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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008676

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008676

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2020 et régularisée le 5 novembre 2020 et des mémoires complémentaires enregistrés les 5 et 28 octobre 2021, Mme G F épouse H, représentée en dernier lieu par Me Stephan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne comporte pas la mention du nom du médecin auteur du rapport médical ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2020, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme F épouse H ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022 à 12 heures.

Mme F épouse H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511.1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteur publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F épouse H, ressortissante centrafricaine née le 17 juin 1958 à Bangui (République centrafricaine), entrée sur le territoire français le 16 octobre 2009 sous couvert d'un visa court séjour, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 7 août 2020, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté contesté, contrairement à ce que soutient Mme F épouse

H, n'a pas été signé par Mme C A, cheffe de bureau, mais par

M. E B, préfet de Seine-et-Marne, nommé par décret du 15 janvier 2020, publié au Journal officiel du 16 janvier 2020. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dansa sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

4. Aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application du 11° de l'article

L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 313-23 de ce code, alors applicable : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. (). / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, (). / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / (). / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il ne résulte d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016, non plus d'aucun principe, que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) devrait porter mention du nom du médecin qui a établi le rapport médical, prévu par l'article R. 313-22, qui est transmis au collège de médecins de l'Office. En tout état de cause, le rapport médical requis dans le cadre de l'instruction de la demande de renouvellement du titre de séjour de la requérante a été établi par le docteur I, médecin du service médical de l'OFII, qui ne figure pas parmi les trois médecins qui ont rendu leur avis collégial le 9 juillet 2019 sur le cas de l'intéressée.

6. En deuxième lieu, les circonstances que le préfet de Seine-et-Marne ait fait mention, par erreur, d'une inexactitude se rapportant à la situation de l'époux de la requérante et n'ait pas précisé la situation de ses enfants sur le territoire français ne sont pas suffisantes pour démontrer que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3. à 6. du présent jugement que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure ne peuvent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, qu'être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme F épouse H est entrée sur le territoire français le 16 octobre 2009 sous couvert d'un visa court séjour et a été admise à séjourner en France sous couvert d'un titre de séjour en qualité de malade pour la période courant du 29 septembre 2017 au 30 septembre 2018 avant d'en solliciter le renouvellement et de bénéficier de récépissés de dépôt de titre de séjour jusqu'au 16 mars 2020. Si la requérante allègue résider en France depuis plus de dix, elle ne l'établit pas en se bornant à produire des avis d'impôt sur les revenus, dont certains ne font mention d'aucun revenu, ainsi que des fiches de paie établis pour les mois de mai 2019 à août 2021 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel prenant effet à compter du 9 mai 2019 en qualité d'assistante de vie. A cet égard, la requérante ne peut justifier d'une insertion professionnelle durable et stable à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la circonstance que ses trois filles résident en France, dont deux d'entre elles sous couvert d'un titre de séjour, la troisième ayant la nationalité française, n'est pas suffisante pour lui ouvrir droit au séjour alors qu'elle a indiqué que son époux résidait aux Etats-Unis et qu'elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas y être admissible ni, par ailleurs, qu'elle n'aurait plus d'attaches familiales en Centrafrique où elle a, en tout état de cause, vécu jusqu'à l'âge de cinquante-et-un ans. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait, en prenant la décision contestée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts aux vus desquels la décision critiquée a été prise et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En quatrième et dernier lieu, si Mme F épouse H fait valoir que son état de santé nécessité une prise en charge médicale, dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne peut effectivement bénéficier d'une prise en charge dans son pays d'origine où l'espérance de vie pour une femme est de cinquante-six-ans, elle ne produit aucun élément pour venir à l'appui de son argumentation. Il ressort, au contraire, des pièces du dossier et, notamment de l'avis du 9 juillet 2019 du collège des médecins de l'OFII que si son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire. Dans ces conditions, et au vu de ce qui a été énoncé au point précédent, la requérante ne peut reprocher au préfet de Seine-et-Marne d'avoir entaché la décision critiquée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, ainsi que cela a été dit aux points 2. à 10. du présent jugement,

Mme F épouse H n'est pas fondée à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision.

12. En second lieu, au vu de ce qui a été énoncé aux points 9. et 10. du présent jugement, Mme F épouse H n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché la décision contestée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

13. Les décisions portant refus de lui délivrer un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, ainsi que cela a été dit aux points 2. à 12. du présent jugement, Mme F épouse H n'est pas fondée à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme F épouse H, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme F épouse H demande sur le fondement de ses dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F épouse H est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme G F épouse H, à Me Stephan et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Réchard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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