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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010705

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010705

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2020, M. A B, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter du mois d'octobre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, Me de Sèze, la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'entretien de vulnérabilité n'a pas été réalisé, alors qu'il est prévu par les dispositions de l'article L. 744-6 et encadré par les dispositions de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en l'absence d'un tel entretien, il a été privé d'une garantie car sa vulnérabilité n'a pu être appréciée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne démontre aucunement qu'il n'aurait pas respecté les obligations de se présenter aux autorités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Israël, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan, né le 15 avril 1995 à Logar (Afghanistan), déclare être entré irrégulièrement en France le 25 février 2017 après avoir déposé des demandes d'asile en Bulgarie, en Hongrie et en Autriche. Il a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique, le 9 mai 2017, avant d'être placé en procédure dite " Dublin " et d'accepter le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (" OFII "). Le requérant a été déclaré en fuite à la suite de son absence à deux convocations de la préfecture les 10 et 14 septembre 2018. Par courrier du 18 octobre 2018, dont l'intéressé a été avisé le 19 octobre 2018, l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le courrier est revenu avec la mention " pli avisé non réclamé ". Par décision du 12 novembre 2018, dûment notifiée, l'OFII a suspendu ce bénéfice. A l'expiration du délai de transfert, M. B est retourné en préfecture en faisant valoir que la France était devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile. Il a toutefois été de nouveau placé en procédure Dublin le 23 juillet 2018 avant d'être enregistré en procédure accélérée le 17 juillet 2020. Par arrêté du 17 juillet 2020, le préfet du Val-de-Marne a décidé son transfert vers la Bulgarie. L'intéressé a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII par courriel du 19 octobre 2020. Par décision du 21 octobre 2020, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a opposé un refus à cette demande, au motif que

M. B ne justifiait pas du respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de son offre de prise en charge, et que l'évaluation de sa situation ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Par un courriel du 30 novembre 2020, le conseil de l'intéressé a introduit un recours administratif préalable contre cette décision qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 21 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

2. Par une décision du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat a jugé que dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision litigieuse du l'Office français de l'immigration et de l'intégration comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est suffisamment motivée même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. B entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision litigieuse. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, si les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient qu'un entretien relatif à la vulnérabilité doit être réalisé à la suite de la présentation d'une demande d'asile, c'est-à-dire avant que n'intervienne une décision de suspension, de refus ou de retrait des conditions matérielles d'accueil, elles n'imposent pas en revanche qu'un nouvel entretien relatif à la vulnérabilité soit effectué lorsque le demandeur sollicite de l'OFII le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. B qui a bénéficié d'un entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 9 mai 2017 ainsi qu'il ressort des pièces produites à l'instance, ne saurait utilement soutenir que l'OFII a entaché sa décision d'un vice de procédure faute d'avoir organisé un nouvel entretien individuel. En tout état de cause, M. B ne conteste pas le directeur général de l'OFII lorsqu'il fait valoir que l'évaluation de sa vulnérabilité a été réitérée le 21 janvier 2020, soit avant l'édiction de la décision attaquée, sans que l'intéressé n'ait fait état d'une fragilité particulière tenant par exemple à son état de santé. Par suite, le moyen selon lequel la décision serait entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de réalisation d'un second entretien de vulnérabilité, doit être, en tout état de cause, écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; /2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. /Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ".

8. Dès lors que le litige ne porte pas sur les conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé à M. B, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'il porte sur l'obligation d'information du demandeur d'asile doit être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

9. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Il appartient alors à l'OFII pour statuer sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

10. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de M. B tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII de Créteil s'est fondé sur le double motif qu'il n'avait pas donné de motif légitime justifiant l'inexécution de son obligation de se présenter aux autorités le 14 septembre 2018 et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, si l'OFII fait grief à l'intéressé de ne pas avoir respecté l'obligation de se présenter aux autorités alors que l'acceptation de l'offre de prise en charge des conditions matérielles d'accueil implique qu'il respecte les exigences des autorités chargées de l'asile, le requérant soutient qu'il appartient à l'OFII de justifier une telle affirmation. Or, d'une part, le requérant s'est, de son propre chef, trouvé démuni d'attestation de demandeur d'asile entre le 9 octobre 2017 et le 16 juillet 2020. D'autre part, si le requérant soutient qu'il vit dans une grande précarité, il n'apporte aucun élément de preuve au soutient de ces affirmations. Ainsi, le directeur territorial de l'OFII pouvait légitiment rejeter sa demande en se fondant seulement sur la seule absence de facteurs particuliers de vulnérabilité ou de besoins particuliers en matière d'accueil du requérant. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, notamment quant à la vulnérabilité du requérant, que le directeur territorial de l'OFII de Créteil a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

D. Israël

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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