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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100662

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100662

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSOURTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 janvier la SARL Iva Bat, représentée par Me Sourty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de deux étrangers dans leur pays d'origine pour un montant total de 19 276 euros, ainsi que la décision du 19 mai 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'annuler les deux titres de perception émis le 7 avril 2020 pour avoir paiement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire résultant de la décision du 14 janvier 2020 ;

3°) de la décharger du paiement des sommes correspondantes ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 14 janvier 2020 lui appliquant les contributions spéciale et forfaitaire en litige est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 8221-5 du code du travail et l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les titres de perception correspondant au recouvrement des contributions spéciale et forfaitaire sont entachées d'incompétence dès lors que le directeur général de l'OFII est le seul ordonnateur compétent ;

- les titres de perception en litige sont entachés d'illégalité dès lors que les contributions en litige qui en constituent le fondement sont-elles mêmes entachées d'illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Iva Bat ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion du contrôle d'un véhicule appartenant à la SARL Iva Bat, les services de la gendarmerie nationale ont constaté la présence de deux ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France et déclarés par la

SARL Iva Bat. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 14 janvier 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la SARL Iva Bat la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 480 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 796 euros. La SARL Iva Bat a formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 19 mai 2020, le directeur général de l'OFII a rejeté ce recours gracieux. La SARL Iva Bat demande au tribunal d'annuler ces décisions. Elle doit également être regardée comme demandant l'annulation des titres de perception émis le 7 avril 2020 pour le recouvrement des contributions ci-dessus mentionnées.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions du directeur général de l'OFII :

2. En premier lieu, la décision du 14 janvier 2020 est signée par Mme I C, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'OFII, qui a reçu délégation à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances relevant des compétences du service juridique, dont les décisions relatives aux contributions spéciales et contributions forfaitaires représentatives des frais de réacheminement, en vertu d'une décision du 19 décembre 2019 portant délégation de signature au sein de l'établissement public régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

5. D'une part, la SARL Iva Bat conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés en faisant valoir que l'OFII ne démontre pas la situation d'emploi d'étranger non muni d'une autorisation de travail ou en situation irrégulière. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal d'audition de M. D G, ressortissant serbe, et de celui de

M. A H, ressortissant macédonien, et du gérant de la société, M. B, que ces

deux ressortissants étrangers ont présenté au moment de leur embauche par la SARL Iva Bat les papiers d'identité des pays dont ils ont la nationalité et que la société n'a pas procédé aux vérifications auprès des services préfectoraux afin de savoir si ces étrangers pouvaient travailler en France. Il s'ensuit que l'emploi des deux travailleurs dépourvus d'un titre de séjour les autorisant à travailler et à séjourner sur le territoire français est établi. D'autre part, si la société soutient qu'elle est de bonne foi dès lors qu'elle a déclaré ces salariés auprès des organismes sociaux avant leur embauche, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des sanctions prononcées à l'encontre de la société. Il résulte de ce qu'il précède que c'est sans méconnaître les dispositions citées au point 3 que le directeur général de l'OFII a pris la décision du 14 janvier 2020 appliquant à la société requérante les contributions spéciale et forfaitaire.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception émis le 7 avril 2020 :

6. En premier lieu, l'article L. 8253-1 du code du travail dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'État selon des modalités définies par convention. L'État est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. " et l'article L. 822-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions du 4ème alinéa de l'article L. 626-1 de ce code, prévoit que : " L'État est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du présent code les dispositions des articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. ". L'article R. 8253-4 du code du travail prévoit, dans sa version en vigueur depuis le 28 février 2020, que : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1. Le ministre chargé de l'immigration est l'autorité compétente pour la liquider et émettre le titre de perception correspondant. La créance est recouvrée par le comptable public compétent comme en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les services de l'État assurent pour le compte de l'OFII le recouvrement des créances afférentes aux contributions spéciale et forfaitaire dues par l'employeur d'un travailleur étranger non autorisé à travailler, et qu'il appartient au ministre d'émettre le titre de perception correspondant.

7. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente pour émettre un titre de perception en vue du recouvrement de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail ou de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine est le ministre chargé de l'immigration.

8. Il résulte de l'instruction que le signataire des titres de perception en litige est M. E F, directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier, compétent en vertu des dispositions du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement.

9. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 5, la SARL Iva Bat n'est pas fondée à soutenir que les titres de perception en litige doivent être annulés par voie de conséquence de l'illégalité de la décision du 14 janvier 2020.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par la SARL Iva Bat doit être rejetée, y compris les conclusions qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Iva Bat est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Iva Bat, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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