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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010227

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010227

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2020, M. A C, représenté par Me Cren, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

M. C soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3-1, 7, 8 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1, 7, 8 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2021, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant sont inopérants ou infondés.

Par ordonnance du 21 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 janvier 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Cren, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant ukrainien, né le 5 novembre 1990 à Dorohychivka (Ukraine), est entré en France, selon ses déclarations, le 20 septembre 2014 muni d'un visa court séjour. Il a sollicité l'obtention d'un titre de séjour le 10 septembre 2020. Par un arrêté du 10 novembre 2020 dont il demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables à la situation du requérant, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en particulier son article L. 313-14, fait état de différents éléments de la situation personnelle et familiale du requérant, en particulier sa durée de séjour déclarée, la célébration de son mariage en 2017 avec une compatriote et la promesse d'embauche produite par l'intéressé pour un emploi de peintre. Il expose ainsi, par des formulations non stéréotypées, les considérations en fait et en droit sur lesquelles il se fonde, conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M C s'est marié le 22 septembre 2017 avec une compatriote et de leur union est né leur enfant le 7 octobre 2019, âgé d'environ un an à la date de l'arrêté attaqué. Toutefois, il n'est pas contesté que son épouse a également fait l'objet d'un refus de séjour, par un arrêté du préfet du Val-de-Marne de la même date que l'arrêté en litige. En outre, la requête en annulation présentée par cette dernière contre cet arrêté, enregistrée sous le n° 2010228, fait l'objet d'un rejet par jugement de ce jour du tribunal administratif de Melun. A la supposer même établie, ni la circonstance alléguée que le requérant réside en France de façon continue depuis le 20 septembre 2014, soit depuis un peu plus de 6 ans à la date de l'arrêté, ni sa situation familiale ne caractérisent des liens personnels et familiaux en France, intenses, anciens et stables au sens des dispositions et stipulations susvisées. En outre, il n'est pas contesté que ce dernier conserve des attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance que le requérant est titulaire d'une promesse d'embauche datée du 20 août 2020, pour un emploi de peintre-plaquiste à temps plein, révélant des efforts d'insertion socio-professionnelle, le refus de titre attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que les moyens invoqués doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut-être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir () ".

7. Les éléments invoqués à l'appui de sa requête par M. C, tels que rappelés au point 5, ne sont pas, à eux seuls, de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels ouvrant droit à l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Le requérant ne justifie pas davantage d'une situation professionnelle caractérisant un motif exceptionnel d'admission au séjour au titre du travail au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation dans ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Si le requérant invoque que le refus de titre en litige " [mettrait] en péril " ses relations familiales, il n'établit pas, par ces seules écritures, et eu égard aux éléments exposés au point 5, l'existence de circonstances, à la date de l'arrêté en litige, faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Ukraine, son pays d'origine, dont est également ressortissante la mère de l'enfant. Dans ces conditions, alors que la décision contestée n'implique en elle-même aucune séparation de l'enfant du requérant d'avec ses parents, celle-ci ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit ainsi être écarté.

11. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'appui de sa demande d'annulation de l'arrêté attaqué, les stipulations des articles 7, 8 et 9 de la convention sur les droits de l'enfant qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Les moyens tirés de la violation de ces stipulations ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

12. Tout d'abord, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme indiqué au point 5. Par ailleurs, à supposer que l'intéressé, qui invoque une méconnaissance des dispositions de " l'article L. 313-10°" du même code, ait entendu se prévaloir de ce qu'il était en droit de se voir attribuer une carte de séjour délivrée pour l'exercice d'une activité professionnelle sur le fondement des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-10 de ce code, il ne justifie pas, par la seule production de la promesse d'embauche du 20 août 2020, précitée, en remplir les conditions, ni sur le fondement de ces dispositions, ni sur celles alors codifiées à l'article L. 313-14, comme dit précédemment. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, à raison de ce qu'il pouvait prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour sur les fondements précités. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

13. Ensuite, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 5, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation portée, à la date de l'arrêté en litige, sur sa situation et sur ses conséquences sur sa situation personnelle.

15. Enfin, d'une part, pour les motifs exposés au point 10 et notamment eu égard à la nationalité commune du couple et de leur enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, en édictant l'obligation de quitter le territoire français en litige, aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant et ainsi méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. D'autre part, la méconnaissance des stipulations des articles 7, 8 et 9 de cette convention ne peut utilement être invoquée, ainsi qu'il a été dit au point 11. L'ensemble de ces moyens doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Val-de-Marne du 10 novembre 2020 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

S. BLa présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2010227

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