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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100580

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100580

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantRAJKUMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2021, la société à responsabilité limitée RTC, représentée par Me Rajkumar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 40 818 euros ainsi que la décision du 20 novembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de la décision jusqu'au prononcé de la décision de la juridiction répressive saisie.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées par l'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la relation de travail entre la société RTC et les travailleurs visés par les décisions attaquées n'est pas établie ;

- à titre subsidiaire, la société RTC n'a pas encore été jugée par le tribunal correctionnel de Meaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2021, l'OFII, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens soulevés par la société RTC ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions sollicitées à titre subsidiaire à fin de suspension de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 7 août 2019, les services de la gendarmerie nationale ont constaté la présence, à bord d'un véhicule utilitaire appartenant à la société RTC, de deux ressortissants pakistanais dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'OFII en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 29 septembre 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société RTC la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 200 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros. La société RTC demande au tribunal d'annuler la décision du 29 septembre 2020 ainsi que celle du 20 novembre 2020 par laquelle le directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la signataire des décisions, Mme B A, cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII, a reçu délégation du directeur général de l'OFII, par la décision n° INTV1932809S en date du 19 décembre 2019 régulièrement publiée le même jour sur le site internet de l'OFII, à l'effet de signer notamment l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, la société RTC n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'incompétence.

3. En deuxième lieu, la décision du 29 septembre 2020 vise les dispositions dont le directeur général de l'OFII a entendu faire application, et fait référence au procès-verbal établi le 7 août 2019 ainsi qu'à la lettre du 15 juillet 2020 dans laquelle l'OFII lui a donné un délai de quinze jours pour lui faire connaître ses observations relatives à l'emploi de deux salariés démunis d'un titre de séjour et de titre les autorisant à travailler qui lui était reproché. Cette décision mentionne également le montant et le mode de calcul des contributions spéciale et forfaitaire qu'elle applique. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ".

5. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur. En outre, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement.

6. La société RTC soutient que la réalité de la relation de travail n'est pas établie dès lors que les deux ressortissants pakistanais mentionnés dans la décision en litige n'ont pas été contrôlés en action de travail. Il résulte, cependant, de l'instruction et notamment du

procès-verbal d'infraction que les gendarmes ont constaté le matin du 7 août 2019, la présence de deux ressortissants pakistanais dans un véhicule utilitaire appartenant à la société RTC conduit par un salarié de la société. Les deux passagers ont déclaré qu'ils se rendaient sur un chantier où ils étaient chargés de poser du carrelage. Le premier a indiqué qu'il travaillait de manière déclarée depuis février 2019 pour la société RTC et qu'il n'avait fourni que son passeport pakistanais lors de son embauche. Le second a admis travailler depuis quelques jours pour cette société et n'avoir remis aucun document administratif à l'occasion de son embauche. Si, lors de son audition par les services de gendarmerie, le gérant de la société n'a reconnu l'emploi que du premier passager, les éléments mentionnés ci-dessus permettent d'établir que les deux hommes contrôlés alors qu'ils étaient passagers de la camionnette de la société requérante étaient bien des salariés de la société RTC.

7. En quatrième et dernier lieu, la société RTC ne peut utilement se prévaloir des vices propres de la décision du 20 novembre 2020 qui se borne à statuer sur le recours gracieux qu'elle a présenté à l'encontre de la décision du 29 septembre 2020.

8. Il résulte de ce qui précède que la société RTC n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'OFII du 29 septembre 2020 ainsi que de la décision du 20 novembre 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire :

9. Les dispositions du code de justice administrative ne prévoient pas qu'une partie puisse demander au juge de suspendre l'exécution d'une décision administrative au cas où les conclusions qu'elle présente devant lui seraient rejetées. Au demeurant, ni les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail ni celles de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent la mise à la charge de l'employeur de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire à la condition que les faits qui les fondent constituent une infraction pénale. Par suite, les conclusions présentées par la société RTC tendant à ce que soit suspendue l'exécution de la décision de l'OFII tant que le juge pénal ne s'est pas prononcé ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société RTC est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société RTC, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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