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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010263

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010263

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL LAZARE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 décembre 2020, le 3 février 2022 et le 18 mars 2022, la société S.F.R.M., représentée par Me Hourcabie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2020 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a sursis à statuer pour une durée de deux ans sur sa demande de permis de construire un ensemble immobilier de 100 logements sur un terrain sis 140 rue de Claye, ensemble le rejet implicite du recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Thorigny-sur-Marne de ré-instruire sa demande dans un délai maximum d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Thorigny-sur-Marne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête conserve son objet ;

- la décision attaquée n'est pas motivée en fait dès lors qu'aucun élément ne permet de comprendre dans quelle mesure le projet est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme ;

- le futur plan local d'urbanisme est entaché d'irrégularité dès lors que l'examen du projet de plan local d'urbanisme est intervenu cinq ans après le débat sur le projet d'aménagement et de développement durables ce qui excède un délai raisonnable, en méconnaissance des articles L. 153-11 et L. 153-12 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnait les dispositions des articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme aux motifs que :

* la contrariété à certaines dispositions du futur plan local d'urbanisme ne suffit pas à elle seule à établir que les caractéristiques du projet seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme ;

* l'article UT 6 du règlement du futur plan local d'urbanisme permet une implantation à l'alignement dans certaines situations ;

* le motif tiré de la non intégration du projet dans son environnement, en violation de l'article UT 11, est entaché d'une erreur d'appréciation, l'environnement du projet étant composé de nombreux bâtiments collectifs dans une zone présentée comme de " transition " entre un centre-ville dense et le tissu pavillonnaire plus aéré, dont le tissu est évolutif ;

* le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables ayant eu lieu en 2015, l'état suffisamment avancé du projet de plan local d'urbanisme à la date de la décision attaquée n'est pas établi ; par ailleurs, du fait de son ancienneté, ce débat est obsolète, comme le montre le fait qu'un nouveau débat a eu lieu le 17 décembre 2020 ; ce débat a notamment porté sur un emplacement réservé grevant la parcelle en cause, et qui n'avait pas été évoqué en 2015.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 décembre 2021, la commune de Thorigny-sur-Marne, représentée par la SELARL Lazare Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société S.F.R.M. au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est dénuée d'objet, dès lors que la société requérante a obtenu un permis de construire pour la reconstruction de l'usine située sur le terrain en cause et a déposé une déclaration d'ouverture de travaux ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par lettre du 20 janvier 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 4 février 2022.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 2 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Allègre,

- les conclusions de M. Toutias, rapporteur public,

- les observations de Me Rouikha, substituant Me Hourcabie, représentant la société S.F.R.M.,

- et les observations de Me Guillou, représentant la commune de Thorigny-sur-Marne.

Une note en délibéré a été enregistrée le 24 juin 2022 pour la société S.F.R.M. et n'a pas été communiquée.

Une note en délibéré a été enregistrée le 4 juillet 2022 pour la commune de Thorigny-sur-Marne et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 mars 2020, la société S.F.R.M. a déposé un permis de construire à fin de démolition d'un bâtiment existant et d'édification de 100 logements collectifs sur un terrain situé 140 rue de Claye à Thorigny-sur-Marne, en zone UT du plan local d'urbanisme. Par arrêté du 18 juin 2020, le maire de Thorigny-sur-Marne a opposé un sursis à statuer à cette demande au motif que le projet en cause était de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme de la commune dont la révision a été prescrite le 6 juin 2013. La société S.F.R.M. a formé un recours gracieux contre cet arrêté qui a été implicitement rejeté par le maire de Thorigny-sur-Marne. Dans le cadre de la présente instance, la société S.F.R.M. demande au tribunal d'annuler l'arrêté du maire de Thorigny-sur-Marne du 18 juin 2020, ainsi que la décision de ce maire portant rejet de son recours gracieux contre cet arrêté.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La délivrance antérieure d'une autorisation d'urbanisme sur un terrain donné ne fait pas obstacle au dépôt par le même bénéficiaire de ladite autorisation d'une nouvelle demande d'autorisation visant le même terrain. Le dépôt de cette nouvelle demande d'autorisation ne nécessite pas d'obtenir le retrait de l'autorisation précédemment délivrée et n'emporte pas retrait implicite de cette dernière ". Il résulte de ces dispositions qu'un pétitionnaire peut se voir délivrer plusieurs autorisations d'urbanisme concernant un même terrain, sans que la délivrance d'un deuxième permis de construire puisse être considérée comme un renoncement au bénéfice du premier.

3. En l'espèce, s'il est constant que la société pétitionnaire s'est vu délivrer un premier permis de construire pour la reconstruction de l'usine existante et que la société pétitionnaire a déclaré une ouverture de chantier pour la mise en œuvre de ce premier permis de construire, cette circonstance n'a pas privé d'objet la présente requête compte tenu des principes précités. Par suite, il y a lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société S.F.R.M. à fin d'annulation, lesquelles ne se trouvent pas privées d'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué précise que le projet est implanté à l'alignement des emprises publiques et que les bâtiments A et B1 à B4 sont implantés à plus de 30 mètres de la voie publique, en méconnaissance du futur article UT 6, que seul le bâtiment A respecte la règle d'implantation sur une limite latérale maximum, que l'ensemble des bâtiments proposent des ouvertures situées à 4 mètres de la limite séparative sud, en méconnaissance du futur article UT 7, que la distance minimale de 10 mètres entre deux bâtiments d'habitation fixée par le futur article UT 8 n'est pas respectée entre les bâtiments A et B1, B4 et B5, B5 et B6 et enfin que le futur article UT 11 n'est pas respecté, le projet consistant en la réalisation de sept bâtiments collectifs de 4 niveaux sans recherche d'intégration dans un tissu pavillonnaire ancien, dense et bas. Il en résulte que, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'arrêté est suffisamment motivé en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement ".

7. En deuxième lieu, la société requérante soutient que le maire ne pouvait opposer de sursis à statuer dès lors que, d'une part, le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables, qui s'est tenu le 25 juin 2015, était trop éloigné et était devenu obsolète, rendant la procédure de révision du plan local d'urbanisme irrégulière et que, d'autre part, un nouveau débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables s'est tenu du 17 décembre 2020. Il ne ressort, toutefois, d'aucune disposition du code de l'urbanisme qu'un délai maximum contraigne les auteurs du plan local d'urbanisme entre le débat relatif aux orientations du projet d'aménagement et de développement durables et l'approbation du plan local d'urbanisme. En outre, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise alors que l'enquête publique relative au projet de plan local d'urbanisme litigieux était en cours, ce qui établit que le projet était toujours d'actualité à la date de la décision attaquée. Enfin, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée la circonstance qu'un nouveau débat sur le projet d'aménagement et de développement durables a eu lieu le 17 décembre 2020, postérieurement à la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article UT 11 du futur règlement du plan local d'urbanisme : " les constructions nouvelles doivent, par leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, respecter le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants, des sites, et des paysages naturels et urbains locaux ".

9. La société requérante soutient que son projet ne méconnaît pas les dispositions précitées du futur règlement du plan local d'urbanisme et, en tout état de cause, que ce non-respect ne permet pas d'établir que le projet est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. D'une part, il est constant que le préambule du règlement relatif à la zone UT précise qu'il s'agit d'une zone " urbaine mixte tant du point de vue de la forme urbaine (habitat individuel, habitat intermédiaire, habitat collectif) () ". En outre, il ressort des pièces du dossier et, en particulier, des différentes photographies produites, que le tissu urbain situé à proximité du projet, s'il est principalement pavillonnaire, comporte également quelques immeubles collectifs, le tout ne présentant aucun intérêt architectural, paysager ou urbain particulier. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet porte sur 7 bâtiments en R + 2 et R + 3, comportant chacun de 6 à 18 logements. La hauteur est inférieure à 12,50 mètres au faîtage, l'ensemble conférant au projet un aspect de petit collectif. La notice architecturale précise que les façades seront doublées par un bardage en acier thermolaqué blanc, à l'exception d'un seul bâtiment par plot doublé par un acier thermolaqué couleur bronze, afin de créer des " événements " ponctuels sur l'ensemble des façades. Toutes les toitures, à deux pentes - alternant entre pignon ou parallèles aux voies de desserte privées ou à la voie publique (allée des Cerisiers) - seront couvertes de ce même matériau, formant un ensemble parfaitement homogène. Les 7 bâtiments offrent de larges percées visuelles sur les aménagements paysagers en cœur d'îlot jusqu'au fond de la parcelle. Dans ces circonstances, la société requérante est fondée à soutenir que le motif tiré du non-respect par le projet du futur article UT 11 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.

10. Toutefois, le maire de Thorigny-sur-Marne s'est également fondé, pour opposer un sursis à statuer à la demande de la société requérante, sur trois autres non-conformités énoncées au point 4 du présent jugement, relatives aux règles d'implantation des bâtiments prévues par les articles UT 6, UT 7 et UT 8 du futur règlement du plan local d'urbanisme. Ce non-respect n'est pas utilement contesté par la société requérante. Compte tenu de l'importance du projet, qui consiste en la construction de sept bâtiments comptant 100 logements, ce non-respect doit être regardé comme établissant que le projet litigieux est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Ainsi, il résulte de l'instruction que le maire de Thorigny-sur-Marne aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ces trois motifs.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Thorigny-sur-Marne, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société S.F.R.M. au titre des frais liés à l'instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société S.F.R.M. la somme de 1 500 euros à verser à la commune.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société S.F.R.M. est rejetée.

Article 2 : La société S.F.R.M. versera à la commune de Thorigny-sur-Marne la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société S.F.R.M. et à la commune de Thorigny-sur-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

M. Allègre, premier conseiller,

Mme Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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