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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010175

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010175

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantPOLLET ROUYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 8 décembre 2020 et le 9 décembre 2022, Mme A, représentée par Me Pollet Rouyer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 12 juin 2020 par laquelle le maire de Villeneuve-Saint-Georges a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au maire de Villeneuve-Saint-Georges de procéder au réexamen de sa demande de protection fonctionnelle ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive et est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît les dispositions des articles 6 ter et 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que les faits qu'elle dénonce sont caractéristiques de harcèlement sexuel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, la commune de Villeneuve-Saint-Georges, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est tardive dès lors qu'elle a réceptionné le 14 août 2020 le recours gracieux présenté par la requérante alors que la décision de rejet opposée à la demande de protection fonctionnelle datait du 12 juin 2020, et qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 31 mars 2023 à 12 h 00.

Par courrier du 26 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible d'enjoindre d'office à la commune d'accorder à la requérante le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Issard,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par la commune de Villeneuve-Saint-Georges le 2 septembre 2017 afin d'occuper les fonctions d'assistante d'enseignement artistique en arts plastiques en qualité d'agent contractuel. Par un courrier en date du 11 mai 2020, elle a présenté une demande de protection fonctionnelle à la commune qui a été rejetée par la maire le 12 juin 2020. Par un courrier en date du 10 août 2020, Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du 12 juin 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune :

2. Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ". Et aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 12 juin 2020 portant refus d'octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle a été notifiée à Mme A le 17 juin 2020. Le recours gracieux formé par l'intéressée contre cette décision, réceptionné par la commune le 14 août 2020, n'était par suite pas tardif au regard des dispositions précitées. La requête, enregistrée le 8 décembre 2020, avant l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui a commencé de courir le 14 octobre 2020, date à laquelle le recours gracieux de Mme A a été implicitement rejeté, n'est pas davantage tardive. La fin de non-recevoir doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, portant droit et obligation des fonctionnaires: " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui les emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire au fonctionnaire. () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Aux termes de l'article 6 ter de cette même loi : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les faits : a) Soit de harcèlement sexuel, constitué par des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ; b) Soit assimilés au harcèlement sexuel, consistant en toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers. () Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou enjoint de procéder aux faits de harcèlement sexuel mentionnés aux trois premiers alinéas ".

5. Il résulte de ces dispositions que sont constitutifs de harcèlement sexuel des propos ou des comportements à connotation sexuelle, répétés ou même, lorsqu'ils atteignent un certain degré de gravité, non répétés, tenus dans le cadre ou à l'occasion du service, non désirés par celui ou celle qui en est le destinataire et ayant pour objet ou pour effet soit de porter atteinte à sa dignité, soit, notamment lorsqu'ils sont le fait d'un supérieur hiérarchique ou d'une personne qu'elle pense susceptible d'avoir une influence sur ses conditions de travail ou le déroulement de sa carrière, de créer à l'encontre de la victime une situation intimidante, hostile ou offensante.

6. Au cas particulier, Mme A soutient avoir fait l'objet de gestes et de propos déplacés de la part de sa supérieure hiérarchique, laquelle aurait à plusieurs reprises touché le haut de sa cuisse sous la table lors d'une réunion le 2 mai 2018, lui aurait pressé le bras gauche lors d'une autre réunion le 31 mai 2018, aurait affirmé devant elle et des enfants ayant participé à une activité artistique mise en place par la commune ne pas porter de sous-vêtements à une occasion " début 2019, probablement en janvier ou février ", aurait appuyé sa main sur sa cuisse lors d'une autre réunion tenue le 3 décembre 2019 puis aurait tenté de la contacter par téléphone le 2 avril 2020 alors que le directeur des ressources humaines lui aurait interdit de le faire suite à l'ouverture d'une enquête administrative à son sujet. Elle verse à cet effet le compte-rendu de son entretien avec la cheffe du département des ressources humaines de la commune dans le cadre de l'enquête administrative initiée suite à ses signalements, le procès-verbal de son dépôt de plainte pour harcèlement sexuel, enregistré le 1er avril 2020, l'accusé de réception de son signalement auprès du Défenseur des droits, enregistré le 31 mai 2020, le témoignage de l'une de ses anciennes collègues en date du 30 juin 2020 indiquant qu'elle se serait confiée à elle au sujet d'attouchements subis en mai 2018 et le témoignage de deux de ses collègues ayant assisté à la réunion du 3 décembre 2019, datés des 10 mars et du 8 décembre 2020, qui confirment avoir vu leur supérieure poser la main sur la cuisse de leur collègue sous la table de réunion et le malaise que cela provoquait manifestement chez elle.

7. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que, suite au signalement effectué par la requérante auprès du département des ressources humaines, la commune a diligenté auprès des agents placés sous l'autorité de la responsable dont le comportement était incriminé une enquête administrative qui a permis d'établir la matérialité des faits dénoncés par la requérante.

8. Il en résulte que l'ensemble des faits dénoncés par la requérante, suffisamment précis et étayés, constitue des comportements à connotation sexuelle, répétés, tenus dans le cadre du service, non désirés par Mme A et ayant pour effet d'avoir une influence sur ses conditions de travail. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la commune a entaché sa décision d'une erreur de qualification juridique des faits en lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2020 du maire de Villeneuve-Saint-Georges.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de Villeneuve-Saint-Georges d'accorder à la requérante le bénéfice de la protection fonctionnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges la somme de 1 500 euros en remboursement des frais exposés par Mme A non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de Villeneuve-Saint-Georges.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 12 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Villeneuve-Saint-Georges a refusé à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Villeneuve-Saint-Georges d'accorder à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Villeneuve-Saint-Georges versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Villeneuve-Saint-Georges.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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