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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100036

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100036

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantHADJADJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés les 4 janvier et les 6 et 29 avril 2021, Mme E C, représentée par Me Hadjadj, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, ensemble la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale a rejeté son recours hiérarchique formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale, à titre principal, de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision du recteur de l'académie de Créteil ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du recteur de l'académie de Créteil est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, sa situation justifiant que lui soit accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

- cette illégalité est constitutive d'une faute dont elle est fondée à demander réparation ;

- cette faute lui a causé un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 6 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 février et 7 mai 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2021, le ministre de l'éducation nationale conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 6 janvier 2021, notifiée le jour même, Mme C a été invitée, en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser dans un délai de quinze jours les conclusions indemnitaires de sa requête tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme en réparation du préjudice que lui a causé l'illégalité de la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle par la production de la décision par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable ou, dans l'hypothèse où un rejet implicite aurait été opposé à cette demande, de la preuve de la réception par l'administration d'une telle réclamation.

Par une ordonnance du 10 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2021 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période

- le décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951 portant règlement d'administration publique pour la fixation des règles suivants lesquelles doit être déterminée l'ancienneté du personnel nommé dans l'un des corps de fonctionnaires de l'enseignement relevant du ministère de l'éducation nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacote,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hadjadj, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C a été affectée au collège Condorcet de Maisons-Alfort le 1er septembre 2018. Par un courrier du 13 avril 2020, notifié le 5 mai 2020, elle a sollicité auprès du rectorat de l'académie de Créteil le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison de la situation de harcèlement moral dont elle s'estime victime. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le recteur de l'académie de Créteil sur cette demande. Par un courrier du 4 septembre 2020, reçu le 7 septembre suivant, Mme C a exercé un recours hiérarchique auprès du ministre de l'éducation nationale contre cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le ministre de l'éducation nationale sur ce recours. Par sa requête, Mme C demande au tribunal, d'une part, l'annulation de ces décisions et, d'autre part, la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision du recteur de l'académie de Créteil.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. () ". Aux termes de l'article de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " () le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs () ". L'article 7 de la même ordonnance dispose : " () les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci. / () ". La période mentionnée au I de l'article 1er de cette ordonnance s'étend entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus.

4. Il résulte de ces dispositions que le point de départ du délai de deux mois, fixé par l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, à l'issue duquel est née la décision implicite de rejet, par le recteur de l'académie de Créteil, de la demande de Mme C, a été reporté au 24 juin 2020. Par suite, le délai de recours contentieux contre la décision implicite de rejet née le 24 août 2020 courait jusqu'au 25 octobre 2020 inclus. Ce délai a été interrompu par l'exercice d'un recours hiérarchique présenté par Mme C au ministre de l'éducation nationale par courrier du 4 septembre 2020, reçu le 7 septembre suivant et a recommencé à courir à la date à laquelle une décision implicite de rejet est née sur cette demande, soit le 7 novembre 2020. Par suite, la requête de Mme C, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 4 janvier 2021, n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'indemnisation :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

6. Il résulte de l'instruction que Mme C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation du préjudice moral causé par la décision du recteur de l'académie de Créteil dont elle demande l'annulation. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C a saisi l'administration d'une demande indemnitaire préalable à la saisine du juge administratif. En dépit de la demande de régularisation dans un délai de quinze jours que lui a adressée le tribunal, par lettre du 6 janvier 2021, notifiée le jour même, Mme C n'a pas, à l'expiration du délai qui lui était imparti, régularisé sa requête par la production de la décision par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable ou, dans l'hypothèse où un rejet implicite aurait été opposé à cette demande, de la preuve de la réception par l'administration d'une telle réclamation. Ainsi, en l'absence de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article 11 de la même loi, dans sa rédaction applicable : " A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général.

8. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, les faits répétés en cause doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

9. Mme C soutient, d'une part, avoir fait l'objet de demandes répétées de réunions injustifiées, de certains professeurs et de parents d'élèves auprès de l'inspection académique, faisant état de sa prétendue incompétence et incapacité à gérer un établissement. Toutefois, si l'intéressée a été convoquée à trois reprises au cours de l'année 2019, les 2 avril, 19 juin et 3 septembre, les demandes de réunions auprès de la direction des services départementaux de l'éducation nationale, présentées à l'initiative de membres du personnel enseignant et d'éducation du collège et de syndicats, soutenues pour l'une d'entre elle par un courrier d'associations de parents d'élèves, se bornent à faire état de difficultés rencontrées par les auteurs des demandes avec la direction de l'établissement. Si celle du 3 septembre 2019 avait pour objet de contester la décision de l'administration de maintenir Mme C sur son poste, ces demandes, liées aux dysfonctionnements allégués au sein du collège Condorcet en raison des relations conflictuelles entre la principale et certains membres de l'équipe enseignante, ne sauraient être regardées comme motivées par l'intention de nuire à l'état psychologique de Mme C.

10. Mme C soutient, d'autre part, qu'un préavis de grève, signé par 21 enseignants du collège, a été déposé le 30 août 2019 auprès de l'inspectrice de l'académie de Créteil, mettant en cause sa capacité à assurer la responsabilité d'un collège et demandant son remplacement à la tête de l'établissement et qu'à cette occasion, un tract a été distribué devant le collège sollicitant son départ. Toutefois, il ressort du courrier électronique d'un inspecteur d'académie du 27 juin 2019, tout comme le compte rendu d'entretien professionnel de la requérante au titre de l'année 2019, que des tensions interpersonnelles nées de la confrontation entre les attentes de la cheffe d'établissement nouvellement nommée et une partie de l'équipe éducative existaient au sein de l'établissement, le courriel mettant en avant les difficultés de la prise de poste de l'intéressée en termes notamment de communication, de positionnement, de traitement des incidents de la vie scolaire, questionnant également son mode de pilotage et sa posture, ainsi que son appétence pour la fonction et conduisant à la nomination d'un proviseur adjoint, M. A, pour accompagner et seconder Mme C dans l'exercice de ses missions. L'organisation de la grève, en lien avec l'inquiétude de certains enseignants, en raison des relations conflictuelles entretenues par eux avec la directrice, ne saurait ainsi être regardée comme motivée par l'intention de nuire à l'état psychologique de Mme C. Si cette mobilisation s'est par ailleurs traduite par des articles parus dans la presse locale notamment un article du journal " Le Parisien ", édition du Val-de-Marne, du 3 septembre 2019 indiquant que : " Après un an de " patience ", les enseignants du collège Condorcet à Maisons-Alfort disent avoir atteint " le point de non-retour " et demandent le remplacement de leur principale dont ils dénoncent " l'incompétence " " et un reportage de Radio France du 4 septembre 2019, au sujet de la même grève, ces articles se bornent toutefois à rapporter la nouvelle de la grève et plusieurs propos de grévistes. Ainsi ces articles ne font que rapporter, dans un but informatif, des tensions dans l'établissement entre le personnel enseignant et sa direction ainsi que la situation conflictuelle qui y règne.

11. Mme C soutient ensuite que le harcèlement s'est caractérisé par l'inscription de commentaires déplacés et humiliants sur le tableau d'information de la salle des professeurs et l'affichage de banderoles humiliantes et dégradantes au sein de l'établissement, portant atteinte à sa dignité.

12. Il ressort des pièces du dossier qu'une affiche, prenant la forme d'un bulletin de notes manuscrit, sur lequel Mme C, dont la qualité de principale du collège Condorcet était aussi mentionnée, a été apposé sur les grilles du collège, avec la mention " les résultats sont très insuffisants voire inexistants / manque de relationnel envers les élèves et l'équipe éducative et enseignante / capacité d'adaptation : 0 / etc ", ainsi que " il serait judicieux de faire un bilan de compétences (si toutefois il y en a) / vous devez penser à une reconversion / conclusions / redoublement refusé dans notre établissement " et signé de " certains parents ". Ce placard, affiché sur les grilles de l'établissement, à la vue du personnel, des usagers et des tiers, mettant en cause les compétences professionnelles de la principale d'un collège, est de nature à porter atteinte à la dignité de la requérante. En outre, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que les inscriptions sur le tableau d'information de la salle des professeurs visent nommément Mme C, il ressort du témoignage de M. A, principal adjoint, que ces propos, consultables par tout le personnel de l'établissement, ironiques et blessants, étaient destinés à Mme C en faisant en outre allusion à un rendez-vous, fixé le 1er septembre 2020, pour fêter son départ alors qu'il ressort du courrier électronique du 27 juin 2019 de l'inspecteur d'académie que l'inspection académique avait réaffirmé son soutien à la principale contre un éventuel départ et que lors d'une audience du 19 juin 2019 il avait été rappelé fermement au personnel éducatif que le départ de la cheffe d'établissement n'était pas une option. Le tableau de la salle des professeurs portait, en outre, des considérations, sous forme de paroles transformées de la chanson " Les rois du monde ", sur le pouvoir dans le collège qui serait détenu par les professeurs et d'autres paroles faisant également allusion au départ de la requérante tels que : " Hélène, notre super Hélène, est mise à la porte comme une malpropre " ou " seule sur l'trottoir les yeux pleins d'eau son rêve était trop beau l'hiver qui s'achève elle partira et ne nous reverra pas ". Il ressort par ailleurs du témoignage de M. A, que les règles minimales de courtoisie et de bienséance n'ont pas été respectées durant plusieurs semaines, par la quasi-exclusivité des professeurs qui ne saluaient pas Mme C et l'ignoraient ostensiblement et que cette attitude a pu blesser l'intéressée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été placée en congé maladie pour un syndrome anxio-dépressif du 10 janvier jusqu'au 23 janvier 2019, prolongé à deux reprises jusqu'au 20 février 2019 puis du 3 mars jusqu'au 31 octobre 2020 et reconnu imputable au service par arrêté du 15 mars 2021. Il ressort en outre d'un courrier du 29 juillet 2020 de Mme D, psychologue, que Mme C ne peut plus supporter son environnement de travail décrit comme extrêmement hostile et délétère et qu' " elle décrit à cette période des symptômes anxio-dépressifs majeurs caractérisés notamment par une forte angoisse, un épuisement massif et des manifestations somatiques " et d'un courrier du docteur B, médecin généraliste, que Mme C " présente depuis plus d'un an des troubles du sommeil, des troubles anxieux sévères avec une peur de retourner au travail, une baisse de l'estime de soi, des troubles de la concentration au travail, de la culpabilité, des pleurs récurrents. "

13. Il résulte de ce qui précède que les éléments, soumis à l'appréciation du tribunal par Mme C, sont susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre. A cet égard, le contexte conflictuel des relations entre la principale et certains membres de l'équipe enseignante ou les compétences de l'intéressée à diriger l'établissement ne sauraient faire regarder les agissements en cause comme justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Par suite, eu égard à leur caractère répété, à la dégradation des conditions de travail de l'intéressée et des conséquences sur sa santé qu'ils ont engendrés, les agissements dont a été victime Mme C doivent être regardés comme constitutifs d'un harcèlement moral justifiant que lui soit octroyé le bénéfice de la protection fonctionnelle.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et, par voie de conséquence, la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale a rejeté son recours hiérarchique formé contre cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

16. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le recteur de l'académie de Créteil accorde à Mme C le bénéfice de la protection fonctionnelle. Il y a lieu de l'y enjoindre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a refusé d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme C, ensemble la décision implicite par laquelle le ministre de l'éducation nationale a rejeté son recours hiérarchique formé contre cette décision sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Créteil d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat (recteur de l'académie de Créteil) versera une somme de 1 500 euros à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

J.-N. LACOTE

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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