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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009305

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009305

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET JB SEGHIER-LEROY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2020, M. D C, représenté par Me Seghier-Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion à compter du 1er octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'État de le réintégrer dans son logement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors que M. A, sous-préfet du Val-de-Marne et signataire de la décision attaquée, ne justifie pas d'une délégation régulière du préfet du Val-de-Marne ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet du Val-de-Marne a été régulièrement saisi en l'absence de mention d'une réquisition d'un huissier de justice dans la décision attaquée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution dès lors que, d'une part, la décision du juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Créteil du 23 novembre 2017 ne comportait pas la formule exécutoire requise et, d'autre part, que cette décision ne concernait que son local commercial et qu'enfin, cette décision n'était pas définitive eu égard à la procédure en révision aux fins de rétractation de l'arrêt de la cour d'appel de Paris en date du 13 septembre 2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est contraint de dormir dans sa voiture dans des conditions portant atteinte à sa dignité et dégradant son état de santé.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 29 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 18 octobre 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure civile ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du juge de l'exécution du tribunal de grande instance du 23 novembre 2017, il est rappelé que le jugement d'adjudication constitue un titre d'expulsion à l'encontre du saisi et de tout occupant de son chef n'ayant aucun droit qui lui soit opposable sauf dispositions particulières du cahier des conditions de vente et rejette les conclusions d'incident de M. C et déclare adjudicataire Mme B. Par une décision du 7 septembre 2020, le préfet du Val-de-Marne a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion à compter du 1er octobre 2020. Par la présente instance, il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020/2420 du 25 août 2020 portant délégation de signature, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne, M. E A, sous-préfet, directeur de cabinet, s'est vu donné une délégation en matière " d'accord ou refus du concours de la force publique en matière d'expulsions locatives ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-2 de ce code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 de ce code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".

4. Contrairement à ce que soutient le requérant, la seule circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas la réquisition du préfet du Val-de-Marne par un huissier n'est pas de nature à établir qu'il a été irrégulièrement saisi, alors qu'au surplus, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que la décision octroyant le concours de la force publique vise la réquisition de l'huissier. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 322-13 du code des procédures civiles d'exécution : " Le jugement d'adjudication constitue un titre d'expulsion à l'encontre du saisi ". Aux termes de l'article L. 411-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Sauf disposition spéciale, l'expulsion d'un immeuble ou d'un lieu habité ne peut être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire et après signification d'un commandement d'avoir à libérer les locaux ". Aux termes de l'article L. 153-1 de ce code : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation ".

6. Aux termes de l'article R. 121-5 du code des procédures civiles d'exécution : " Sauf dispositions contraires, les dispositions communes du livre Ier du code de procédure civile sont applicables, devant le juge de l'exécution, aux procédures civiles d'exécution à l'exclusion des articles 484 à 492-1 ". Aux termes de l'article 500 du code de procédure civile : " A force de chose jugée le jugement qui n'est susceptible d'aucun recours suspensif d'exécution. / Le jugement susceptible d'un tel recours acquiert la même force à l'expiration du délai du recours si ce dernier n'a pas été exercé dans le délai ". Aux termes de l'article 501 de ce code : " Le jugement est exécutoire, sous les conditions qui suivent, à partir du moment où il passe en force de chose jugée à moins que le débiteur ne bénéficie d'un délai de grâce ou le créancier de l'exécution provisoire ". Aux termes de l'article 502 de ce code : " Nul jugement, nul acte ne peut être mis à exécution que sur présentation d'une expédition revêtue de la formule exécutoire, à moins que la loi n'en dispose autrement ". Aux termes de l'article 504 de ce code : " La preuve du caractère exécutoire ressort du jugement lorsque celui-ci n'est susceptible d'aucun recours suspensif ou qu'il bénéficie de l'exécution provisoire. / Dans les autres cas, cette preuve résulte : - soit de l'acquiescement de la partie condamnée ; - soit de la notification de la décision et d'un certificat permettant d'établir, par rapprochement avec cette notification, l'absence, dans le délai, d'une opposition, d'un appel, ou d'un pourvoi en cassation lorsque le pourvoi est suspensif ". Aux termes de l'article R. 121-21 du code des procédures civiles d'exécution : " Le délai d'appel et l'appel lui-même n'ont pas d'effet suspensif ". Enfin, aux termes de l'article 579 du code de procédure civile : " Le recours par une voie extraordinaire et le délai ouvert pour l'exercer ne sont pas suspensifs d'exécution si la loi n'en dispose autrement ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 23 novembre 2017, le juge de l'exécution du Tribunal de grande Instance de Créteil a rappelé que le jugement d'adjudication constitue un titre d'expulsion à l'encontre du saisi et de tout occupant de son chef n'ayant aucun droit qui lui soit opposable sauf dispositions particulières du cahier des conditions de vente, a rejeté les conclusions d'incident de M. C et a déclaré adjudicataire Mme B. D'une part, conformément aux dispositions de l'article L. 322-13 du code des procédures civiles d'exécution, le jugement d'adjudication du 23 novembre 2017 du tribunal de grande instance de Créteil vaut titre d'expulsion. En outre, l'appel n'est pas suspensif à l'encontre d'un tel jugement, en application des dispositions précitées de l'article R. 121-21 du code des procédures civiles d'exécution. Il en résulte que la preuve du caractère exécutoire ressort du jugement, en application de l'article 504 du code de procédure civile. D'autre part, le recours en révision, qui constitue une voie extraordinaire, n'est pas suspensif d'exécution, contrairement à ce qu'affirme le requérant. Enfin, la circonstance invoquée par le requérant tirée de ce que le jugement d'adjudication concernait un local commercial ne fait pas obstacle à l'octroi du concours de la force publique alors qu'il ressort du constant d'huissier produit par le requérant qu'il vivait dans un appartement situé au rez-de-chaussée, lequel est explicitement visé par le jugement d'adjudication. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dans toutes ses branches.

7. En quatrième lieu, toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion - telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine - peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonnée, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. La seule invocation d'une situation sociale difficile n'est pas de nature à établir que le préfet du Val-de-Marne a fait une appréciation manifestement erronée de la situation de l'intéressé en accordant le concours de la force publique en vue de procéder à son expulsion. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. La décision attaquée n'a pas pour effet de priver le requérant du droit au logement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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