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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010275

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010275

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2020, M. B Banbuck demande au tribunal d'annuler la délibération n°2020-111 du 15 octobre 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune du Kremlin-Bicêtre a adopté son budget supplémentaire pour l'année 2020.

M. Banbuck soutient que :

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas reçu une information suffisante dès lors que la note de synthèse, qui lui a été communiquée en application de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, comportait des insuffisances et des incohérences, s'agissant des dépenses de fonctionnement et d'investissement ;

- elle méconnaît l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales relatif au droit à l'information des élus municipaux en ce qu'un refus aurait été opposé aux demandes d'informations complémentaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2022, la commune du Kremlin-Bicêtre, représentée par Me Boukheloua, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête sont infondés.

Par une ordonnance en date du 4 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,

- et les observations de M. Banbuck, présent, ainsi que celles de Me Boukheloua, représentant la commune du Kremlin-Bicêtre.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 15 octobre 2020, le conseil municipal de la commune du Kremlin-Bicêtre a adopté son budget supplémentaire pour l'année 2020. Dans la présente instance, M. Banbuck, conseiller municipal d'opposition, demande au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : "Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose toutefois pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

3. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que la convocation adressée à M. Banbuck à la réunion du conseil municipal du 15 octobre 2020 comprenait un rapport de présentation de 5 pages, le projet de délibération et la présentation du budget supplémentaire de la commune au titre de l'année 2020, détaillé selon l'instruction M14 de 88 pages. Il ressort notamment de ces pièces que l'exercice budgétaire 2020 s'est terminé dans des circonstances exceptionnelles en raison de la pandémie de covid 19 qui a eu pour conséquence que la commune a dû engager des dépenses supplémentaires tout en faisant face à une diminution de ses recettes. S'agissant des dépenses de fonctionnement, si le rapport de présentation indique que la ville a mis en place l'attribution d'une prime exceptionnelle versée à certains fonctionnaires pour récompenser leur implication pendant la période d'état d'urgence pour une somme de

210 000 euros, ainsi que des subventions aux associations Ages et vies, Croix rouge et à l'association de gestion de l'espace culturel André Malraux (AGECAM) pour un montant de 25 000 euros, ainsi qu'aux associations sportives en attribuant une subvention supplémentaire de 60 000 euros au club sportif et associatif du Kremlin-Bicêtre (CSAKB) qui doit faire face à un redressement salarial, et une subvention de 60 000 euros à l'association Kremlin-Bicêtre Futsal, la note de synthèse et le budget supplémentaire établis selon la norme M14 n'apportent pas les mêmes précisions s'agissant des autres évolutions du chapitre 011, d'un montant total de 1 318 068 euros. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. Banbuck, qui exerçait les fonctions d'adjoint délégué aux finances au sein de la précédente majorité, a concédé lui-même en séance de commission que les dépenses rendues nécessaires par la pandémie de covid 19 s'élevaient à plus d'un million d'euros, ce qui a été confirmé par Mme A, selon les mentions portées sur le procès-verbal de la délibération, laquelle les évalue à 1 295 000 euros. Dans ces conditions, cette insuffisance de précisions n'a ni privé l'intéressé d'une garantie, ni été, en l'espèce, susceptible d'exercer une influence sur le sens de son vote. S'agissant des dépenses d'investissement, le rapport de présentation indique que la ville souhaitait faire l'acquisition d'un immeuble situé 34 rue Roger Salengro pour un montant de 380 000 euros, en vue de la sauvegarde d'une activité économique et de la réalisation d'un logement social. Enfin, le rapport de présentation indique également le recours à un emprunt supplémentaire de 1 700 000 euros pour couvrir le déficit de la section d'investissement constaté depuis plusieurs exercices.

5. Ces éléments permettaient à l'intéressé d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de ses décisions. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : "Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération". En application de ces dispositions, le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération. Lorsqu'un membre du conseil municipal demande, sur le fondement de ces dispositions du code général des collectivités territoriales, la communication de documents, il appartient au maire sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'une part, d'apprécier si cette communication se rattache à une affaire de la commune qui fait l'objet d'une délibération du conseil municipal et, d'autre part, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général n'y fait obstacle, avant de procéder, le cas échéant, à cette communication selon des modalités appropriées.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du compte rendu de la commission municipale unique qui s'est réunie le lundi 12 octobre 2020, s'agissant de la délibération n°2020-111 du 15 octobre 2020, que M. Banbuck a demandé quel était le montant de l'emprunt complémentaire, quel était le stock de la dette au 31 décembre et quels étaient les détails des inscriptions budgétaires de la page 15 à la page 20, notamment concernant le chapitre 011. Ce même document mentionne que le montant de l'emprunt complémentaire s'élevait à 1,7 millions d'euros et que l'encours de la dette avec l'ensemble des emprunts mobilisés était de 27 714 591,89 euros. En outre, le requérant produit lui-même un document détaillant article par article les inscriptions budgétaires relatives au chapitre 011 du budget municipal, alors au demeurant qu'il ne soutient pas que celui-ci ne lui aurait pas été communiqué antérieurement au 15 octobre 2020. D'autre part, il ressort du procès-verbal de la séance du conseil municipal du 15 octobre 2020 que si, lors des explications de vote,

M. Banbuck a longuement critiqué le projet de budget supplémentaire en posant, en séance, de multiples questions au maire du Kremlin-Bicêtre, le maire, ainsi que son adjointe chargée des questions relatives aux finances, au patrimoine et à la commande publique, lui ont apporté leurs réponses en séance. Dans ces conditions, le droit à l'information de M. Banbuck prévu par les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales n'a pas été méconnu.

8. Il résulte de ce qui précède que M. Banbuck n'est pas fondé à soutenir que la délibération n°2020-111 du 15 octobre 2020 du conseil municipal du Kremlin-Bicêtre est illégale et à en demander l'annulation.

Sur les frais liés au litige:

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de

M. Banbuck la somme que lui réclame la commune du Kremlin-Bicêtre, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Banbuck est rejetée.

Article 2: Les conclusions présentées par la commune du Kremlin-Bicêtre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B Banbuck et à la commune du Kremlin-Bicêtre.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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