jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2009876 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | ROCHICCIOLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2020, Mme C A, représentée par Me Rochiccioli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant dans cette attente, sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) le versement d'une somme de 1 500 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me Rochiccioli, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Mme A soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'il ne soit pas entaché de multiples vices de procédure tenant aux conditions dans lesquelles le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu son avis sur sa situation, dès lors que l'avis en cause ne lui a pas été communiqué, de même que les éléments, documents, rapports, certificats et informations sur lesquels s'est fondé cet avis, alors qu'elle a sollicité auprès de l'OFII son dossier par mail du 23 novembre 2020 ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il vise des dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'étaient plus en vigueur à la date de l'arrêté et qui ne prévoyaient pas la prise en compte de l'accès effectif à un traitement approprié dans son pays d'origine, l'appréciation portée sur sa situation ayant ainsi omis d'examiner ce critère ;
- il méconnaît les dispositions, alors applicables, de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision relative au délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ayant méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par le délai de trente jours prévu par l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par ordonnance du 20 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2022.
Des pièces ont été enregistrées le 4 mai 2022 pour le préfet de Seine-et-Marne, lequel n'a pas produit de mémoire en défense, en réponse à une demande du tribunal sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, et ont été communiquées sur le même fondement.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;
- l'arrêté NOR INTV1637914A du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante malienne, née le 24 mars 1997 à Bamako (Mali), est entrée en France le 3 mai 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raison médicale. Par un arrêté du 6 août 2020 dont elle demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) précise : " a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. () ". Le même article prévoit que " Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. ".
3. Tout d'abord, si la requérante invoque qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 6 janvier 2020 rendu pour l'instruction de sa demande, produit par le préfet dans le cadre de la présente procédure, émane de médecins régulièrement désignés pour siéger au sein du collège de l'Office, chacun d'entre eux disposait d'une compétence à cette fin déléguée par décision du directeur général de l'OFII du 7 juin 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministre de l'intérieur n° 2019-7 du 15 juillet 2019.
4. Ensuite, cet avis médical porte la mention selon laquelle le collège des médecins a émis son avis " Après en avoir délibéré, () " et a été signé par les trois médecins composant le collège. Cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. Les dispositions de l'article 6 de l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016 précité prévoient que la délibération des membres du collège peut résulter d'une conférence téléphonique ou audioviduelle. Or, la requérante ne met pas utilement en doute cette mention, en se bornant à invoquer que " le tribunal doit être mis en capacité de pouvoir s'assurer des conditions dans lesquelles cette délibération a été rendue ". L'irrégularité tenant au défaut de collégialité, ainsi soulevée, doit par suite être écartée, sans qu'il soit besoin de requérir de l'OFII, à fin de corroborer cette mention, la production d'un quelconque document, notamment pas des extraits du système informatique THEMIS.
5. Par ailleurs, l'avis du collège des médecins de l'OFII du 6 janvier 2020 a été produit aux débats par le préfet et a été régulièrement communiqué à la requérante le 4 mai 2022, sans que l'intéressée émette d'observations notamment sur sa conformité aux dispositions visées au point 2. Ainsi, elle ne peut être regardée comme assortissant le moyen qu'elle a entendu soulever à cet égard de précisions suffisantes. Au demeurant, il résulte de ses termes que cet avis comporte les précisions et indications exigées par l'article 6 de l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016 susvisé.
6. Ensuite, il résulte des mentions non contestées de l'avis du 6 janvier 2020 précité que les médecins instructeurs auteurs de cet avis, nominativement identifiés, se sont prononcés au vu du rapport d'un autre médecin, dont le nom figure également sur cet avis. Ainsi, ces mentions, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, établissent que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins lorsque celui-ci a délibéré sur la situation de la requérante.
7. En outre, la requérante soutient qu'il n'est pas établi, dès lors que le rapport du médecin instructeur en question ne lui a pas été communiqué, que la procédure suivie pour l'instruction de sa demande n'ait pas été viciée. Toutefois, l'intéressée se borne à réclamer de la part du tribunal une mesure d'instruction en vue de la production de ce rapport afin de vérifier le respect de la procédure, au regard des prescriptions de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article R. 313-23 du même code, lequel renvoie en outre aux conditions d'établissement du rapport en cause prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé, et en alléguant que " rien ne garantit que la teneur dudit rapport ne soit pas erronée ou incomplète ". L'intéressée, par ces seules écritures, n'apporte pas le moindre élément susceptible de mettre en cause la régularité des conditions d'élaboration ou de transmission du rapport en cause, sans qu'il soit besoin de diligenter la mesure d'instruction sollicitée.
8. Enfin, la requérante soutient que la procédure est viciée faute de transmission par l'OFII, en dépit de sa demande par mail du 23 novembre 2020, des " éléments, documents et informations " au vu desquels le collège des médecins s'est fondé pour apprécier la possibilité pour elle de bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine, et au cours de la procédure. Cependant, d'une part, la circonstance que l'OFII n'ait pas transmis les éléments sollicités par elle le 23 novembre 2020 ne saurait, en tout état de cause, entacher d'irrégularité la procédure préalablement suivie pour l'édiction de l'arrêté du 6 août 2020. D'autre part, la requérante, qui n'articule pas de moyen précis, ni n'expose d'élément particulier propre à sa situation personnelle, ne met pas à même le tribunal d'en apprécier le bien-fondé notamment au regard des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, consacrant un droit d'accès par les personnes concernées aux informations concernant leur santé. En outre, si elle se prévaut de l'avis n° 20191886 rendu par la commission d'accès aux documents administratifs le 17 octobre 2019, celui-ci concerne la publication en ligne, par le directeur général de l'OFII, de la base de données " bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine " (BISPO). A cet égard, aucune disposition légale ou réglementaire n'impose à l'OFII de transmettre les extraits de la BISPO sur lesquelles les médecins du collège de l'OFII ont pu se fonder pour l'appréciation d'une situation individuelle, les données contenues dans la BISPO étant de source publique. Par suite, le moyen sus analysé doit être écarté dans toutes ses branches.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que, sans qu'il soit besoin de mettre en œuvre les mesures d'instruction sollicitées, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre en litige a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière.
10. En deuxième lieu, si l'arrêté attaqué vise l'article 13 de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France ayant modifié l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des motifs de l'arrêté que le préfet s'est fondé sur les dispositions issues de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, tout particulièrement celles relatives à l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays d'origine. Ainsi, il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'aurait pas pris en compte ce critère dans l'appréciation portée sur sa situation. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut, par suite, qu'être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. () "
12. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
13. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
14. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne s'est approprié le sens et le motif déterminant de l'avis défavorable émis le 6 janvier 2020 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine.
15. Pour remettre en cause ces conclusions, Mme A soutient tout d'abord être traitée par Gabapentine, médicament antileptique dont la substance active n'est pas disponible au Mali. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est vu prescrire ce médicament pour six mois en septembre 2018, l'intéressée ne produit aucun élément justifiant d'une poursuite de ce traitement à la date de l'arrêté du 6 août 2020 en litige. D'ailleurs, ni la fiche d'observation établie pour son entrée en hospitalisation en janvier 2019, ni le compte rendu d'une hospitalisation effectuée le 4 avril 2019, pourtant détaillés sur les soins en cours ou préconisés, n'en font mention. Ensuite, il en est de même s'agissant des traitements par injection de toxine, dont elle établit seulement qu'elle en a fait l'objet entre fin 2018 et avril 2019. Ainsi, le compte rendu d'hospitalisation précité, dernier document médical à en faire état (" Le schéma des injections est adapté aujourd'hui "), est antérieur d'un an et quatre mois à l'arrêté attaqué, et mentionne une évaluation des résultats à mener en juin 2019 sur laquelle la requérante reste muette. Enfin, si l'intéressée invoque des difficultés rencontrées par le service de santé malien, et l'instabilité sécuritaire affectant ce pays, ces constats généraux ne peuvent suffire à établir qu'au regard des besoins liés à son état de santé à la date de l'arrêté attaqué, elle serait exposée à un défaut d'accès effectif à une prise en charge adaptée au Mali. Ainsi, aucun élément du dossier ne permet de remettre en cause les conclusions du collège des médecins de l'Office. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, doit, par suite, être écarté.
16. En quatrième lieu, Mme A se prévaut d'une durée de présence en France de trois ans seulement. Si elle invoque également la naissance d'un enfant le 28 février 2021 dont le père est un compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2026, elle n'établit pas, ni même n'allègue, avoir jamais entretenu ni vie commune avec le père de cet enfant, ni qu'il ait participé à l'entretien et à l'éducation de celui-ci. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que la requérante serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu ses vingt premières années. Enfin, la requérante ne justifie pas de la nécessité d'une prise en charge médicale en France, ainsi qu'il a été dit au point précédent. Dans ces conditions, le refus du préfet de Seine-et-Marne de faire usage de son pouvoir de régulariser le séjour de la requérante ne remplissant pas toutes les conditions requises pour prétendre à un titre de séjour ne procède pas d'une appréciation manifestement erronée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
18. Pour les mêmes raisons qu'exposées au point 16, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
20. Tout d'abord, il résulte de ce qui a été indiqué ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme A ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
21. Ensuite, si la requérante soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 15, il y a lieu d'écarter ce moyen.
22. Enfin, pour les mêmes motifs qu'exposés aux points 16 à 18, l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de la requérante ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision relative au délai de départ volontaire :
23. Tout d'abord, aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour, alors applicable : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Le délai de départ volontaire accordé à l'étranger peut faire l'objet d'une prolongation par l'autorité administrative pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
24. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire quand celui-ci correspond, comme en l'espèce, à la durée légale fixée à trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
25. Ensuite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée et aurait omis d'envisager l'opportunité d'accorder un délai de départ plus long à la requérante. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.
26. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige, d'octroi du délai de départ volontaire de trente jours, compte tenu de la situation personnelle et familiale de la requérante, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle n'a pas accordé de délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
27. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 6 août 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Rochiccioli.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Mentfakh, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2022.
La rapporteure,
S. BLa présidente,
M. DLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026