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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100096

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100096

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDOOKHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 6 janvier 2021, M. D A, représenté par Me Dookhy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2020 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour sans délai à compter du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 1er août 2022, le tribunal a invité la préfète du Val-de-Marne à produire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du

9 octobre 2020 et à préciser le nom du médecin rapporteur, dans un délai de quinze jours. Cet avis a été produit par la préfète du Val-de-Marne le 3 août 2022 et communiqué à Me Dookhy, conseil de M. A, le 11 août 2022.

Par une ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant bangladais né le 13 mars 1976 à Khulna (Bengladesh) est entré en France le 23 juillet 2013 selon ses déclarations afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 10 avril 2014 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 20 novembre 2014 de la Cour nationale du droit d'asile. Le préfet du Val-de-Marne lui a notifié le 17 février 2015 une première mesure d'éloignement que le requérant a contestée devant le tribunal administratif de Melun. Par un jugement du 10 mars 2016, le tribunal a rejeté la requête de M. A. L'OFPRA ayant rejeté la demande de réexamen de la demande d'asile de M. A le 22 novembre 2017, le préfet du Val-de-Marne lui a notifié le 4 avril 2018 une nouvelle mesure d'éloignement. Enfin, le

22 juin 2020, le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 décembre 2020, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d'office.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, Mme B, sous-préfète de l'arrondissement de l'Haÿ-les-Roses, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Val-de-Marne par un arrêté n° 2021/660 du 1er mars 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour, notamment à l'effet de signer les " décisions () relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de l'Haÿ-les-Roses ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Il suit de là que le moyen tiré du vice d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur l'avis émis le 9 octobre 2020 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) selon lequel si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque.

6. M. A, qui indique être atteint d'un syndrome d'apnée du sommeil obstructif sévère, soutient qu'il a besoin d'une prise en charge médicale dont le défaut entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut avoir accès aux soins nécessaires dans son pays d'origine. A l'appui de cette allégation, il produit deux certificats médicaux établis, les

15 octobre 2018 et 17 octobre 2019, par un médecin du service d'oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale de la fondation ophtalmologique Adolphe de Rothschild indiquant que l'état de santé du requérant justifie l'utilisation d'un traitement par pression positive continue. Il produit, également, un certificat médical établi le 4 mai 2020 par un médecin généraliste, qui précise " avoir reçu ce jour M. A (), en consultation " et que " ce patient est suivi pour un syndrome d'apnée du sommeil sévère nécessitant une prise en charge en milieu spécialisé ce qui ne semble pas être possible dans son pays d'origine (Bengladesh) ". L'intéressé se prévaut, en outre, d'extraits d'un article mis en ligne au mois de juillet 2020 sur le site Internet de " Global Voices " évoquant l'épuisement du système médical bangladais face à la crise sanitaire liée à la Covid-19 et à l'augmentation du nombre de cas. Toutefois, ces éléments, qui ne sont pas suffisamment circonstanciés, sont dépourvus de pertinence pour contredire l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché la décision portant refus de séjour d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2020 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction que M. A a présentées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La présidente- rapporteure,

S. C

Le conseiller le plus ancien,

B. DUHAMEL

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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