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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009806

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009806

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP GILLES THOUVENIN - OLIVIER COUDRAY - MANUELA GREVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les

30 novembre 2020 et 11 février 2021, le syndicat autonome Union fédérale autonome de santé (UFAS) du Grand hôpital de l'Est francilien, représenté par ses représentants statutaires habilités, représenté par la Scp G. Thouvenin, O. Coudray et M. A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° 58-2020 du 30 septembre 2020 par laquelle le directeur du Grand hôpital de l'Est francilien a fixé l'organisation du travail et du temps de repos de l'ensemble des personnels non-médicaux du Grand hôpital de l'Est francilien à compter du 1er octobre 2020 ;

2°) de mettre à la charge du Grand hôpital de l'Est francilien la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt lui donnant qualité à agir ;

- la décision attaquée n'a pas été précédée ni de la consultation du comité social d'établissement ni de celle du comité technique d'établissement ;

- la décision attaquée ne comporte aucune disposition prévoyant que le temps que les personnels consacrent quotidiennement aux transmissions écrites et orales des informations sur le suivi des patients, à savoir trente minutes, est considéré comme du temps de travail effectif et qu'il est pris en compte dans la comptabilisation de la quotité horaire à laquelle ces personnels sont astreints pour chaque journée de travail ; le défaut de prise en compte de cette demi-heure quotidienne dédiée aux transmissions dans la comptabilisation du nombre d'heures de travail ne garantit pas que l'amplitude de la journée de travail n'excède pas le maximum de douze heures prévu par l'article 7 du décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2021, le Grand hôpital de l'Est francilien, représenté par son directeur en exercice, représenté par la Selarl Houdart et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du syndicat autonome Union fédérale autonome de santé (UFAS) du Grand hôpital de l'Est francilien en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut pour le requérant de démontrer en quoi la décision attaquée emporte lésion des intérêts de ses membres et donc de ses adhérents ;

- les moyens soulevés par le syndicat autonome UFAS du Grand hôpital de l'Est francilien ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

7 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 ;

- le décret n° 2021-1570 du 3 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,

- et les observations de Me Champenoy, représentant le Grand hôpital de l'Est francilien.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision n° 58-2020 du 30 septembre 2020, le directeur du

Grand hôpital de l'Est francilien (GHEF) a modifié l'organisation du travail et du temps de repos de l'ensemble des personnels non médicaux de l'établissement à compter du 1er octobre 2020. Par la présente requête, le syndicat autonome UFAS du GHEF demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article R. 6144-40 du code de la santé publique dans sa rédaction applicable au litige : " (). / II.- Le comité technique d'établissement est également consulté sur les matières suivantes : / 1° Les conditions et l'organisation du travail dans l'établissement, notamment les programmes de modernisation des méthodes et techniques de travail et leurs incidences sur la situation du personnel ; / (). " Aux termes de l'article 8 du décret du

4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'aménagement et la répartition des horaires de travail sont fixés par le chef d'établissement, après avis du comité technique d'établissement ou du comité technique et compte tenu de la nécessité d'assurer la continuité des soins ou de la prise en charge des usagers, les dimanches, les jours fériés et la nuit ".

3. D'une part, la décision attaquée, qui porte sur l'organisation des temps de travail et de repos des personnels non médicaux de l'établissement, relève des actes devant, conformément aux dispositions précitées au point précédent, faire l'objet d'une consultation préalable du comité technique d'établissement. Il ressort des pièces produites par la défense que le comité technique d'établissement du GHEF a examiné, lors de sa séance du 21 septembre 2020, l'organisation du travail en douze heures dans les services et sur les différents sites concernés. Ainsi, le GHEF établit avoir procédé, avant l'édiction de la décision en litige, à la consultation du comité technique d'établissement. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation préalable du comité technique d'établissement doit être écarté.

4. D'autre part, l'instance du comité social d'établissement, issue de la fusion du comité technique d'établissement et du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail prévue par les dispositions de l'article 4 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, et dont les modalités d'organisation et de fonctionnement ont été prévues par le décret du 3 décembre 2021, n'a été instaurée, conformément à l'article 88 de ce décret, qu'à l'occasion du renouvellement général de instances représentatives des personnels de la fonction publique hospitalière, lesquelles se sont déroulées en décembre 2022. L'article 8 du décret du 4 janvier 2002 qui prévoit désormais que " L'aménagement et la répartition des horaires de travail sont fixés par le chef d'établissement, après avis du comité social d'établissement ou du comité social et compte tenu de la nécessité d'assurer la continuité des soins ou de la prise en charge des usagers, les dimanches, les jours fériés et la nuit. ", n'est entré en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2023. Ainsi, le comité social d'établissement du GHEF, qui n'était pas en vigueur à la date de la décision attaquée, n'avait pas, par conséquent, à être consulté. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de consultation préalable du comité social d'établissement, inopérant, doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article 5 du décret du 4 janvier 2002 : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. / () ". Aux termes de l'article 7 de ce décret : " Les règles applicables à la durée quotidienne de travail, continue ou discontinue, sont les suivantes : / 1° En cas de travail continu, la durée quotidienne de travail ne peut excéder 9 heures pour les équipes de jour, 10 heures pour les équipes de nuit. Toutefois lorsque les contraintes de continuité du service public l'exigent en permanence, le chef d'établissement peut, après avis du comité technique d'établissement, ou du comité technique, déroger à la durée quotidienne du travail fixée pour les agents en travail continu, sans que l'amplitude de la journée de travail ne puisse dépasser 12 heures. / () ".

6. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée et, notamment, de son article 2-1 que : " La durée quotidienne de travail en continu ne peut excéder 9 heures pour les équipes de jour et 10 heures pour les équipes de nuit sauf contraintes de continuité de service public. / Lorsque les contraintes de continuité de service public l'exigent de manière permanente, des dérogations à la durée quotidienne du travail de référence fixée pour les agents en travail continu peuvent, après avis du comité technique d'établissement et des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, être décidées par le directeur, sans que l'amplitude de la journée de travail ne puisse dépasser 12 heures y compris pour les fonctionnements en mode adapté. "

7. Le syndicat requérant soutient que la décision attaquée ne comporte aucune disposition prévoyant que le temps que les personnels consacrent quotidiennement aux transmissions écrites et orales des informations sur le suivi des patients est considéré comme du temps effectif de travail et qu'il est pris en compte dans la quotité horaire à laquelle ces personnels sont astreints au cours de chaque journée de travail. Il se prévaut de ce que ce temps de transmission équivaut à trente minutes par jour, lesquelles ne sont pas prises en compte, selon lui, dans les douze heures de travail maximum prévues par les dispositions de l'article 7 du décret du 4 janvier 2002. Il fait ainsi valoir que les dispositions de la décision attaquée ne garantissent pas que l'amplitude horaire maximale de la journée de travail n'excède pas douze heures.

8. D'une part, la décision attaquée n'a pas à préciser que le temps de transmission est à prendre en considération dans le temps de travail effectif en l'absence de disposition en ce sens. En outre, l'article 5 du décret du 4 janvier 2002 définit précisément la notion de temps de travail effectif comme " le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives ", qui comprend le temps consacré par le personnel à effectuer les transmissions à l'équipe suivante ainsi que le reconnaît le syndicat requérant qui relève que " pendant [le temps que les personnels sont tenus de dédier au quotidien aux transmissions orales et écrites des information sur le suivi des patients], les agents sont effectivement à la disposition du centre hospitalier et doivent se conformer aux directives de leur hiérarchie sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ". D'autre part, le syndicat requérant qui se borne à alléguer que le temps cumulé de transmission est de trente minutes par jour par agent, n'établit pas que ce temps de travail effectif dédié aux transmissions ne pourrait être pris en compte dans l'amplitude maximale de travail par jour prévue par la décision attaquée, laquelle, fixée à douze heures, est conforme aux dispositions de l'article 7 du décret du 4 janvier 2002. Dans ces conditions, le syndicat autonome UFAS du GHEF n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de la décision du 30 septembre 2020 seraient entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article 7 du décret du 4 janvier 2002 doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le GHEF, que le syndicat requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur du GHEF du 30 septembre 2020 relative à l'organisation du travail et du temps de repos de l'ensemble des personnels non médicaux de l'établissement à compter du 1er octobre 2020. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du GHEF, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le syndicat autonome UFAS du GHEF demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. En second lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat autonome UFAS du GHEF une somme de 1 500 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête du syndicat autonome Union fédérale autonome santé (UFAS) du Grand hôpital de l'Est francilien est rejetée.

Article 2 : Le syndicat autonome Union fédérale autonome santé (UFAS) du

Grand hôpital de l'Est francilien versera au Grand hôpital de l'Est francilien une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat autonome Union fédérale autonome santé (UFAS) du Grand hôpital de l'Est francilien et au Grand hôpital de l'Est francilien.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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