jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2101098 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | STEPHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, Mme B A épouse C, représentée par Me Stephan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans ce même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 121-1, L. 121-3 et R. 121-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 121-1 précité ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 7 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le 29 mars 2022 à 12 h 00.
Le préfet de Seine-et-Marne, à qui la requête a été communiquée le 4 février 2021, n'a pas produit d'observations.
Mme A épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A épouse C, ressortissante algérienne, née le 21 mars 1981, a sollicité du préfet de Seine-et-Marne, le 10 janvier 2019, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ". Par une décision du 30 septembre 2020, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". L'article L. 121-3 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur, dispose : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un Etat tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ".
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le conjoint d'un citoyen de l'Union européenne résidant en France peut bénéficier d'une carte de séjour en qualité de membre de famille, à condition que ledit ressortissant exerce une activité professionnelle ou dispose de ressources suffisantes pour lui et les membres de sa famille, ces deux conditions, prévues respectivement par le 1° et le 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant alternatives et non cumulatives. Il résulte également de ces dispositions combinées que le ressortissant d'un Etat tiers ne dispose d'un droit au séjour en France en qualité de conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne que dans la mesure où son conjoint remplit lui-même les conditions fixées au 1° ou au 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont alternatives et non cumulatives.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse C s'est mariée le 27 décembre 2012 en Algérie avec un ressortissant suédois, père de leurs deux enfants nés les 1er janvier 2015 et 15 juin 2016 à Stockholm. La requérante s'est vue délivrer par les autorités suédoises un titre de séjour valable du 6 avril 2016 au 5 avril 2021.
5. Pour refuser de délivrer à l'intéressée un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant de l'Union européenne, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur la circonstance que son époux n'avait pas de droit au séjour en France, dès lors qu'il ne justifiait pas disposer, pour prendre en charge son conjoint, de ressources suffisantes au sens des dispositions du 2° de l'article L. 121-1 précité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, l'époux de l'intéressée avait travaillé en qualité de manutentionnaire et d'agent de tri en intérim de mars 2019 à décembre 2019 pour un nombre total de 1 234 heures et qu'il avait créé, le 3 juillet 2020, une entreprise individuelle pour l'exercice d'une activité commerciale dans la vente et l'achat de biens non réglementés. Par suite, c'est à tort que pour fonder la décision de refus de séjour attaquée, le préfet de Seine-et-Marne a opposé à Mme A épouse C la condition alternative de ressources suffisantes visée au 2° de l'article L. 121-1 précité, sans examiner si elle remplissait les prescriptions du 1° de ce même article. Dès lors, le moyen de l'erreur de droit qui entache la décision de refus de séjour contestée doit être accueilli.
6. Il résulte de tout ce précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A épouse C est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ".
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".
8. L'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, n'implique pas d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à Mme A épouse C une carte de séjour temporaire portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ", mais seulement, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant cette mention. Il y a lieu d'enjoindre à l'autorité administrative d'y procéder dans un délai de dix jours, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Stephan, avocate de Mme A épouse C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Stephan d'une somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er: La décision du 30 septembre 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à Mme A épouse C un titre de séjour portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la demande de délivrance d'un titre de séjour de Mme A épouse C, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Stephan, conseil de Mme A épouse C, une somme de 1 000 euros, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Stephan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A épouse C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Stephan.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Mentfakh, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
L. D
La présidente,
M. E
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026