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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100646

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100646

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantGMR AVOCATS - GRANGE - MARTIN - RAMDENIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier 2021 et 8 juillet 2021, la société à responsabilité limitée Concept Immo 157, représentée par son gérant en exercice, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme du 24 novembre 2020 par lequel le maire de Perthes-en-Gâtinais a déclaré non réalisable l'opération de construction d'une maison d'habitation, portant sur la parcelle cadastrée section AE n° 87 située 5 allée des Acacias ;

2°) d'enjoindre au maire de Perthes-en-Gâtinais de procéder à une nouvelle instruction de sa demande de certificat d'urbanisme dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Perthes-en-Gâtinais la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors que le terrain d'assiette du projet avait fait l'objet d'un certificat d'urbanisme positif le 29 septembre 2017 et que le plan local d'urbanisme n'a fait l'objet d'aucune modification depuis cette date ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que des constructions nouvelles ont été édifiées récemment, que la commune pouvait réaliser les éventuels travaux nécessaires, que le terrain est classé en zone UB 1 et que l'annexe du plan local d'urbanisme n'émet aucune réserve concernant le réseau public d'eau dont les capacités satisfont les besoins actuels et futurs ;

- elle ne peut se fonder sur les dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme qui est inopérant ;

- elle est victime de discrimination, des propriétaires d'autres secteurs de la commune s'étant vus délivrer des permis de construire depuis 2014 alors que le droit de propriété est déclaré absolu.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2021, la commune de Perthes-en-Gâtinais, représentée par Me Ramdenie, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'existence d'un certificat d'urbanisme positif du 29 septembre 2017 est inopérant ;

- la mention de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme constitue une erreur matérielle sans incidence sur la légalité du certificat d'urbanisme négatif ;

- aucune erreur de fait ni aucune erreur manifeste d'appréciation n'ont été commises dès lors que le réseau public de distribution d'eau potable était effectivement insuffisant au jour de l'édiction du certificat d'urbanisme ; pour le même motif, d'autres projets ont été refusés par la commune ;

- elle sollicite une substitution de motifs tirée de l'insuffisance du dossier de demande dès lors que la notice descriptive du projet indique que le projet porte sur une opération de construction à usage d'habitation, sans préciser le nombre de constructions et leur localisation approximative sur le terrain.

Par une lettre du 3 mars 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er avril 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Concept Immo 157 a sollicité le 28 septembre 2020 la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel afin de réaliser une opération de construction d'une maison d'habitation, portant sur la parcelle cadastrée section AE n° 87 située 5 allée des Acacias à Perthes-en-Gâtinais. Le 24 novembre 2020, le maire de Perthes-en-Gâtinais lui a délivré un certificat d'urbanisme l'informant que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération envisagée. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal l'annulation de ce certificat d'urbanisme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. / Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'État, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer. () ".

3. La société requérante soutient que la décision attaquée est illégale dès lors que le terrain avait fait l'objet d'un certificat d'urbanisme positif le 29 septembre 2017 et que le plan local d'urbanisme n'a fait l'objet d'aucune modification depuis cette date. Toutefois, si la règle fixée au b) du premier alinéa de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, cité au point précédent, confère à la personne à laquelle un certificat d'urbanisme a été délivré un droit, pendant un délai de dix-huit mois, à voir sa demande d'autorisation ou sa déclaration préalable examinée au regard des dispositions d'urbanisme mentionnées dans ledit certificat et la prémunit ainsi contre les modifications de la réglementation, elle n'a ni pour objet ni pour effet de conférer au titulaire d'un certificat d'urbanisme un droit acquis dans le cadre d'une nouvelle demande de certificat d'urbanisme. En tout état de cause, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de la délivrance, le 29 septembre 2017, soit plus de dix-huit mois avant l'édiction du certificat contesté, d'un précédent certificat d'urbanisme d'information présenté sur le fondement du a) du premier alinéa de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme concernant la parcelle en litige dès lors que la délivrance d'un tel certificat d'urbanisme ne fait pas obstacle à ce que le maire de Perthes-en-Gâtinais refuse le certificat sollicité en tenant compte de l'état de l'équipement public connu à la date de délivrance du certificat contesté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ". Il résulte de ces dispositions qu'un certificat d'urbanisme doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation. Si ces dispositions n'imposent pas que l'autorité délivrant le certificat soit en mesure de fixer la date précise d'achèvement des travaux, l'intention de les réaliser doit pouvoir être établie. Tel peut être le cas si les procédures nécessaires à leur réalisation ont été engagées à la date de délivrance du certificat d'urbanisme litigieux.

5. La société requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que des constructions nouvelles ont été édifiées récemment, que la commune pouvait réaliser les éventuels travaux nécessaires, que le terrain est classé en zone UB 1 et que l'annexe du plan local d'urbanisme n'émet aucune réserve concernant le réseau public d'eau dont les capacités satisfont les besoins actuels et futurs. Toutefois, il est constant que la communauté d'agglomération du pays de Fontainebleau en charge de la gestion des réseaux publics a émis, le 26 octobre 2020, un avis défavorable au projet litigieux dans lequel elle précisait que le réseau d'eau potable public de la commune de Perthes-en-Gâtinais n'est plus en capacité de délivrer la pression nécessaire pour fournir en eau potable les nouveaux projets et qu'elle ne peut s'engager sur un délai de mise en conformité du réseau public. En outre, il ressort également des pièces du dossier, en particulier de la note de calcul remise le 22 mai 2014 par le bureau d'étude Segi, que la pression du réseau d'eau potable de Perthes-en-Gâtinais est d'ores et déjà insuffisante pour desservir le centre-ville. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que des travaux aient été réalisés ni même entrepris pour augmenter la capacité du réseau de distribution d'eau potable à la date de délivrance du certificat d'urbanisme litigieux, des projets de construction ou d'aménagement s'étant également vus opposer des refus par la commune en raison de l'insuffisance toujours caractérisée du réseau public de distribution d'eau alors qu'il est constant que la communauté d'agglomération du pays de Fontainebleau a entrepris la première partie des travaux nécessaires seulement à compter du mois d'avril 2021. Ainsi, s'il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet est effectivement desservi par le réseau de distribution d'eau public, la commune de Perthes-en-Gâtinais est fondée à soutenir qu'à la date à laquelle a été délivré le certificat d'urbanisme, ce réseau était insuffisant pour permettre la desserte dans des conditions satisfaisantes d'une construction supplémentaire et qu'elle n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai les travaux nécessaires à la desserte du projet en eau potable seraient exécutés. Par suite, les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme doivent être écartés.

6. En troisième lieu, la société requérante soutient que la décision attaquée ne peut être fondée sur les dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme qui est inopérant. Toutefois, la commune fait valoir, sans être contredite, que la mention de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme constitue une erreur matérielle sans incidence sur la légalité du certificat d'urbanisme négatif. En effet, il ressort des termes-mêmes de la décision attaquée qu'elle énonce le contenu des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et non celui des dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, cette pure erreur matérielle est sans incidence sur les dispositions applicables. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. En dernier lieu, la société requérante soutient qu'elle est victime de discrimination, des propriétaires d'autres secteurs de la commune s'étant vus délivrer des permis de construire depuis 2014 alors que le droit de propriété est déclaré absolu. Toutefois, cette circonstance ne suffit pas à établir que la société requérante aurait été victime de discrimination dans l'examen de sa demande, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le certificat attaqué ait été motivé par d'autres considérations que celles de faire respecter la législation et la réglementation d'urbanisme en tenant compte de l'état de l'équipement public connu à la date de délivrance du certificat contesté. Ainsi, la discrimination alléguée n'est pas établie.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motifs sollicitée en défense, que les conclusions à fin d'annulation du certificat d'urbanisme du 24 novembre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Perthes-en-Gâtinais, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Perthes-en-Gâtinais et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Concept Immo 157 est rejetée.

Article 2 : La SARL Concept Immo 157 versera à la commune de Perthes-en-Gâtinais la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Concept Immo 157 et à la commune de Perthes-en-Gâtinais.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

F. ALa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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