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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009109

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009109

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2020, Mme A B, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'avoir réalisé un entretien sur sa condition de vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est manifestement contraire à l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 en ce qu'il prive le demandeur de tout moyen de subvenir à ses besoins et de maintenir un niveau de vie digne ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui s'est cru à tort en situation de compétence liée, a entaché la décision en litige d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne née le 17 octobre 1977 à Kayes (Mali), entrée en France en 2018 selon ses déclarations, a déposé une première demande d'asile le

30 mai 2018, puis une seconde demande le 28 octobre 2020, laquelle a été enregistrée selon la procédure accélérée. Par décision du 28 octobre 2020, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil (CMA).

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment celles du 2° de l'article

L. 744-8 et celles de l'article D. 744-37. Par ailleurs, il mentionne le fait que la requérante a présenté une demande de réexamen de sa situation. Cette décision comporte ainsi les circonstances de droit et de fait qui en constituent son fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / () ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il n'est pas établi que la décision critiquée aurait été adoptée après que Mme B a bénéficié de l'entretien personnel prévu par les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et, notamment des observations en défense de l'OFII, qui a produit un extrait du dossier AGDREF de la requérante, qu'elle a bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, à l'issue duquel il n'est pas apparu qu'elle présentait une situation de vulnérabilité. La requérante n'allègue, par ailleurs, pas que sa situation personnelle aurait évolué de manière à justifier la tenue d'un nouvel entretien avant l'édiction de la décision litigieuse. Dans ces conditions, l'absence d'un tel entretien dans les conditions fixées par l'article L. 744-6 n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise par l'OFII et n'a pas privé la requérante d'une garantie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces dossier, ainsi que cela a été dit au point précédent du présent jugement, que le directeur territorial de l'OFII de Créteil n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B ni qu'il se serait cru, à tort, placé en situation de compétence liée pour refuser les CMA à la requérante.

7. En quatrième lieu, pour refuser à Mme B les CMA, le directeur territorial de l'OFII de Créteil s'est fondé sur les dispositions du 2° de l'article L.744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé lorsque le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile.

8. Si Mme B soutient qu'elle se trouve en situation de particulière vulnérabilité à raison de son état de santé, qui nécessite un suivi médical régulier, et produit un certificat médical établissant qu'elle souffre d'un diabète de type 2. Toutefois, la requérante, qui est suivi par un médecin généraliste pour cette pathologie, n'établit pas, en se bornant à produire ce seul document, que son état de santé caractérisait, à la date de la décision attaquée, une situation de vulnérabilité justifiant l'octroi des CMA. Il suit de là que le moyen invoqué tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 20, intitulé " Limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ", de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () /c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ".

10. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les cas, mentionnés à l'article

L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / (). / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".

11. Il ne ressort pas des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B, ni d'aucune autre disposition, que le refus des CMA ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article

L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompatibilité de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec les dispositions précitées de l'article 20 de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 28 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des CMA. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation de cette décision présentées par la requérante ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'elle a présentées sur le fondement de

l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Hug et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2009109

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