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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100383

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100383

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGENIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 décembre 2020, enregistrée le 14 janvier 2021 au greffe du tribunal administratif de Melun, le président du tribunal administratif de Paris a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis la requête présentée à ce tribunal par M. E C.

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2020 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. C, représentée par Me Genies, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2020 par lequel le préfet de la région Ile-de-France lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter du 24 juillet 2020 dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétence ;

- il est insuffisamment motivée ;

- il est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas fautifs ;

- la sanction prononcée est disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 23 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 décembre 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, agent d'exploitation principal des travaux publics affecté à l'arrondissement de gestion et d'exploitation et d'intervention de la route Sud de l'unité d'exploitation de la route de Chevilly-Larue du centre d'exploitation et d'intervention de la direction des routes d'Ile-de-France, s'est vu infliger, par un arrêté du 24 juillet 2020 du préfet de la région Ile-de-France, une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de douze mois. Par sa requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 janvier 2020, régulièrement publié le 15 janvier 2020 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture d'Ile-de-France, le préfet de la région Ile-de-France a donné délégation à Mme D A, directrice régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement de la région Ile-de-France et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, tous arrêtés, décisions ou pièces relevant de la délégation de pouvoir consentie par la réglementation en vigueur au préfet de la région d'Ile-de-France en matière de gestion de certains personnels occupant un emploi dans les services déconcentrés du ministère chargé du développement durable et du ministère des transports au nombre desquels figure nécessairement l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est, dès lors, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " I.- Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article. / Il est interdit au fonctionnaire : / 1° De créer ou de reprendre une entreprise lorsque celle-ci donne lieu à immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ou à affiliation au régime prévu à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale, s'il occupe un emploi à temps complet et qu'il exerce ses fonctions à temps plein ; / 2° De participer aux organes de direction de sociétés ou d'associations à but lucratif ; () / III.- Le fonctionnaire qui occupe un emploi à temps complet peut, à sa demande, être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à accomplir un service à temps partiel pour créer ou reprendre une entreprise et à exercer, à ce titre, une activité privée lucrative. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté est fondé sur la circonstance que M. C exerce une activité accessoire au sein d'une entreprise de voiture de transport avec chauffeur (VTC) sans autorisation et a refusé après plusieurs demandes de sa hiérarchie de cesser son activité ou de solliciter un temps partiel pour pouvoir exercer son activité privée.

6. M. C allègue qu'il n'a jamais exercé son activité de VTC en même temps que ses horaires de travail, qu'il a fermé son établissement le 31 décembre 2018, qu'aucune disposition n'interdit la direction ou la gérance d'une entreprise en parallèle de ses fonctions, qu'il n'a retiré aucune rémunération de son activité et qu'elle ne peut donc être qualifiée de lucrative.

7. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a enregistré une société au registre du commerce et des sociétés de Créteil avec une création effective au 1er mars 2016 soit en contrevenant aux dispositions précitées et alors qu'un cumul d'activité lui a été explicitement refusé le 10 février 2017. La circonstance, à la supposer établie, qu'il n'aurait pas perçu de rémunération de cette activité est à cet égard sans influence dès lors que son entreprise a un objet lucratif et n'entre dans aucune des catégories d'entreprises soumises à simple déclaration auprès de l'administration. Si M. C établit avoir procédé à la dissolution de sa société le 31 décembre 2018, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est resté inscrit sur le registre d'immatriculation des chauffeurs de VTC en dépit de la dissolution de son entreprise et des mises en demeure de l'administration de se désinscrire et que l'intéressé a créé une nouvelle société par actions simplifiées le 14 août 2019 ayant été enregistrée au registre des VTC avec effet au 10 mars 2020. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 6 août 2018, l'administration a mis en demeure M. C de cesser cette activité de chauffeur VTC, que, par courrier du 30 août 2018, l'intéressé a sollicité un délai pour se mettre en conformité avec ses obligations, lui permettre d'honorer des contrats et de rembourser l'achat d'un véhicule en précisant qu'il était disposé à accepter un temps partiel, que, par courrier du 27 septembre 2018, l'administration a indiqué qu'elle émettrait un avis favorable à cette demande de temps partiel sous réserve que l'intéressé transmette les modalités d'exercice de cette activité accessoire pour lui garantir un temps de repos suffisant et de lui faire parvenir une demande d'autorisation de cumul et de temps partiel avant le 15 octobre 2018, repoussée au 31 décembre 2019 par courrier du 14 décembre 2018, puis jusqu'au 4 mars 2019. Par un courrier du 2 mars 2019, l'intéressé a indiqué qu'il souhaitait poursuivre son emploi public à temps plein tout en continuant son activité de VTC. Par courrier du 28 mars 2019, l'administration a, de nouveau, laissé jusqu'au 5 avril 2019 à l'intéressé pour régulariser sa situation, ce qu'il n'a pas fait, réitérant son refus d'obéir aux injonctions qui lui ont été faites. Par suite, les faits ainsi reprochés sont établis et de nature à justifier l'infliction d'une sanction disciplinaire.

8. En dernier lieu, compte-tenu de leur gravité et de leur caractère répété et des mises en demeure répétées adressées à M. C de se mettre en conformité au regard de ses obligations statutaires et des règles relatives aux autorisations de cumul d'activité privée lucrative et en dépit de l'absence d'antécédent disciplinaire, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de 12 mois n'est pas disproportionnée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2020 par lequel le préfet de la région Ile-de-France lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de douze mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Jean-Claude C, au préfet de la région d'Ilede-France, et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le rapporteur,

J.-N. B

Le président,

S. DEWAILLYLa greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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