jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2009145 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FARRUGIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2020, Mme E C, représentée par Me Farrugia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative ;
Mme C soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- méconnaît l'article L. 311-11-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- méconnaît les articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2020, le préfet de
Seine-et-Marne a produit des pièces en indiquant de la requête n'appelait aucune observation particulière.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 28 juillet 1989 à Bouake (Côte d'Ivoire), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2020 par lequel le préfet de
Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai d'un mois et a fixé le pays à de destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 20/BC/024 du 10 février 2020, régulièrement publié le 11 février 2020 au recueil des actes administratifs du département de Seine-et-Marne, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à M. G F, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment : " les décisions de refus de séjour " et " les obligations de quitter le territoire français " et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme D B, attachée d'administration d'Etat et signataire de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué, qui vise les textes dont elle fait application et énonce les principaux éléments relatifs aux conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante ainsi que sa situation personnelle et familiale et les raisons pour lesquelles sa demande de titre de séjour est rejetée, comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour, laquelle est, par suite, suffisamment motivée au sens des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C.
6. En quatrième lieu aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant () ".
7. Mme C soutient qu'elle contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant A, né le 29 décembre 2018 et reconnu le 31 décembre suivant par un ressortissant de nationalité française, qui contribue également à son entretien et à son éducation. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, l'enfant demeurait auprès de la requérante, hébergée par sa mère. Toutefois, d'une part, la requérante n'établit pas par les éléments qu'elle produit qu'elle contribue à l'éducation et l'entretien de son enfant depuis sa naissance. D'autre part, s'agissant de la contribution du père, la seule production par Mme C d'une attestation de ce dernier indiquant lui verser une somme de 200 euros mensuels à ce titre ne suffit pas à établir la réalité de sa participation, et la requérante ne justifie en outre d'aucun élément attestant de liens qu'entretiendraient le père avec son fils. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, le préfet de Seine-et-Marne aurait inexactement appliqué les dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, entrée régulièrement en France au mois d'octobre 2018, soit depuis deux ans à la date de la décision attaquée, célibataire, ne justifie ni même n'allègue avoir exercé en France une quelconque activité professionnelle, se trouve sans domicile ni ressources personnelles et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ni qu'il ne pourait pas s'y établir avec son enfant, dont, ainsi qu'il a été dit
ci-dessus, il n'est pas établi que le père, de nationalité français, contribue à l'entretien et à l'éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. La requérante soutient que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant, dès lors qu'elle met en péril son équilibre en le contraignant à rompre toute vie familiale avec son père, ainsi qu'avec sa grand-mère, son oncle et sa tante. Toutefois, d'une part, la requérante n'apporte aucun élément suffisant permettant d'apprécier l'intensité des liens qu'entretient l'enfant avec son père et sa grand-mère et ne produit en outre aucun élément relatif à l'oncle et à la tante de l'enfant. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant ne pourrait être scolarisé en Côte d'Ivoire, ni qu'il ne pourrait s'y intégrer et y passer une enfance normale. Par conséquent, c'est sans méconnaître les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité à Mme C.
12. En septième lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés. Elles ne peuvent donc être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre une mesure de refus de séjour.
13. En huitième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées ci-dessus, il n'apparaît pas que le préfet ait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l'endroit de Mme C.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de séjour en litige.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 à 12, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle et familiale.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme C ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet de
Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
S. Norval-GrivetLe président,
T. GallaudLa greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026