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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010228

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010228

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2020, Mme C A épouse D, représentée par Me Cren, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Mme A soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3-1, 7, 8 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1, 7, 8 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2021, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante sont inopérants ou infondés.

Par ordonnance du 21 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 janvier 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Cren, représentant la requérante, ainsi que celles de cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante ukrainienne, née le 10 avril 1991 à Rivne (Ukraine), est entrée en France, munie d'un visa de court séjour, en 2016 selon ses déclarations. Elle a sollicité l'obtention d'un titre de séjour le 21 septembre 2020. Par un arrêté du 10 novembre 2020 dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables à la situation de la requérante, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en particulier son article L. 313-14, fait état de différents éléments de la situation personnelle et familiale de la requérante, en particulier la célébration de son mariage en 2017 avec un compatriote et la naissance de leur enfant en 2019. Il expose ainsi, par des formulations non stéréotypées, les considérations en fait et en droit sur lesquelles il se fonde, conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a déclaré lors du dépôt de sa demande de titre de séjour être entrée sur le sol national en février 2017, munie d'un visa attestant d'une entrée en zone Schengen le 17 de ce mois, peut ainsi se prévaloir d'un séjour en France depuis au mieux trois ans et huit mois à la date de l'arrêté attaqué, à compter de septembre 2017. Il n'est pas contesté que son époux, compatriote, avec lequel elle s'est mariée le 22 septembre 2017, a fait l'objet d'un refus de séjour, par un arrêté préfectoral du 10 novembre 2020. En outre, l'intéressée est mère d'un enfant né de leur union le 7 octobre 2019, âgé d'environ un an à la date de l'arrêté en cause. Or, la requête en annulation présentée par son conjoint contre l'arrêté précité, enregistrée sous le n° 2010227, fait l'objet d'un rejet par jugement de ce jour du tribunal administratif de Melun. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué que l'intéressée aurait développé des relations personnelles particulièrement anciennes, stables et intenses, en dehors de la cellule familiale. Enfin, il n'est pas contesté que celle-ci a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans dans son pays d'origine. Aucune des circonstances précitées, non plus que l'obtention par la requérante d'un certificat de langue française délivré par l'Université de la Sorbonne en juin 2019, bien que révélant des efforts d'insertion dans la société française, ne caractérisent des liens avec la France tels que le refus d'autoriser son séjour méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, le refus de titre attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que ces deux moyens invoqués doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté en litige: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut-être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir () ".

7. Les éléments invoqués à l'appui de sa requête par Mme A, tels que rappelés au point 5, ne sont pas, à eux seuls, de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels ouvrant droit à l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, la requérante ne fait valoir aucun motif exceptionnel d'admission au séjour au titre du travail, n'alléguant pas avoir une activité professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Si la requérante invoque que le refus de titre en litige " [mettrait] en péril " ses relations familiales, elle n'établit pas, par ces seules écritures, et eu égard aux éléments exposés au point 5, l'existence de circonstances, à la date de l'arrêté en litige, faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Ukraine, son pays d'origine, dont est également ressortissant le père de l'enfant. Dans ces conditions, alors que la décision contestée n'implique en elle-même aucune séparation de l'enfant de la requérante d'avec ses parents, celle-ci ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit ainsi être écarté.

11. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement invoquer, à l'appui de sa demande d'annulation de l'arrêté attaqué, les stipulations des articles 7, 8 et 9 de la convention sur les droits de l'enfant qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Les moyens tirés de la violation de ces stipulations ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

12. Tout d'abord, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme indiqué au point 5. Par ailleurs, à supposer que l'intéressée, qui invoque une méconnaissance des dispositions de " l'article L. 313-10° " du même code, se prévale de ce qu'elle pouvait prétendre à l'attribution d'une carte de séjour délivrée pour l'exercice d'une activité professionnelle sur le fondement des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-10 de ce code, elle ne justifie pas en remplir les conditions, en l'absence d'activité professionnelle ne serait-ce qu'alléguée, comme dit précédemment. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pouvait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, à raison de ce qu'elle pouvait se voir de plein droit délivrer un titre de séjour. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

13. Ensuite, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 5, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation personnelle.

15. Enfin, d'une part, pour les motifs exposés au point 10 et en particulier eu égard à la nationalité commune du couple et de leur enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, en édictant l'obligation de quitter le territoire français en litige, aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de la requérante et ainsi méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. D'autre part, la méconnaissance des stipulations des articles 7, 8 et 9 de cette convention ne peut utilement être invoquée, ainsi qu'il a été dit au point 11. L'ensemble de ces moyens doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Val-de-Marne du 10 novembre 2020 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse D et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

S. BLa présidente,

M. ELa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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