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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008914

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008914

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantTIGOKI IYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2020 M. B A, représenté par

Me Tigoki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juin 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique (centre d'expertise et de ressources titres) a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français ;

2°) d'annuler la décision du 6 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique (centre d'expertise et de ressources titres) a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire d'instruire à nouveau sa demande d'échange de permis de conduire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers frais et dépens ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit, car l'intéressé avait introduit sa demande d'échange avant la fin des pratiques de réciprocité ; les autorités françaises ont mis fin à la pratique d'échange des permis de conduire sénégalais contre des permis de conduire français à compter du 31 mars 2020 ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il a introduit sa demande d'échange le 13 novembre 2019 alors que la pratique d'échange des permis de conduire sénégalais contre des permis de conduire français était en cours ; c'est le retard de l'administration qui a empêché l'échange.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2021 le préfet de la Loire-Atlantique, représenté par la directrice du centre d'expertise et de ressources titres de Nantes en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 8 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mai 2021 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. E a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, a sollicité le 13 novembre 2019 l'échange de son permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français. Par une décision du 5 juin 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande au motif qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité entre la France et le Sénégal en matière d'échange de permis de conduire. M. A a formé le 24 juin 2020 un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 6 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 5 juin 2020 et la décision du 6 octobre 2020.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes des deuxième et troisième alinéas de l'article R. 222-1 du code de la route, dans sa rédaction issue du décret n° 2017-1523 du 3 novembre 2017 applicable depuis le 5 novembre 2017 : " Dans le cas où ce permis a été délivré en échange d'un permis de conduire d'un Etat n'appartenant pas à l'Union européenne ou à l'Espace économique européen et avec lequel la France n'a pas conclu d'accord de réciprocité en ce domaine, il n'est reconnu que pendant un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale en France de son titulaire. /. Tout titulaire d'un des permis de conduire considérés aux deux alinéas précédents, qui établit sa résidence normale en France, peut le faire enregistrer par le préfet du département de sa résidence selon les modalités définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre chargé des affaires étrangères. ". Aux termes de l'article R. 222-3 du même code, dans sa rédaction applicable également depuis le 5 novembre 2017 : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. () ".

3. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. () ". Aux termes de l'article 14 du même arrêté : " Une liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route. Cette liste précise pour chaque Etat la ou les catégories de permis de conduire concernée (s) par l'échange contre un permis français. Elle ne peut inclure que des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français de catégorie équivalente et dans lesquels les conditions effectives de délivrance des permis de conduire nationaux présentent un niveau d'exigence conforme aux normes françaises dans ce domaine. Les demandes d'échange de permis introduites avant la date de publication au JORF de la liste prévue au premier alinéa du présent article sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 5 juin 2020 :

4. En premier lieu, par un arrêté en date du 17 septembre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme F, directrice du Centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique (CERT), à l'effet de signer, notamment, les décisions individuelles statuant sur les demandes d'échange de permis de conduire étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme F n'était pas compétente pour signer la décision du 5 juin 2020 manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision du 5 juin 2020 rappelle que la demande d'échange de son permis de conduire étranger présentée par M. A a été examinée dans le cadre des dispositions du code de la route, notamment l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, rappelle les dispositions de l'article 5-I-A de l'arrêté précité et précise qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité d'échange des permis de conduire entre la France et le pays qui lui a délivré son permis de conduire, en l'espèce, le Sénégal. Ainsi, cette décision comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ". Toutefois, le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance que le

13 novembre 2019, date de la demande présentée par M. A en préfecture, le Sénégal ait figuré sur la liste des pays dont les permis de conduire nationaux étaient susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, le Sénégal ne figurait pas au nombre des pays ayant conclu un accord de réciprocité avec la France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte des termes du premier alinéa de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012 que la liste des Etats qu'il prévoit doit être établie conformément aux articles

R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route, à savoir " par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. ". En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que le Sénégal a figuré sur la liste des Etats et autorités dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français, en vertu d'accords bilatéraux ou de pratiques réciproques d'échange des permis de conduire, il n'est pas contesté qu'à la date à laquelle l'administration a statué sur la demande d'échange présentée par M. A, il n'existait pas d'accord de réciprocité pour l'échange des permis de conduire entre la France et le Sénégal. Dans ces conditions, le préfet était tenu de rejeter une demande d'échange d'un permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français, faute d'accord de réciprocité entre ces Etats, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, compte tenu de ce que le préfet de la Loire-Atlantique était tenu, en application des dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, de refuser l'échange du permis de conduire délivré au requérant par les autorités sénégalaise, le moyen tiré de ce qu'un tel refus serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 juin 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français.

En ce qui concerne la décision du 6 octobre 2020 :

10. En premier lieu, par un arrêté en date du 17 septembre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme F, directrice du Centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique (CERT), à l'effet de signer, notamment, les décisions individuelles statuant sur les demandes d'échange de permis de conduire étrangers. En outre, en vertu d'une délégation de signature consentie par le même arrêté du 17 septembre 2019, Mme D, cheffe du pôle contentieux du centre d'expertise et de ressources titres échange de permis de conduire étrangers était compétente pour signer de telles décisions en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice du centre d'expertise et de ressources titres de Nantes. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F n'aurait pas été absente ou empêchée le 6 octobre 2020. Par suite, Mme D a pu compétemment signer la décision du 6 octobre 2020 portant rejet du recours administratif présenté par M. A. Dès lors, le moyen tiré de ce l'incompétence de l'auteure de la décision du 6 octobre 2020 manque en fait et doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 8. du présent jugement les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen de la situation du requérant, de l'erreur de droit quant à l'application de la condition de réciprocité et quant à l'existence d'une liste faisant figurer le Sénégal au nombre des Etats ayant eu des accords ou des pratiques de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire avec la France, de l'erreur manifeste d'appréciation de ses effets sur la situation professionnelle et familiale du requérant ne peuvent qu'être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours administratif.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des deux décisions contestées n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder sous astreinte à l'échange de son permis de conduire sénégalais contre un permis de conduire français ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. En premier lieu, la présente instance n'a pas généré de dépens. Par suite, les conclusions présentées par M. A tendant à ce que l'Etat soit condamné aux entiers frais et dépens en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

15. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le magistrat désigné

par la présidente du tribunal,

S. E

La greffière,

C. RICHEFEU

La république mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2008914

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