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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100772

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100772

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantZIEGLER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2021, la SARL New Imperial, représentée par Me Ziegler, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de deux étrangers dans leur pays d'origine pour un montant total de 19 218 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire les montants des contributions mises à sa charge.

Elle soutient que :

- la décision du 12 janvier 2021 lui appliquant les contributions spéciale et forfaitaire en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la société ignorait au moment du contrôle que les travailleurs étrangers étaient dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France et elle a tout de suite pris les mesures nécessaires à la suite de ce contrôle ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les deux étrangers concernés n'ont pas fait l'objet d'une mesure d'expulsion et sont repartis dans leur pays d'origine par leurs propres moyens ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le montant des contributions réclamées ne devait pas excéder la somme de 15 000 euros ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 8253-2 du code du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la SARL New Imperial ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion du contrôle d'un restaurant appartenant à la SARL New Imperial, les services de police ont constaté la présence de deux ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à exercer une activité salariée en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 12 janvier 2021, le directeur général de l'OFII a appliqué à la SARL New Imperial la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 600 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros. La SARL New Imperial demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du directeur général de l'OFII :

2. En premier lieu, la signataire de la décision du 12 janvier 2021, Mme B A, adjointe à la cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII, a reçu délégation du directeur de l'OFII, par la décision n° INTV1932809S en date du 19 décembre 2019 régulièrement publiée le même jour sur le site internet de l'OFII, à l'effet de signer notamment l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui () infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction.

4. La décision du 12 janvier 2021 mentionne les dispositions applicables du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le relevé des infractions par référence au procès-verbal établi à la suite du contrôle le 6 octobre 2020, ainsi que le montant de la somme due et précise en annexe le nom des salariés concernés. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

6. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

7. La SARL New Imperial soutient qu'elle était dans l'impossibilité de vérifier l'authenticité des titres de séjour présentés lors de leur embauche par les deux travailleurs étrangers mentionnés dans la décision en litige. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du

procès-verbal d'audition de ces deux travailleurs et du gérant de la société que ces ressortissants étrangers ont présenté au moment de leur embauche par la SARL New Imperial des photocopies de leurs titres de séjour et que la société n'a pas procédé aux vérifications auprès des services préfectoraux afin de savoir si ces étrangers pouvaient travailler en France. Il s'ensuit que l'emploi des deux travailleurs dépourvus d'un titre de séjour les autorisant à travailler et à séjourner sur le territoire français est établi. En outre, si la société soutient qu'elle est de bonne foi dès lors que les salariés concernés ont démissionné à la suite du contrôle, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des sanctions prononcées à l'encontre de la société. Il résulte de ce qu'il précède que c'est sans méconnaître les dispositions citées au point 5 que le directeur général de l'OFII a pris la décision du 12 janvier 2021 appliquant à la société requérante les contributions spéciale et forfaitaire.

8. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas la mise à la charge de l'employeur de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine à la justification par l'administration du caractère effectif de ce réacheminement. Il s'ensuit que la circonstance à la supposer établie que les deux travailleurs concernés n'auraient pas fait l'objet d'un arrêté d'expulsion et seraient rentrés en Chine par leurs propres moyens, est sans incidence sur le bien-fondé des sanctions prononcées.

9. En cinquième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , dans sa rédaction alors applicable, issue de la loi du 7 mars 2016: " () Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article

L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre. / () ". Aux termes de l'article L. 8256-2 du code du travail : " le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 15 000 euros () ". Aux termes de l'article L. 8256-7 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2014-790 du 10 juillet 2014 : " Les personnes morales reconnues pénalement responsables, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions prévues au présent chapitre, à l'exception de l'article L. 8256-1, encourent : / 1° L'amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal ; / () ". Ce dernier article prévoit que " le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction. / () ".

10. Si la SARL New Imperial soutient que le montant de la contribution spéciale mise à sa charge dépasse le plafond de 15 000 euros fixé par les dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des dispositions de l'article L. 8256-2 du code du travail, auxquelles renvoie l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de celles de l'article L. 8256-7 du code du travail, qui renvoient à l'article 131-38 du code pénal, que le cumul des contributions spéciale et forfaitaire mises à la charge d'une personne morale pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler ne peut excéder la somme de 75 000 euros par salarié, alors que le montant total en litige est de 19 218 euros.

11. En sixième et dernier lieu, la société requérante ne peut utilement soutenir que la décision en litige porte directement atteinte au principe de proportionnalité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 dès lors que cette décision fait application de dispositions législatives.

Sur les conclusions à titre subsidiaire tendant à la réduction du montant des contributions spéciales et forfaitaires :

12. Aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. /II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7/ III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ".

13. Le directeur général de l'OFII a mis à la charge de la SARL New Imperial la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail au montant forfaitaire de

2 000 fois le taux horaire du minimum garanti, soit la somme de 14 600 euros. La société requérante ne démontre ni même n'allègue que sa situation relèverait des hypothèses prévues par le III de l'article R. 8253-2 du code du travail. Par suite, le directeur de l'OFII n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 8253-1 et de l'article R. 8253-2 du code du travail en ce qui concerne le montant de la contribution spéciale appliquée à la SARL New Imperial. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que les conclusions tendant à la minoration du montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement doivent également être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par la SARL New Imperial doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL New Imperial est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL New Imperial, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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