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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100238

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100238

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantTEFFO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 janvier et 20 juillet 2021, Mme C B, représentée par Me Teffo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de Seine-et-Marne, à qui la requête a été communiquée le 3 février 2021, a transmis des pièces les 29 août et 23 novembre 2022 mais n'a pas produit d'observations.

Une mise en demeure a été adressée le 3 février 2022 au préfet de Seine-et-Marne.

Par ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 janvier 2023 à 12 h 00.

Par une décision du 17 mars 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande présentée le 8 janvier 2021 par Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Teffo, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante ivoirienne née le 2 mars 1946, est entrée en France le 7 août 2017 munie d'un visa Schenghen et déclare s'être maintenue sur le territoire de manière ininterrompue depuis lors. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 17 novembre 2020. A la suite du rejet définitif de sa demande d'asile, le préfet de Seine-et-Marne a édicté un arrêté du 7 décembre 2020, dont elle demande l'annulation en tant que celui-ci porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de renvoi.

2. A titre liminaire, si, par l'arrêté attaqué, le préfet de Seine-et-Marne ne prononce qu'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de renvoi, il doit également être regardé, implicitement mais nécessairement, comme refusant le droit au séjour sollicité par Mme B.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Par une décision du 17 mars 2021, la demande de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été déclarée caduque. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 20/BC/134 du 22 septembre 2020, régulièrement publié, le préfet de Seine-et-Marne a délégué sa signature à M. D E, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant de ses attributions, au nombre desquels figure la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque donc en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Il résulte toutefois des termes de la décision litigieuse que le préfet indique s'être fondé sur les éléments produits, notamment ceux dont a fait état Mme B dans le cadre de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Il a, dès lors, mené un examen approfondi de sa situation. Ainsi, en l'état des éléments versés au dossier, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 423-23 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir () ".

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser le droit au séjour de Mme B, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé notamment sur sa déclaration, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 12 avril 2018, où elle fait état de sa qualité de personne célibataire et sans charge et sur l'absence d'élément démontrant le défaut d'attaches personnelles dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 71 ans. De plus, Mme B fait valoir la présence en France de sa sœur, naturalisée française depuis 2001, le service de son père décédé dans les rangs de l'armée française entre 1933 et 1940 ainsi que la présence de sa fille, mariée à un ressortissant français depuis 2001 et de leurs trois enfants, chez qui elle est hébergée. Toutefois, les seules allégations de la requérante, si elles sont de nature à démontrer tout au plus l'intensité de ses liens avec sa fille et ses petits enfants qui l'hébergent, sont insuffisantes pour caractériser l'ancienneté et la stabilité de tels liens, notamment concernant la période pendant laquelle elle a été séparée géographiquement de sa fille depuis 2001. En outre, elle ne fournit aucun élément sur la nature de ses relations avec sa sœur et la circonstance que son père décédé ait servi au sein de l'armée française ne suffit pas à démontrer que la requérante a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, alors qu'il est constant qu'elle a vécu en Côte d'Ivoire jusqu'à l'âge de 71 ans. En outre, si elle allègue être veuve, elle ne l'établit pas. Par conséquent, en l'état des éléments dont fait état Mme B, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, par la décision attaquée, porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et, par suite, n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être énoncé, et en l'absence de tout élément attestant de démarche particulière d'insertion socio-professionnelle ni davantage de nature à caractériser les persécutions auxquelles elle serait exposée en cas de retour en Côte d'Ivoire, que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, par la décision attaquée, porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Les moyens étant invoqués de manière identique à l'encontre tant de la décision portant refus de séjour que celle portant obligation de quitter le territoire français, il y a lieu de d'écarter pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, les moyens ainsi que, par suite, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doit être rejeté.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Teffo.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2023.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. FLa greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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