jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2010057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CHELVARAJAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2020, Mme D B, représentée par Me Chelvarajah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé et remplacé son récépissé de demande de carte de séjour, a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- le refus de titre de séjour attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas motivée, l'arrêté en litige ne comportant aucun motif de droit ou de fait spécifique à cette mesure d'éloignement ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation ainsi que celle de son enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2021, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 septembre 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Chelvarajah, représentant la requérante, ainsi que celles de cette dernière.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante camerounaise née le 27 mars 1984 à Edea (Cameroun), a sollicité le 18 juin 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 3 novembre 2020 dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé et remplacé son récépissé de demande de carte de séjour, a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". En outre, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse pas de plein droit lorsque l'enfant est majeur. ".
3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application de ces principes. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire demandée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
4. Tout d'abord, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Val-de-Marne s'est fondé sur un motif tiré de ce que la reconnaissance de paternité le 23 juillet 2018 par un ressortissant français de l'enfant de Mme B, né le 15 septembre 2018 à Paris, présente un caractère frauduleux, au vu des constatations d'un rapport d'enquête de police du 21 juillet 2020. Toutefois, s'il est notamment invoqué le début de grossesse de la requérante au Cameroun, il n'en est tiré aucune conclusion sur les circonstances de la conception de l'enfant, notamment l'identité du père de l'enfant alors que l'intéressée justifie que l'auteur de la reconnaissance de paternité était présent dans ce pays neuf mois avant la naissance de l'enfant. En outre, si le récit de leur rencontre et relation a été apprécié comme peu crédible, la requérante en expose les étapes sans aucune contradiction, produisant à cet égard plusieurs pièces corroborant ses affirmations. Par ailleurs, la fraude en cause ne saurait être révélée par les autres circonstances invoquées, tenant à l'absence de communauté de vie, à ce que l'auteur de la reconnaissance de paternité en litige a reconnu être également père de trois autres enfants nés de ressortissantes de pays étrangers, ou encore, en tout état de cause, au défaut de contribution de celui-ci à l'entretien et à l'éducation de l'enfant de la requérante. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, plus de deux ans après l'enquête de police en question, d'action en contestation de paternité, ni même d'un signalement auprès du procureur de la République. Dans ces conditions, le préfet n'apporte pas la preuve, ainsi qu'il lui incombe, de la nature frauduleuse de la reconnaissance de paternité en litige.
5. Ensuite, le préfet du Val-de-Marne s'est fondé sur un second motif tiré d'une absence de preuve de contribution du père de l'enfant de Mme B à l'éducation et à l'entretien de ce dernier. Toutefois, si les versements d'argent par celui-ci à la requérante ne sont établis qu'à hauteur de six virements des 14 juin et 1er avril 2019, 16 juillet et 18 août 2020, outre ceux des 28 mai et 11 juin 2020 mentionnés dans le rapport d'enquête de police précitée, celle-ci produit, d'une part, de multiples photographies représentant l'enfant et son père dans des situations de vie quotidienne. D'autre part, le tribunal judiciaire de Créteil, par un jugement du 7 décembre 2021, a homologué la convention signée par les deux parents le 2 novembre 2020, établie antérieurement à l'arrêté attaqué, laquelle décide de l'exercice conjoint de l'autorité parentale, de la contribution financière du père à hauteur de la somme de 90 euros mensuels et un droit d'accueil régulier exercé par celui-ci, caractérisant l'effectivité du rôle parental exercé par le père de l'enfant, notamment son implication régulière aux côtés de celui-ci et la proximité affective de ces derniers. Dans ces conditions, Mme B rapporte la preuve de ce que le père de son enfant contribuait, à la date de l'arrêté attaqué, à l'éducation et à l'entretien de celui-ci, au sens et pour l'application de l'article 371-2 du code civil.
6. Enfin, il est constant que la requérante, mère d'un enfant, mineur et résidant en France, dont la nationalité française n'est pas utilement remise en cause compte tenu de ce qui vient d'être dit, exerce sur cet enfant, depuis la naissance de ce dernier, l'autorité parentale dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil.
7. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle remplissait l'ensemble des conditions.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-de-Marne du 3 novembre 2020 dans son ensemble.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".
10. Eu égard à la nature du motif retenu pour prononcer l'annulation de la décision de refus de séjour contestée, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. En application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1 200 euros en remboursement des frais exposés par Mme B non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-de-Marne du 3 novembre 2020 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Delon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
S. ALa présidente,
M. C
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026