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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008706

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008706

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP ARVIS & KOMLY-NALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 octobre 2020, 9 juin 2022 et 12 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Valenton a implicitement rejeté sa demande de prise en charge de ses arrêts de travail postérieurs au 21 septembre 2017 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Valenton de prendre en charge ses arrêts de travail postérieurs au 21 septembre 2017, en tant que suites de son accident de trajet survenu le 3 novembre 2015 ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Valenton la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le maire n'a pas saisi la commission de réforme suite à sa demande du 19 mai 2020 ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que ses troubles physiques et psychologiques, en lien direct avec son accident de trajet, ont perduré après le 21 septembre 2017.

Par des mémoires enregistrés les 18 mars et 22 juin 2022, présentés par Me Pudlowski, la commune de Valenton représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A B la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle a été formée tardivement et qu'elle concerne une décision confirmative d'une précédente décision ;

- à titre subsidiaire, cette requête ne comporte aucun moyen fondé.

Par une ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 21 octobre 2022 à 12 h 00.

Mme B a produit des pièces pour compléter l'instruction, le 18 octobre 2023, à la suite d'une demande du greffe, fondée sur les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- et les observations de Me Bultel, substituant Me Arvis, représentant la requérante, et celles de Me Boige, se substituant à Me Pudlowski, représentant la commune de Valenton.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, fonctionnaire territoriale exerçant ses fonctions au sein de la commune de Valenton, a été victime d'un accident de trajet le 3 novembre 2015. Par un arrêté du 7 février 2017, le maire de Valenton a reconnu l'imputabilité au service de cet accident. Mme B a repris ses fonctions, à mi-temps thérapeutique le 7 février 2017. Le 21 septembre 2017, un expert rhumatologue, saisi par la commune, a conclu à la guérison des lésions organiques, sans séquelles, et à la nécessité d'ordonner une expertise psychiatrique afin de déterminer les séquelles psychiatriques de l'intéressée. Le 18 décembre 2017, Mme B a de nouveau fait l'objet d'un arrêt de travail. Par un courrier du 26 avril 2018, elle a demandé au maire de Valenton la prise en charge de ses arrêts de travail postérieurs au 21 septembre 2017, compte tenu de leur lien avec son accident de trajet reconnu imputable au service. Le 30 septembre 2019, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins entre le 18 décembre 2017 et le 22 décembre 2019. Par un courrier du 19 mai 2020, Mme B a réitéré sa demande. Le silence gardé par le maire de Valenton a fait naître une décision implicite de rejet dont Mme B demande l'annulation.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. () ". Aux termes de l'article de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " () le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs () ". L'article 7 de la même ordonnance dispose : " () les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci. / () ". De plus, en application des dispositions de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19, la période mentionnée au I de l'article 1er de l'ordonnance précitée s'étend du 12 mars 2020 et le 24 juin 2020 inclus.

4. Il résulte de ces dispositions que le point de départ du délai de deux mois, fixé par l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, à l'issue duquel est née la décision implicite de rejet, par le maire de Valenton, de la demande de Mme B, a été reporté au 24 juin 2020. Par suite, le délai de recours contentieux contre la décision implicite de rejet née le 24 août 2020 courait jusqu'au 25 octobre 2020 inclus. Ce délai ayant expiré un dimanche, la requête enregistrée le 26 octobre 2020 n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ". La décision rejetant un recours gracieux formé contre une décision à l'encontre de laquelle le délai de recours contentieux est expiré est, en l'absence de changement des circonstances de droit ou de fait, purement confirmative d'une décision définitive. Une telle décision confirmative est insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux.

6. Il résulte de l'instruction que le maire de Valenton a implicitement rejeté la demande de Mme B formée le 26 avril 2018 et tendant à ce que la commune prenne en charge ses arrêts de travail postérieurs au 21 septembre 2017, et que l'intéressée n'a pas formé de recours contentieux contre cette décision, laquelle est devenue définitive. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de cette décision implicite, d'une part, Mme B a fait l'objet d'une intervention chirurgicale le 18 décembre 2018 et de plusieurs nouveaux arrêts de travail et, d'autre part, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail et soins postérieurs au 21 septembre 2017. Par suite, compte tenu de ces changements de circonstances de fait, la décision implicite dont Mme B demande l'annulation, née le 24 août 2020 et rejetant sa demande formée par courrier du 19 mai 2020, ne peut être regardée comme confirmative de la décision implicite rejetant sa précédente demande. La fin de non-recevoir opposée en défense ne peut dès lors qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ".

8. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné en cas d'accident de service non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de la pathologie du fonctionnaire, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service.

9. Pour considérer que les arrêts de travail de Mme B, postérieurs au 21 septembre 2017, ne pouvaient être pris en charge comme des suites de l'accident de trajet du 3 novembre 2015, le maire de Valenton s'est fondé sur les conclusions de l'expertise d'un médecin rhumatologue en date du 21 septembre 2017, réalisée à sa demande. Toutefois, si cet expert concluait que la guérison des lésions organiques de l'accident de trajet pouvait être fixée au 21 septembre 2017, il ressort des pièces du dossier et notamment du certificat médical d'un chirurgien orthopédiste du 12 avril 2018, du certificat d'un médecin rhumatologue du 10 avril 2019 et du certificat du médecin généraliste de la requérante du 21 septembre 2019 que les névralgies apparues à la suite de l'accident de trajet ont perduré postérieurement au 21 septembre 2017. Ces troubles persistants ont justifié la poursuite de différents soins ainsi qu'une intervention chirurgicale d'arthrodèse et de pose d'une case inter-somatique le 18 septembre 2018. De plus, il est constant que l'accident de trajet a généré chez Mme B un syndrome post-traumatique avec état dépressif caractérisé, rendant nécessaire un suivi psychologique et psychiatrique régulier. L'expertise précitée du 21 juillet 2017, sur laquelle le maire s'est fondé pour rejeter la demande de l'intéressée, faisait à cet égard référence à l'expertise psychiatrique du 21 juillet 2017 ordonnée par la commune, concluant à l'existence d'un état dépressif grave et à l'opportunité de prolonger le temps partiel thérapeutique de Mme B. Enfin, la commission de réforme a émis le 30 septembre 2019, à l'unanimité, un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins intervenus entre le 18 décembre 2017 et le 22 décembre 2019. Dans ces conditions, dès lors que les troubles médicaux dont Mme B souffrait après cette date avaient toujours un lien direct avec son accident de trajet survenu le 3 novembre 2015, le maire de Valenton a commis une erreur d'appréciation en rejetant implicitement la demande de l'intéressée tendant à la prise en charge de ses arrêts de travail postérieurs au 21 septembre 2017.

10. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite du maire de Valenton née le 24 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

12. Le présent jugement implique nécessairement que la commune de Valenton prenne en charge les arrêts de travail de Mme B en lien avec l'accident de trajet survenu le 3 novembre 2015. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Valenton d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Valenton une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. Ces dispositions font, en revanche, obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Valenton demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le maire de Valenton a implicitement rejeté la demande de Mme B tendant à la prise en charge de ses arrêts de travail postérieurs au 21 septembre 2017 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de la commune de Valenton de prendre en charge les arrêts de travail de Mme B postérieurs au 21 septembre 2017 en lien avec l'accident de trajet reconnu imputable au service, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de Valenton une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de la commune de Valenton au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Valenton.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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