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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009800

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009800

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantDESPRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2020, M. A D, représenté par

Me Desprat demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique (centre d'expertise et de ressources titres) a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire syrien contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique compétent de procéder à l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa demande d'échange dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que sa requête est recevable, dès lors qu'il a exercé un recours hiérarchique le 26 février 2020, que le délai de recours a été rouvert le 25 mai 2020 au terme de la période de l'état d'urgence sanitaire et qu'il a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 22 juillet 2020.

Il soutient, en outre, que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas démontré que Mme B disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'à titre principal, il convient d'appliquer le cadre juridique existant à la date de l'introduction de la demande d'échange de permis de conduire le 26 novembre 2018, c'est-à-dire au moment où l'accord de réciprocité exigé par l'arrêté du 12 janvier 2012 était en vigueur ;

- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'à titre subsidiaire, dès lors que sa demande d'échange de permis de conduire a été présentée moins d'un an avant la remise de sa carte de résident délivrée en avril 2018, et que ni l'authenticité ni la validité de son permis de conduire syrien n'ont été remis en cause ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'un refus d'échange aurait pour conséquence de lui imposer de passer l'examen du permis de conduire ce qui obérerait le budget familial compte tenu des coût d'entretien et d'éducation de ses trois enfants, des faibles ressources de la famille et du coût de la vie en France ; en outre, l'absence de permis de conduire l'expose à une perte d'opportunités professionnelles ; son intégration en France est irréprochable et sa maîtrise de la langue française parfaite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, représenté par la directrice du centre d'expertise et de ressources titres de Nantes en exercice, conclut au rejet de la requête.

Par ordonnance du 8 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mai 2021 à midi.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du Bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 16 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant syrien, qui déclare sans être contredit être titulaire d'une carte de résident, a sollicité le 26 novembre 2018 l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français. Par une décision du 27 décembre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. M. D demande au tribunal d'annuler cette décision du

27 décembre 2019.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ".

3. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012, qui a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019 et est entré en vigueur le lendemain de sa publication.

4. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 2.

5. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.

6. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

7. En premier lieu, par un arrêté du 17 septembre 2019 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature à Mme F, directrice du centre d'expertise et de ressources titres de Nantes, pour les décisions relatives aux échanges de permis de conduire étrangers et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, notamment à Mme E B, cheffe du pôle instruction au CERT de Nantes. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F n'aurait pas été le 27 décembre 2019 dans une situation d'absence ou d'empêchement. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme B n'était pas compétente pour signer la décision du 27 décembre 2019 manque en fait et droit être écarté.

8. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, M. D ne se trouvait pas dans une situation juridique définitivement constituée le 26 novembre 2018, date à laquelle il a déposé sa demande d'échange de permis. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur de droit en n'appliquant pas les dispositions règlementaires en vigueur à la date du dépôt de sa demande d'échange de permis de conduire

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'existait un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire entre la France et la Syrie à la date à laquelle le préfet de la Loire-Atlantique s'est prononcé sur la demande de M. D. Dans ces conditions, le préfet était tenu de rejeter la demande de M. D, faute d'accord de réciprocité entre ces états, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de conduire syrien du requérant était authentique et valide et le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle et familiale ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire syrien contre un permis de conduire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le magistrat désigné

par la présidente du tribunal,

S. C

La greffière,

C. RICHEFEU

La république mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2009800

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