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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009218

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009218

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2020, Mme A B, représentée par Me Boukheloua, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Saint-Soupplets du 22 mai 2020 portant modification du coefficient multiplicateur par référence auquel est fixé le montant de l'indemnité forfaitaire représentative des sujétions et travaux supplémentaires (IFRSTS) qui lui a été attribuée par un arrêté du 29 décembre 2017, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Soupplets une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- ces décisions, prises en considération de sa personne, n'ont pas été précédées d'une information sur son droit à consulter son dossier individuel, en méconnaissance des dispositions de l'alinéa 3 de l'article 18 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ainsi que de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- de même, ces décisions n'ont pas été précédées d'une information sur la possibilité de se faire assister d'une personne de son choix pour assurer sa défense ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, en méconnaissance notamment de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il retire ou abroge un arrêté édicté, le 29 décembre 2017, plus de quatre mois auparavant ;

- cet arrêté est entaché d'erreur matérielle et d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa manière de servir ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure.

La requête a été communiquée le 13 novembre 2020 à la commune de Saint-Soupplets, qui n'a pas produit de mémoire en défense, en dépit de la mise en demeure qui lui a été faite, le 28 juillet 2023, de produire un mémoire dans le délai de quarante jours, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 22 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2023 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- et les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du grade d'éducateur de jeunes enfants de première classe, Mme B a intégré les effectifs de la commune de Saint-Soupplets le 1er janvier 2018, au terme d'un arrêté du maire de cette commune du 29 décembre 2017. Par un arrêté du même jour, le maire de Saint-Soupplets a attribué à Mme B une indemnité forfaitaire représentative des sujétions et travaux supplémentaires (IFRSTS) à hauteur d'un montant fixé par référence à un coefficient multiplicateur de 5. Le 22 mai 2020, l'autorité territoriale a édicté un arrêté attribuant à l'intéressée une IFRSTS à hauteur d'un montant fixé par référence à un coefficient multiplicateur de 0,5. Par un courrier réceptionné le 22 juillet 2020, Mme B a formé contre cet arrêté un recours gracieux, implicitement rejeté le 22 septembre 2020 par le maire de Saint-Soupplets. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cet arrêté du 22 mai 2020, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté du 22 mai 2020 contesté, intitulé " portant modification de l'indemnité forfaitaire représentative des sujétions et travaux supplémentaires (IFRSTS) de Mme A B ", vise l'arrêté du 29 décembre 2017 portant attribution à celle-ci de l'IFRSTS à compter du 1er janvier 2018 et dispose, en son article 2, qu'à compter du 1er juin 2020, l'intéressée percevra au titre de cette indemnité un montant fixé par référence à un coefficient multiplicateur de 0,5. Nonobstant la mention, en son article 1, de ce que l'arrêté du 29 décembre 2017 est " rapporté ", il résulte des mentions de l'arrêté en litige, prises dans leur ensemble, que celui-ci n'a pas procédé au retrait de l'arrêté du 29 décembre 2017, mais a seulement abrogé celui-ci, par des dispositions applicables à compter du 1er juin 2020, sans effet rétroactif. Au demeurant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est allégué, que la requérante se serait vu réclamer les sommes précédemment perçues au titre de l'IFRSTS. Ainsi, l'arrêté contesté doit être regardé comme ayant pour objet l'attribution à Mme B d'une IFRSTS à hauteur d'un montant fixé par référence à un coefficient multiplicateur de 0,5, au lieu de 5 retenu pour la période antérieure.

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Au cas particulier, l'arrêté du 22 mai 2020 contesté, qui vise notamment la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de cette loi, énonce avec précision, de façon circonstanciée et datée, les considérations de fait au regard desquelles il a été estimé que Mme B n'avait pas obtenu les résultats professionnels attendus, appréciation constituant le motif de l'arrêté attaqué. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à invoquer que cet arrêté, qui énonce les considérations de droit et de fait qui le fondent, serait entaché d'un défaut de motivation.

5. D'autre part, l'exercice d'un recours gracieux contre une décision n'a d'autre objet que d'inviter l'auteur de celle-ci à reconsidérer sa position. Dès lors, la requérante ne peut utilement invoquer les vices propres dont serait entachée la décision implicite de rejet prise sur son recours gracieux contre l'arrêté du 22 mai 2020, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

6. Il suit de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, tout d'abord, en vertu des dispositions figurant alors à l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, désormais codifiées à l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique, " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. " Par ailleurs, en vertu des dispositions figurant alors à l'article 18 de la même loi, désormais codifiées à l'article L. 137-4 du même code : " tout fonctionnaire a accès à son dossier individuel dans les conditions définies par la loi. " En outre, en vertu des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.

8. Mme B invoque un vice de procédure tiré de ce qu'elle n'a pas été informée, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, de son droit à consulter son dossier individuel. Toutefois, elle n'établit, ni même n'allègue, qu'elle ferait l'objet d'une procédure disciplinaire et avait ainsi droit à la communication de son dossier au sens et pour l'application de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983. En outre, une telle obligation d'information ne résulte ni des dispositions dont se prévaut la requérante, de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, ni de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983, ni encore, s'agissant d'un arrêté fixant un régime indemnitaire, d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit. En tout état de cause, l'intéressée n'allègue pas même qu'elle n'aurait pas été mise en mesure de demander à consulter son dossier et d'y avoir accès. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En troisième lieu, la requérante n'assortit d'aucune précision le moyen tiré de ce que préalablement aux décisions attaquées, elle aurait dû être " informée () de son droit à être assistée d'un défenseur de son droit " ou " de son choix ", alors qu'au cas particulier, ce droit ne résulte en tout état de cause d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

11. Il résulte de ses mentions mêmes que l'arrêté du 22 mai 2020 contesté se fonde sur les faits suivants : d'une part, " absence de production de documents administratifs (rapports d'activité, tableaux de bord sur la fréquentation de la structure, transmission des effectifs) ", et, d'autre part, " absence de communication sur le fonctionnement et la gestion de la structure malgré les nombreuses relances (entretien du 09/04/2019, mail du 08/07/2019, mail du 11/07/2019, mail du 03/09/2019, mail du 03/11/2019, entretien du 08/11/2019, mail du 03/04/2020, mail du 15/05/2020) ". Il résulte de cet arrêté que l'autorité territoriale a déduit de ces faits l'appréciation selon laquelle que Mme B n'avait pas obtenu les résultats attendus au regard du niveau de responsabilité afférent aux fonctions exercées par elle, relatives à la gestion d'une structure dédiée à la petite enfance.

12. Tout d'abord, compte tenu de la précision avec laquelle sont énoncés les faits précités, au regard desquels a été appréciée sa manière de servir, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué reposerait sur des reproches imprécis. Or, si la requérante " conteste catégoriquement " ces faits, puisqu'elle soutient effectivement qu'ils ne sont pas établis, elle se borne à une réfutation générale de ce qu'elle qualifie de " faits mensongers ", sans énoncer la moindre allégation susceptible d'être regardée comme venant infirmer la matérialité des faits circonstanciés lui étant ainsi imputés, tenant à l'absence de communication à la commune de Saint-Soupplets des documents attendus et sollicités relatifs à l'activité, à la fréquentation, au fonctionnement et à la gestion de la structure dédiée à la petite enfance dont elle assurait la direction. En conséquence, aucune inexactitude matérielle ne saurait être retenue.

13. Ensuite, Mme B, qui conteste en réalité l'appréciation portée sur sa manière de servir, fait valoir son professionnalisme, qu'elle s'est toujours efforcée d'assurer ses fonctions avec rigueur et loyauté et que, depuis sa prise de fonctions comme directrice de halte-garderie en janvier 2005, et ce jusqu'à la reprise en régie de cette structure par la commune en janvier 2018, elle n'a jamais fait l'objet du moindre reproche. Toutefois ces affirmations, outre d'être en partie relatives à des états de service antérieurs à ceux en litige, sont exprimées en des termes extrêmement généraux, sans production de la moindre pièce venant à leur soutien. Compte tenu par ailleurs de ce qui a été dit au point précédent, celles-ci ne peuvent suffire à infirmer l'appréciation portée par le maire de Saint-Soupplets, selon laquelle, en l'absence de toute documentation retraçant l'activité et le fonctionnement de la halte-garderie dont elle avait la charge, Mme B n'a pas répondu aux attendus inhérents à ses fonctions de direction. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'autorité territoriale aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation portée sur sa manière de servir, et consécutivement, dans la fixation d'un montant d'IFRSTS correspondant à un coefficient multiplicateur de 0,5, doit être écarté.

14. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité territoriale ait poursuivi l'objectif de porter atteinte à la carrière de Mme B et de l'inciter à quitter les effectifs de la commune. Le détournement de pouvoir allégué doit, par suite, être écarté. Il en est de même s'agissant du moyen, invoqué sans aucune précision, tiré du détournement de procédure.

15. En sixième lieu, sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires, et hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, l'administration ne peut retirer ou abroger une décision expresse individuelle créatrice de droits que dans le délai de quatre mois suivant l'intervention de cette décision et si elle est illégale. Le caractère créateur de droits de l'octroi de cet avantage ne fait toutefois pas obstacle, soit à ce que la décision d'attribution soit abrogée si les conditions auxquelles est subordonnée cette attribution ne sont plus remplies, soit à ce que l'autorité chargée de son exécution, constatant que ces conditions ne sont plus remplies, mette fin à cette exécution, en ne versant pas cet avantage financier, sans qu'il soit nécessaire, dans ce dernier cas, d'abroger expressément la décision d'attribution de cet avantage.

16. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 2, l'arrêté du 22 mai 2020 contesté n'a pas pour objet le retrait de celui du 29 décembre 2017, et, ainsi, n'a ni pour objet ni pour effet de retirer une décision créatrice de droits. D'autre part, l'arrêté en litige a, en revanche, pour effet de réduire le montant précédemment alloué à Mme B au titre de l'IFRSTS, et, ainsi, d'abroger l'arrêté du 29 décembre 2017. Toutefois, le montant indemnitaire précédemment octroyé à l'intéressée ne constitue pas un avantage statutaire et il ne résulte d'aucune disposition qu'elle y aurait droit à raison de son cadre d'emploi ou de son grade. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 13, la requérante n'établit pas que l'autorité territoriale aurait entaché l'arrêté attaqué d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa manière de servir justifiait de fixer pour l'avenir un montant d'IFRSTS correspondant à un coefficient multiplicateur de 0,5. Dès lors, la requérante ne conteste pas utilement qu'elle ne remplissait plus les conditions ouvrant droit à un montant correspondant à un coefficient multiplicateur de 5. En conséquence, ni les principes rappelés au point précédent, ni les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, ne faisaient obstacle à ce que la décision, par arrêté du 29 décembre 2017, accordant à Mme B un montant d'IFRSTS correspondant à un coefficient multiplicateur de 5, soit abrogée. Par suite, l'erreur de droit invoquée doit être écartée dans toutes ses branches.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Saint-Soupplets du 22 mai 2020 ni de la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Soupplets, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Saint-Soupplets.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 décembre 2023.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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