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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010225

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010225

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2020, Mme A B, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2020 par lequel le maire de Chartrettes l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé du 1er décembre 2019 au 16 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Chartrettes de retirer la décision litigieuse de son dossier administratif ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chartrettes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de tout élément permettant de démontrer que le comité médical ait émis un avis dans des conditions régulières et qu'il ait été régulièrement composé ;

- il est entaché d'erreur de droit, le maire s'étant cru à tort lié par l'avis du comité médical ;

- il est entaché d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation, d'une part en l'absence de démarches tendant à son reclassement par la commune et, d'autre part, en l'absence de maintien de son plein traitement ;

- il est entaché de rétroactivité illégale.

La commune de Chartrettes, à qui la requête a été communiquée le 14 décembre 2020, n'a pas produit d'observations.

Une mise en demeure a été adressée le 20 janvier 2022 à la commune de Chartrettes.

Par ordonnance du 29 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon,

- et les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, titulaire du grade d'adjoint technique, est employée par la commune de Chartrettes depuis 2001. Le 19 mai 2017, elle a subi un accident de service, puis une rechute le 13 avril 2018, dont elle a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au titre du même accident de service. Par un avis du 10 octobre 2018, la commission de réforme a émis un avis défavorable. Par un arrêté du 10 juin 2019, le maire de Chartrettes a placé Mme B en congé de maladie ordinaire à demi-traitement à compter du 1er mars 2019. Puis, par un arrêté du 27 février 2020, le maire a placé l'intéressée en disponibilité d'office pour raisons de santé, rétroactivement à compter du 1er décembre 2018, dans l'attente de l'avis du comité médical, avec durant cette période, une indemnité représentative d'un demi-traitement. A la suite de l'avis rendu le 16 septembre 2020 par le comité médical, le maire de Chartrettes a maintenu Mme B en congé de maladie ordinaire, à demi-traitement, du 1er juin au 30 novembre 2019, par un premier arrêté du 9 octobre 2020, puis en disponibilité d'office pour raisons de santé du 1er décembre 2019 au 16 septembre 2020, par un second arrêté du même jour, dont elle demande l'annulation. Le 25 octobre 2020, Mme B a repris ses fonctions à temps complet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que sont visés l'ensemble des textes applicables à la situation de Mme B, ainsi que l'arrêté du 27 février 2020 par lequel le maire de Chartrettes l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 1er décembre 2018, sa prolongation jusqu'en fin de droits le 30 novembre 2019, puis l'avis recueilli le 16 septembre 2020 auprès du comité médical départemental, préconisant notamment sa mise en disponibilité pour la période considérée. Dans ces conditions, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait suffisantes pour permettre à l'intéressée de comprendre les fondements de l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si Mme B soutient que n'est pas rapportée la preuve que le comité médical s'est réuni, le 16 septembre 2020, dans des conditions régulières, elle ne fait état, ainsi que le relève la commune, d'aucune démonstration précise et, par suite, n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par conséquent, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, alors même que, par l'arrêté attaqué, le maire s'est fondé sur l'avis du comité médical du 16 septembre 2020, notamment favorable à un placement en disponibilité d'office de Mme B à compter du 1er décembre 2019, une fois ses droits à congé de maladie expirés, il ne résulte pas de ses termes, pour autant, que cette autorité ait estimé être tenue par l'avis du comité médical. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le maire de Chartrettes a méconnu l'étendue de sa compétence en prenant l'arrêté attaqué.

6. En quatrième lieu, Mme B soutient, d'une part, que la commune de Chartrettes a méconnu son obligation de reclassement et, d'autre part, qu'elle aurait dû être maintenue en congé de maladie ordinaire à plein traitement.

7. D'une part, aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, désormais codifié à l'article L. 826-3 du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984. () ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 susvisé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. / Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ".

8. Il résulte de la combinaison des dispositions, notamment, des articles 57 et 81 de la loi du 26 janvier 1984, et de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement et alors que, comme c'est le cas en l'espèce, le comité médical ne s'est pas prononcé sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi, éventuellement dans un autre corps ou un autre grade, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée, soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.

9. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, Mme B ayant épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire le 30 novembre 2019, sa situation a été examinée par le comité médical départemental qui s'est prononcé, le 16 septembre 2020, en faveur de son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé, au regard de son inaptitude temporaire au cours de la période considérée du 1er décembre 2019 au 16 septembre 2020, puis de son aptitude à la reprise à compter du 17 septembre 2020. Avant l'intervention de l'avis du comité médical, il ressort des pièces du dossier, notamment des différents courriers adressés par la commune à Mme B les 12 avril 2019, 11 juin 2019, 19 août 2020 et 20 octobre 2020, que la perspective de son reclassement, à l'expiration de ses droits à congés de maladie ordinaire, a été abordée directement par la commune. La proposition par celle-ci d'un emploi au sein de l'agence postale en 2019 a fait l'objet de deux refus opposés par Mme B à des postes de reclassement envisagés lors d'entretiens avec la directrice générale des services, cet emploi temporaire étant adapté à son état de santé dans le cadre de sa reprise de fonctions. Si Mme B indique avoir accepté l'emploi proposé en 2019, sans que la commune ne donne suite, ce fait est contredit par les termes du courrier du maire du 19 août 2020. Ainsi, en l'absence d'éléments complémentaires et précis apportés par Mme B sur le fait allégué, la commune ne peut être regardée comme ayant acquiescé à ce fait, en application de l'article précité R. 612-6 du code de justice administrative. Dans ces conditions, au regard des différents échanges entre Mme B et la commune, initiés par cette dernière, et la mettant en mesure de solliciter un reclassement, le maire de Chartrettes n'a pas méconnu les dispositions et principes précités en prenant l'arrêté attaqué, ni davantage entaché celui-ci d'une erreur de fait, ni d'une erreur d'appréciation. Par conséquent, la première branche du moyen tiré de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écartée.

11. D'autre part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, désormais codifié aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être pris en charge au titre de l'accident de service les arrêts de travail et les frais médicaux présentant un lien direct et certain avec l'accident initial y compris, le cas échéant, s'ils interviennent postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.

12. Par ailleurs, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créé par l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, entrée en vigueur le 21 janvier 2017, désormais codifié aux articles L. 822-21 et suivants du code général de la fonction publique : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () / VI.- Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités du congé pour invalidité temporaire imputable au service mentionné au premier alinéa et détermine ses effets sur la situation administrative des fonctionnaires. Il fixe également les obligations auxquelles les fonctionnaires demandant le bénéfice de ce congé sont tenus de se soumettre en vue, d'une part, de l'octroi ou du maintien du congé et, d'autre part, du rétablissement de leur santé, sous peine de voir réduire ou supprimer le traitement qui leur avait été conservé () ". Pris en application de cet article, l'article 5 du décret du 10 avril 2019 susvisé, entré en vigueur le 13 avril 2019, a créé l'article 37-6 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, aux termes duquel : " La commission de réforme est consultée par l'autorité territoriale : / 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service () ".

13. Enfin, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.

14. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, est manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Cet article n'est donc entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017, est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019. Par suite et dès lors que l'accident déclaré par Mme B, est survenu le 19 mai 2017 et la rechute alléguée, le 13 avril 2018, elle ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Sa situation demeure, ainsi, régie par les dispositions du 2ème alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée.

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité auprès de la commune de Chartrettes la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail postérieurs au 13 avril 2018, au titre de la rechute de l'accident de service dont elle a été victime le 19 mai 2017. Il ressort également de ces pièces que Mme B a fait l'objet de trois expertises médicales. Les médecins rhumatologues experts, dans leurs rapports des 8 août 2018, 11 avril 2019 et 24 juin 2020, ont conclu, notamment, à l'absence de lien entre les lésions ayant généré ses arrêts de travail à partir du 13 avril 2018 et l'accident survenu le 19 mai 2017, à sa guérison au titre de ce même accident de service et, en dernier lieu, à son aptitude à reprendre ses fonctions sous conditions à compter du 17 septembre 2020 et dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique. Par un avis du 10 octobre 2018, la commission de réforme a également émis un avis défavorable. Or, si Mme B se prévaut de son inaptitude à reprendre ses fonctions et de l'absence de proposition de reclassement, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. A cet égard, elle ne fournit aucun élément probant de nature à établir l'imputabilité au service de ses arrêts de travail postérieurs au 13 avril 2018, seule circonstance qui pourrait justifier son placement en congé de maladie ordinaire à plein traitement. Ainsi, en l'absence de tout lien établi entre ses arrêts de travail postérieurs au 13 avril 2018 et l'accident survenu le 19 mai 2017, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions précitées du deuxième alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. Par conséquent, en plaçant Mme B en disponibilité d'office pour raisons de santé à l'expiration de ses droits à congés, le maire de Chartrettes n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, et n'a pas davantage entaché l'arrêté litigieux d'une erreur de fait, ni d'une erreur d'appréciation, de sorte que le moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 susvisé, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ".

17. Il résulte de l'article 17 précité du décret du 30 juillet 1987 que lorsque l'agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à la collectivité qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite, et, d'autre part, de verser à l'agent un demi-traitement dans l'attente de la décision du comité médical. La circonstance que la décision prononçant la reprise d'activité, le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par cet article. Par suite, le demi-traitement versé au titre de cet article ne présente pas un caractère provisoire et reste acquis à l'agent alors même que celui-ci a, par la suite, été placé rétroactivement dans une position statutaire n'ouvrant pas par elle-même droit au versement d'un demi-traitement.

18. Il résulte des termes de l'article 2 de l'arrêté attaqué que Mme B, qui percevait précédemment un demi-traitement, perd son droit à traitement pendant la période de placement en disponibilité d'office, du 1er décembre 2019 au 16 septembre 2020, et voit, notamment, ses droits à la retraite suspendus. Or, il résulte des dispositions et principe précités que, dans l'attente de l'avis du comité médical, qui n'est intervenu que le 16 septembre 2020, Mme B avait le droit au bénéfice au maintien de son demi-traitement, alors même que ses droits à congés de maladie rémunérés étaient expirés depuis le 1er décembre 2019. Ainsi, Mme B est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché de rétroactivité illégale, en tant uniquement que son article 2 prévoit qu'elle perd son droit à traitement pendant la période considérée et que ses droits à la retraite sont suspendus pour la même période.

19. Il résulte de ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'aux termes de son article 2, le maire a fait perdre à Mme B, le bénéfice de son droit à traitement et a suspendu ses droits à la retraite du 1er décembre 2019 au 16 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Compte tenu du motif d'annulation partielle retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B tendant à ce que la commune de Chartrettes retire l'arrêté litigieux de son dossier individuel. Ainsi, ses conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Chartrettes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Chartrettes soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 octobre 2020 en tant que le maire de Chartrettes, aux termes de son article 2, met fin au bénéfice du droit à traitement de Mme B et suspend ses droits à la retraite pour la période du 1er décembre 2019 au 16 septembre 2020, période de son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé, est annulé.

Article 2 : La commune de Chartrettes versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Chartrettes.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La rapporteure,

E. DELON

La présidente,

M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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