plus faible.

7. Les éléments relevés ci-dessus mettent en évidence une évolution significative défavorable sur plusieurs années de l'indicateur économique que constitue la perte nette d'exploitation de l'établissement de La Ferté-Gaucher, quand bien même ces pertes ont été moins importantes en 2017 et en 2018 qu'au cours des autres années. Une telle évolution caractérise à elle seule des difficultés économiques au sens des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 1233-3 du code du travail dont la ministre a, par suite, fait une exacte application en considérant que le motif économique invoqué par l'employeur était réel et sérieux, sans qu'ait d'incidence, à cet égard, que, au cours de la même période, les commandes et la production vendue n'ont pas sensiblement baissé et que le résultat brut s'est amélioré.

8. En troisième lieu, si le requérant soutient que c'est l'insuffisance d'investissements qui a conduit aux difficultés économiques de l'établissement, la direction de la société ayant fait le choix de ne pas poursuivre sa politique d'investissements compte tenu de la situation économique et financière de la société et de ne pas explorer d'autres perspectives qu'offre le marché français, notamment celle qui est offerte par le carrelage en céramique émaillée, il n'appartient pas à l'autorité administrative de contrôler les choix de gestion effectués par l'entreprise.

9. En quatrième et dernier lieu, il n'appartient pas à l'autorité administrative de rechercher si la situation économique est due à la faute ou à la légèreté blâmable de l'employeur, sans que sa décision fasse obstacle à ce que le salarié, s'il s'y estime fondé, mette en cause devant les juridictions compétentes la responsabilité de l'employeur en demandant réparation du préjudice que lui auraient causé cette faute ou cette légèreté blâmable dans l'exécution du contrat de travail.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui n'établit pas la réalité des manœuvres frauduleuses qu'il évoque, ne saurait davantage utilement se prévaloir de ce que les difficultés économiques rencontrées par l'établissement de La Ferté-Gaucher résulteraient de choix de gestion délibérés constitutifs d'une faute ou d'une légèreté blâmable de son employeur.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail du 31 août 2020 doivent être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que demande la société VetB Fliesen GmbH sur le même fondement.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société VetB Fliesen GmbH présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société VetB Fliesen GmbH.

Copie en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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