mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2100663 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PIERRE-DUMAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2021 et le 1er avril 2021, la société SMAP Espaces Verts, représentée par Me Pierre-Dumaine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2020 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France a refusé de renouveler son agrément en qualité d'entreprise adaptée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France de lui accorder cet agrément pour la période 2021-2025.
Elle soutient que c'est à tort que le préfet de la région d'Ile-de-France :
- a considéré qu'elle n'a pas assuré un accompagnement social effectif de ses salariés handicapés ;
- a retenu qu'elle a manqué à la réglementation du travail alors qu'elle a régularisé tous les manquements soulevés par l'inspection du travail ;
- a considéré qu'elle a manqué à son obligation de rendre compte de ses activités et de l'accompagnement des travailleurs handicapés auprès de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France ;
- a considéré que le bilan qualitatif de l'accompagnement social et professionnel de l'année 2020 n'a pas été transmis ;
- n'a pas tenu compte de sa situation particulière en tant qu'employeur de salariés handicapés et du bilan annuel qui lui a été communiqué le 5 novembre 2020.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 5 mars 2021, le préfet de la région d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société SMAP Espaces Verts ne sont pas fondés.
Le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi a présenté des observations le 26 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère ;
- et les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 11 septembre 2020, la société SMAP Espaces Verts a sollicité auprès de l'administration le renouvellement de son agrément en qualité d'entreprise adaptée qui arrivait à échéance le 31 décembre 2020. Par une décision du 30 novembre 2020 dont la société SMAP Espaces Verts demande l'annulation, le préfet de la région d'Ile-de-France a rejeté sa demande au motif qu'elle n'avait pas respecté les clauses du précédent contrat d'objectif triennal valant agrément " entreprise adaptée " pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article L. 5213-13 du code du travail dispose que : " L'Etat agrée en qualité d'entreprise adaptée des structures qui répondent aux critères prévus à l'article L. 5213-13-1. Il conclut avec elles des contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens valant agrément. " En outre, l'article 13 de contrat pluriannuel d'objectifs signés par l'administration et la société SMAP Espaces Verts stipule que le renouvellement du contrat " est subordonné au respect de l'ensemble des engagements prévus dans le présent contrat ".
En ce qui concerne l'accompagnement social et professionnel des salariés handicapés :
3. D'une part, aux termes de l'article L.5213-13-1 du même code : " () Ces entreprises emploient des proportions minimale et maximale, fixées par décret, de travailleurs reconnus handicapés, qu'elles recrutent soit sur proposition du service public de l'emploi, soit directement, en application de critères déterminés par arrêté du ministre chargé de l'emploi. / Elles mettent en œuvre pour ces salariés un accompagnement spécifique destiné à favoriser la réalisation de leur projet professionnel, la valorisation de leurs compétences et leur mobilité au sein de l'entreprise elle-même ou vers d'autres entreprises. ". Aux termes de l'article R 5213-66 du code du travail : " Afin de favoriser la réalisation des projets professionnels des salariés ou des personnes détenues ayant signé un contrat d'emploi pénitentiaire, la valorisation de leurs compétences et leur mobilité professionnelle au sein de l'entreprise adaptée elle-même ou vers d'autres employeurs, l'entreprise adaptée met en œuvre, au titre de l'accompagnement spécifique, un parcours d'accompagnement individualisé qui tient compte des besoins et capacités des travailleurs handicapés qu'elle emploie ou des personnes détenues reconnues travailleurs handicapés ayant signé un contrat d'emploi pénitentiaire. Cet accompagnement peut comprendre, notamment, une aide à la définition du projet professionnel, des actions de formation professionnelle et des actions d'évaluation des compétences ".
4. D'autre part, l'article 2 du contrat d'objectifs triannuel (COT) conclu pour la période 2018-2020 stipulait que l'entreprise serait évaluée avant le 31 décembre 2018 notamment " sur la mise en place d'une gestion RH de qualité, avec pour objectif le développement des compétences des travailleurs handicapés au sein d'un parcours d'intégration adapté à chacun. Cette orientation, déjà prévu au sein du précédent COT, se matérialisera par l'utilisation d'outils adaptés à chacun (tutorat, entretiens individuels, intervention d'une psychologue et d'une assistante sociale) ". Par ailleurs, l'article 6 de cette convention stipulait que l'entreprise devait " définir des objectifs à atteindre et les moyens et modalités à mettre en œuvre pour y parvenir notamment par l'élaboration de plans de formation, de base ou qualifiante et d'adaptation au poste de travail pour les travailleurs handicapés et pour le personnel d'encadrement afin de mettre en place une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, alors que, par une lettre du 30 mars 2017 puis par un courriel du 21 juin 2018, l'administration a indiqué de manière détaillée ce qui était attendu de la société requérante au titre de l'accompagnement social et professionnel des salariés handicapés et que par des courriels des 7 février et 28 mai 2020, elle a demandé de manière réitérée à la société SMAP Espaces Verts de lui transmettre le plan formalisé d'accompagnement social et professionnel de l'entreprise ainsi que celui des formations, la société SMAP Espaces Verts s'est contentée d'indiquer dans son bilan qualitatif de l'année 2020 qu'elle avait " pris conscience de la nécessité de faire appel aux compétences extérieures pour mener à bien l'accompagnement social de nos salariés " qu'elle leur proposait une " réorientation vers les organismes compétents en fonction de la problématique sociale ", sans apporter aucune réelle précision sur le contenu des mesures d'accompagnement mises en place ainsi que sur sa politique de formation. Au demeurant, il est constant que le poste de directeur des ressources humaines de la société SMAP Espaces Verts, auquel incombait la mission d'accompagnement social et professionnel des salariés handicapés, n'était plus pourvu depuis le 28 juin 2019. Dans ces conditions, le préfet de la région d'Ile-de-France a considéré à bon droit que la société SMAP Espaces verts n'avait pas mis en place l'accompagnement spécifique prévu par l'article L. ²5213-13-1 du code du travail.
En ce qui concerne les manquements relevés par l'inspection du travail :
6. L'article L. 5213-14 du code du travail prévoit que toutes les dispositions du code du travail sont applicables aux travailleurs handicapés salariés des entreprises adaptées.
7. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par la société requérante que l'inspection du travail a relevé, à l'occasion d'une visite de contrôle le 17 février 2017, que la société SMAP Espaces Verts ne disposait pas de vestiaires conformes aux dispositions de l'article R. 4228-1 du code du travail et que, malgré des mises en demeure, des visites de contrôle et une amende administrative, les vestiaires n'ont été mis en conformité qu'en juillet 2019. Il ressort également des pièces du dossier que l'inspection du travail a constaté des manquements dans le suivi médical des salariés handicapés ainsi que dans les équipements de protection individuelle fournis et que l'organisation des élections du comité social et économique a eu lieu avec plus de deux mois de retard, après deux rappels de l'administration. La circonstance que les manquements relevés par l'inspection du travail ont tous été régularisés est sans incidence sur la légalité de la décision du préfet qui a estimé, à bon droit, que la société requérante avait commis des manquements à la réglementation du travail.
En ce qui concerne le contrôle de l'exécution du contrat d'objectif pluriannuel :
8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5213-68 du code du travail : " I. Le préfet contrôle l'exécution du contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens. L'entreprise adaptée lui fournit, à sa demande, tout élément permettant de vérifier la bonne exécution du contrat, la réalité des actions mises en œuvre, ainsi que leurs résultats. " De plus, l'article 13 du COT stipule que " L'entreprise s'engage à faciliter, a tout moment, le contrôle de l'administration notamment par l'accès à toute pièces justificative des dépenses et tout autre document dont la production serait jugée utile ".
9. Si la société SMAP Espaces Verts soutient qu'elle a toujours fait preuve de bonne volonté pour faciliter les contrôles de l'administration, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des correspondances produites par le préfet de la région d'Ile-de-France, que celui-ci a régulièrement rencontré des difficultés pour se faire communiquer par la société SMAP Espaces Verts les documents nécessaires à son contrôle et que celle-ci a, de manière habituelle, tardé à prendre en compte les observations et préconisations de l'administration. Dans ces conditions, le préfet a pu relever à bon droit que la société requérante, par son comportement, n'avait pas mis l'administration en mesure de vérifier la bonne exécution du contrat.
10. En second lieu, aux termes de l'article R. 5213-67 du code du travail : " L'entreprise adaptée transmet au préfet de région du ressort de chaque établissement ses comptes annuels et un bilan annuel d'activité présentant, pour les travailleurs reconnus handicapés ou pour les personnes détenues reconnues travailleurs handicapés ayant signé un contrat d'emploi pénitentiaire qu'elle accompagne, les actions mises en œuvre et leurs résultats ainsi que les moyens affectés à la réalisation de ces actions. / Il précise les réalisations menées en termes d'accompagnement individualisé, notamment en matière de formation et d'encadrement destiné à favoriser le projet professionnel, ainsi que les résultats constatés en matière d'accès et de maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés ".
11. Il est constant que malgré les demandes de l'administration, la société SMAP Espaces Verts n'a pas communiqué son bilan annuel en amont du dialogue de gestion approfondi qui a été organisé le 8 octobre 2020 ainsi que l'a retenu le préfet dans sa décision du 30 novembre 2020. Si la société SMAP Espaces Vert fait valoir qu'elle a finalement transmis son bilan le 5 novembre 2020 et de ce que son retard est imputable à la crise sanitaire, elle n'apporte aucun élément de nature à étayer cette dernière allégation.
En ce qui concerne l'examen de sa demande de renouvellement d'agrément :
12. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le préfet de la région d'Ile-de-France n'ait pas tenu compte du bilan annuel pour l'année 2020 de la société SMAP Espaces Verts et qu'il n'ait pas procédé à un examen sérieux de sa situation dans le cadre de l'étude de sa demande de renouvellement d'agrément.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de la société SMAP Espaces Verts doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la société SMAP Espaces Verts est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SMAP Espaces Verts et au préfet de la région d'Ile-de-France.
Copie pour information en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
M. Dominique Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
F. BouchetLe président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026