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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010830

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010830

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMIROITE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2020, M. C A, représenté par Me Miroite, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 4 novembre 2020, dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Miroite, son conseil, de la somme de 1 500 euros sur le fondement

des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ;

5°) à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'OFII ne justifie pas l'avoir convoqué à un entretien personnel dans le but d'évaluer son état de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'Office ne justifie pas lui avoir adressé un courrier recommandé avec accusé de réception lui laissant un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations ;

- l'OFII aurait dû lui permettre de présenter ses observations avant de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- l'OFII n'a pas procédé à l'examen de vulnérabilité mentionné à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il a toujours respecté les obligations qui lui étaient imparties ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 décembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 6 mai 1995 à Baghlan (Afghanistan), a présenté une demande d'asile le 11 juillet 2018 et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par arrêtés du 27 septembre 2018, le préfet de l'Essonne a décidé de son transfert vers les autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence. Par décision du 22 janvier 2019, les services de l'OFII ont notifié à M. A le retrait de ses conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressé n'avait pas respecté son obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile. A l'expiration du délai de transfert, M. A s'est de nouveau présenté au guichet unique d'enregistrement des demandes d'asile le 30 octobre 2020 et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile selon la procédure normale. Le 4 novembre suivant, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 4 décembre 2020 dont il demande l'annulation, le directeur général de l'OFII lui a refusé ce rétablissement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Si M. A sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par une décision du président du bureau de l'aide juridictionnelle en date du 17 février 2021. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 24 février 2020, régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'OFII a donné délégation à M. B, directeur territorial de Créteil, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du

29 juillet 2015 applicable à l'espèce : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil / () ". L'article R. 744-14 du même code précise que : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa version applicable à l'espèce : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ".

5. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. Si les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent un entretien personnel lors de la présentation de la première demande d'asile permettant d'évaluer la vulnérabilité d'un demandeur d'asile, elles n'imposent pas à l'administration de procéder à un nouvel entretien lorsqu'elle examine une demande de rétablissement de conditions matérielles d'accueil qui ont été précédemment suspendues. Par suite, le requérant ne peut utilement de prévaloir du moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions.

7. En troisième lieu, il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de celles de l'article D. 744-38 du même code que, lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII devrait mettre l'intéressé en mesure de présenter des observations ni soumettre sa décision au respect d'une procédure contradictoire préalable dès lors que la décision a été adoptée à la suite d'une demande formulée par l'intéressé. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, alors qu'il disposait du compte-rendu de l'entretien organisé le 11 juillet 2018, lors de l'enregistrement de la demande d'asile, et de l'avis du médecin de l'OFII du 23 novembre 2020.

9. En cinquième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

10. Le refus de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A à la suite à sa demande du 4 novembre 2020 n'a pas été pris en application de la décision du

22 janvier 2019 retirant ses conditions matérielles d'accueil, laquelle n'en constitue pas plus la base légale. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer l'illégalité de la décision du

22 janvier 2019 à l'appui de la contestation de la décision de rejet de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

11. En sixième lieu, M. A, qui a été considéré comme étant en fuite par les services de la préfecture à la suite de son absence de présentation à l'embarquement de son vol à destination de l'Allemagne qui était prévu le 20 décembre 2018, n'est pas fondé à soutenir qu'il a toujours respecté ses obligations et ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté ces obligations. Par suite, l'OFII n'a pas inexactement apprécié les faits en considérant qu'il ne justifiait pas des raisons de ses carences.

12. En dernier lieu, il ne ressort ni des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'aucune autre disposition, que la suspension, le retrait ou le refus des conditions matérielles d'accueil feraient obstacle, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat, de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence, ou au bénéfice d'une assistance juridique. Il ressort en outre de l'avis rendu le 23 novembre 2020 par le médecin de l'OFII que ce dernier a estimé que le requérant était, au regard de son état de santé, prioritaire au niveau 1 pour un hébergement, sans caractère d'urgence. Par suite, M. A, qui a continué à bénéficier en dépit du retrait des conditions matérielles d'accueil, d'une couverture santé lui permettant de bénéficier de traitements et soins médicaux et d'un hébergement d'urgence, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Miroite et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corinne Ledamoisel, présidente,

M. Christophe Freydefont, premier conseiller,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

La rapporteure,

S. DLa présidente,

C. LedamoiselLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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