vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2010842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | FROGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 31 décembre 2020 et 18 mai 2021, Mme C E, représentée par Me Froger, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 mai 2020 par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a rejeté sa demande de modification du taux d'invalidité retenu à son égard ;
2°) d'enjoindre à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales de revoir son taux d'invalidité à son juste quantum en toute hypothèse supérieur à 20% et au besoin, diligenter toutes expertises médicales qui pourraient être nécessaires pour ce faire ;
3°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales la somme de 2 000 euros à verser à Me Forger au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle n'est pas guérie de son accident de travail depuis le 31 mars 2012 ;
- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que le taux de 20% retenu est faible au regard des séquelles découlant de son accident de travail ;
- les autres pathologies visées par le Dr B doivent être prises en compte dans le calcul de son taux d'invalidité, notamment les séquelles d'intoxication pulmonaire accidentelle, l'hystérectomie, l'insuffisance veineuse et l'entorse de la cheville gauche.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2021, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de Mme E ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 16 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 août 2022 à 12h00.
Par une décision du 30 octobre 2020, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 68-756 du 13 août 1968 ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gracia, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, alors agente d'entretien général au sein du conseil régional
d'Île-de-France, a été victime, le 12 janvier 2012, d'un accident de travail résultant d'une intoxication à la suite de l'inhalation de vapeurs toxiques. Par arrêté du 16 avril 2012, cet accident a été reconnu comme imputable au service. Par arrêté du 2 juin 2015, Mme E a été placée en disponibilité d'office à compter du 25 août 2014 pour raison de santé. Le 6 janvier 2020, Mme E a accusé réception de son brevet de pension du 22 novembre 2019, émanant de la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales (" CNRACL ") et sur lequel figure un taux d'invalidité retenu de 20% pour le calcul de ses droits à pensions. Le 7 janvier suivant, la requérante a contesté ce taux d'invalidité. Par une décision du 20 mai 2020, la CNRACL a refusé de réviser le taux d'invalidité retenu. Par la présente requête, Mme E doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 22 novembre 2019 par laquelle la CNRACL a retenu un taux d'invalidité de 20% pour le calcul de ses droits à pension, ensemble la décision du 20 mai 2020 par laquelle la CNRACL a refusé de réviser le taux d'invalidité retenu.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La commission de réforme des fonctionnaires des collectivités locales a été saisie pour émettre un avis sur la mise à la retraite pour invalidité de Mme E. A l'occasion de sa séance du 19 février 2019, cette commission a émis un avis favorable en retenant trois infirmités apparues en 2015, postérieurement au dernier jour de service valable pour la retraite, un syndrome dépressif apparu en 2014, et en indiquant, d'une part, que la séquelle d'intoxication pulmonaire accidentelle apparue le 12 janvier 2012 a été supprimée en séance, l'accident de service ayant été guéri le 31 mars 2012, et, d'autre part, que l'hystérectomie, l'insuffisance veineuse et l'entorse à la cheville gauche ont été supprimées en séance à défaut de pouvoir se voir attribuer un taux d'invalidité conformément au barème indicatif d'invalidité. Lors de sa séance du 25 février 2020, la commission de réforme a maintenu son avis dans l'attente de la communication des résultats des examens fonctionnels respiratoires de
Mme E. Par ailleurs, pour retenir le taux d'invalidité de Mme E à hauteur de 20%, la CNRACL a uniquement pris en compte le syndrome dépressif de l'intéressée.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 36 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui a été mis dans l'impossibilité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées, soit en service, () peut être mis à la retraite par anticipation soit sur sa demande, soit d'office, à l'expiration des délais prévus au troisième alinéa de l'article 30 et a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Par dérogation à l'article 19, cette pension est revalorisée dans les conditions fixées à l'article L. 341-6 du code de la sécurité sociale ".
4. Pour justifier l'absence de prise en compte, pour le calcul du taux d'invalidité de Mme E, des séquelles de l'intoxication pulmonaire accidentelle, la CNRACL a repris le motif avancé par la commission de réforme selon lequel Mme E était guérie au 31 mars 2012. Il résulte de l'instruction que la requérante a déclaré dans le rapport d'accident de service survenu le 12 janvier 2012 et établi le 16 janvier suivant, ressentir des brûlures, des irritations, et une gêne respiratoire dus aux émanations toxiques dont elle a été victime. Elle a par la suite été hospitalisée au sein du service d'hépatogastroentérologie du centre hospitalier intercommunal de Créteil le 31 janvier 2012 pour une endoscopie oeuso-gastro-duodénal pour dysphagie intermittente, nausées, vomissements et épigastralgies. Mme E a par ailleurs fait l'objet d'une fibroscopie en raison de douleurs épigastriques, de vomissements, d'une dysphagie haute et d'un amaigrissement conséquent, qui selon le compte-rendu du 21 mars 2012 établi par le docteur G, spécialiste au sein du centre d'endoscopie Gastro-Bercy, n'a pas révélé d'anomalie particulière. A la suite de cet examen, le
docteur D, médecin généraliste, consulté par Mme E en raison de vomissements, de brûlures digestives et d'un amaigrissement conséquent apparus à la suite d'inhalation de produits toxiques, fait état d'un état hyperallergique déjà détecté ayant majoré les réactions à son accident, et a proposé une date de guérison au 31 mars 2012.
5. Or, d'une part, alors même que le 5 décembre 2018, le docteur B, médecin agréé par l'Agence régionale de santé du Val-de-Marne, a examiné Mme E sur demande de la commission de réforme et a relevé une symptomatologie pulmonaire, notamment une gêne respiratoire et une dyspnée d'effort " qui semble imputable à l'accident de travail de 2012 ", Mme E ne produit aucun élément postérieur au rapport d'accident du 16 janvier 2012 permettant de corroborer le constat insuffisamment précis du docteur B établi plus de six ans après les faits accidentels, ni n'allègue avoir ressenti des troubles respiratoires ou pulmonaires au-delà de cette date. D'autre part, alors que Mme E soutient en particulier avoir fait une rechute relative à l'accident du 12 janvier 2012 postérieurement à la date de guérison proposée par le docteur D, d'une part, le certificat médical du 26 novembre 2012 établi par le docteur F, médecin généraliste, sollicitant que Mme E soit vue en consultation, fait seulement état de symptômes sans lien avec des troubles respiratoires et dont il n'est pas avéré qu'ils soient relatifs à l'accident du 12 janvier précédent. Enfin, le certificat du 19 juin 2012 établi par le docteur A, médecin de prévention, fait état d'un stress post-traumatique et d'un état psychologique dégradé qui n'ont pas été reconnus imputables à l'accident initial.
6. Dans ces conditions, les éléments produits par la requérante ne sont pas de nature à remettre en cause la date de guérison des troubles résultant de l'accident de service du 12 janvier 2012 au 31 mars 2012. Par suite, la CNRACL n'a pas commis d'erreur d'appréciation en reprenant à son compte la circonstance retenue par la commission de réforme selon laquelle Mme E était guérie des séquelles d'intoxication pulmonaire accidentelle au 31 mars 2012 et en ne retenant pas les séquelles invoquées, au titre du calcul de son taux d'invalidité en l'absence d'éléments supplémentaires probants, notamment d'examens médicaux.
7. En second lieu, aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () ". Aux termes de l'article 39 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service peut être mis à la retraite par anticipation soit sur demande, soit d'office dans les délais prévus au troisième alinéa de l'article 30. L'intéressé a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite sous réserve que ses blessures ou maladies aient été contractées ou aggravées au cours d'une période durant laquelle il acquérait des droits à pension. () / Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu pour les fonctionnaires de l'Etat par le quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". Les règles fixées par le barème indicatif annexé au décret du 13 août 1968, dans son chapitre préliminaire, ne sont pas applicables aux agents mis à la retraite pour invalidité ne résultant pas de l'exercice des fonctions.
8. D'une part, pour écarter les pathologies tenant à la discopathie lombaire, la discopathie cervicale et l'hyperexcitabilité supra-ventriculaire, la CNRACL fait valoir qu'elles n'ont pas été contractées au cours d'une période durant laquelle Mme E acquérait des droits à pension. Il résulte de l'instruction que l'intéressée a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 25 août 2014, puis a été mise à la retraite pour invalidité le 1er décembre 2019. Dans ces conditions, la discopathie lombaire, la discopathie cervicale et l'hyperexcitabilité supra-ventriculaire, dont il résulte de l'instruction qu'elles ont été contractées en 2015 par Mme E, ont été contractées au cours d'une période durant laquelle l'intéressée était en disponibilité d'office et n'acquérait pas de droits à pension en application des dispositions citées au point 7.
9. D'autre part, pour écarter les pathologies tenant à l'hystérectomie, l'insuffisance veineuse et à l'entorse à la cheville gauche dont Mme E fait l'objet, la CNRACL a repris à son compte le motif retenu par la commission de réforme selon lequel ces pathologies ne permettent pas l'attribution d'un taux d'invalidité conformément au barème indicatif d'invalidité. En outre, s'il est constant que Mme E est atteinte des pathologies susvisées, cette dernière, qui se borne à soutenir qu'elles sont visées par le barème indicatif d'invalidité, ne démontre par aucune pièce versée au dossier, que ces pathologies justifient sa mise à la retraite pour invalidité ni qu'elles auraient été contractées durant l'exercice de ses fonctions. Par suite, c'est par une juste appréciation que la CNRACL a retenu un taux d'invalidité de 20% en tenant uniquement compte du syndrome dépressif de Mme E.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de diligenter l'expertise sollicitée par Mme E, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2019 par laquelle la CNRACL a retenu un taux d'invalidité de 20% pour le calcul de ses droits à pension, ensemble la décision du 20 mai 2020 par laquelle la CNRACL a refusé de réviser le taux d'invalidité retenu. Ces conclusions doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la CNRACL de réviser le taux d'invalidité retenu à son juste quantum en toute hypothèse supérieur à 20%.
Sur les conclusions relatives à l'exécution provisoire du jugement :
11. Dans la mesure où, aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ", les conclusions de Mme E tendant à ce que le tribunal ordonne l'exécution provisoire du présent jugement ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la répartition des frais du litige :
12. D'une part, les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la CNRACL, qui n'est pas partie perdante à l'instance, une quelconque somme à ce titre.
13. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées à ce titre par Mme E doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à la Caisse des dépôts et consignations (CNRACL), et à Me Froger.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président-rapporteur,
M. Israël, premier conseiller,
Mme Potin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
J-Ch. Gracia L'assesseur le plus ancien,
D. Israël
La greffière,
A. Starzynski
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026