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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009505

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009505

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2020, M. A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a suspendu son permis de conduire pour une durée de huit mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- le degré de gravité de l'infraction reprochée consistant en la conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique n'est pas de nature à créer par elle-même une situation d'urgence ou que le recours à la procédure contradictoire serait de nature à compromettre l'ordre public ; le recours à la procédure d'urgence prévue par l'article L.224-2 du code de la route après la remise d'un avis de rétention de son permis de conduire ne saurait le priver d'une procédure contradictoire telle que prévue à l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; aucun élément venant s'ajouter aux faits reprochés n'est de nature à établir l'impossibilité de respecter la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre est insuffisamment précisée en méconnaissance de l'article R.221-13 du code de la route ;

- les informations concernant la marque, le modèle et le numéro de série permettant l'identification de l'éthylomètre utilisé lors de la constatation de l'infraction ainsi que le numéro d'homologation de l'éthylomètre et la date de sa dernière vérification annuelle n'ont pas été précisées en méconnaissance de l'article R.234-2 du code de la route et de l'arrêté du 8 juillet 2003 relatif au contrôle des éthylomètres ; le tribunal n'est donc pas en mesure de vérifier quel éthylomètre a servi au contrôle et d'assurer de la fiabilité de ce contrôle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mai 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle routier opéré le 4 novembre 2020 à 16h55 à Fleury-en-Bière, M. A a fait l'objet d'une rétention de son permis de conduire. Par décision du

5 novembre 2020, le préfet de Seine-et-Marne en a prononcé la suspension pour une durée de huit mois. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les mesures prises sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route sont au nombre des mesures de police qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. L'arrêté contesté vise le code de la route et notamment son article L. 224-2. Il rappelle que le requérant a fait l'objet d'un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, qu'une mesure de rétention du permis de conduire du requérant a été prise, que les vérifications prévues à l'article R. 234-4 du code de la route ont révélé un taux d'alcoolémie de 0.93 mg/L et indique que le requérant constitue un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Il suit de là que l'arrêté litigieux comporte les considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'État dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; / (). / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, de refus d'obtempérer commis dans les conditions prévues à l'article L. 233-1-1, de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. / () ".

5. D'autre part, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, (), sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code énonce que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () "

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article

L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 120 heures de la rétention du permis de conduire et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont la consommation d'alcool a été établie retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la procédure contradictoire préalable.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'un contrôle d'alcoolémie le 4 novembre 2020 à 17 h 45 établissant un taux d'alcool retenu de 0,93 milligramme par litre d'air expiré et ayant entrainé la rétention de son permis de conduire. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne pouvait, en application de l'article L. 224-2 du code de la route, prononcer dans les soixante-douze heures suivant la rétention du permis de M. A une mesure de suspension du permis de ce dernier. Il suit de là que M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article

L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles

L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; / 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; / 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus ".

9. Pour contester la légalité de l'arrêté en litige prononçant la suspension de son permis de conduire en raison de l'infraction commise le 4 novembre 2020, M. A ne peut utilement invoquer l'insuffisance des indications sur la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre sur le fondement de l'article R.221-13 du code de la route. Un tel moyen ne serait en effet opérant que pour contester un éventuel refus de restitution du permis au terme de cette période. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R.221-13 du code de la route doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 234-2 du code de la route :

" Les opérations de dépistage de l'imprégnation alcoolique par l'air expiré, prévues par les articles L. 234-3 à L. 234-5 et L. 234-9, sont effectuées au moyen d'un éthylotest électronique ou chimique qui répond, selon sa nature, aux exigences fixées par le décret n° 2008-888 du

1er septembre 2008 relatif aux éthylotests électroniques ou par le décret n° 2015-775 du

29 juin 2015 fixant les exigences de fiabilité et de sécurité relatives aux éthylotests chimiques destinés à un usage préalable à la conduite routière ". Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que soit portées sur l'arrêté portant suspension du permis de conduire les mentions permettant d'identifier l'appareil de contrôle utilisé pour constater l'infraction reprochée au contrevenant. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 novembre 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a suspendu son permis de conduire pour une durée de huit mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de

M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La magistrate désignée,

S. C

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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