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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101137

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101137

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, Mme D C, représentée par Me Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et, dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Val-de-Marne, à qui la requête a été communiquée le 5 février 2021, n'a pas produit d'observations.

Une mise en demeure a été adressée le 25 octobre 2021 à la préfète du Val-de-Marne.

Par ordonnance du 8 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 janvier 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante sénégalaise née le 10 mars 1989, est entrée en France le 23 juillet 2017. Le 2 mai 2018, elle a épousé M. A, ressortissant sénégalais et deux enfants sont nés de cette union, les 24 mai 2018 et 13 janvier 2020. Par un arrêté du 17 décembre 2020, dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour le 17 décembre 2020, le préfet du Val-de-Marne s'est fondé, notamment, sur le caractère récent de sa vie commune avec son époux, depuis leur mariage le 2 mai 2018 et l'insuffisante stabilité de la cellule familiale, malgré la naissance de deux enfants en 2018 et 2020. Or, Mme C fait valoir la stabilité de sa communauté de vie avec son époux, ressortissant sénégalais, titulaire d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 9 mars 2020 au 8 mars 2024, ainsi que la contribution de celui-ci à l'entretien et à l'éducation des enfants. Une copie de cette requête a été communiquée le 5 février 2021 à la préfète du Val-de-Marne qui a été mise en demeure le 25 octobre 2021 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est demeurée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par Mme C ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, la préfète doit être réputée avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Dès lors et au vu des éléments produits relatifs à sa situation personnelle et familiale, Mme C doit être regardée comme établissant avoir fixé le centre de ses intérêts privés en France, notamment au regard de la stabilité de la situation professionnelle de son époux, faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Sénégal. Par conséquent, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Val-de-Marne a porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et, par suite, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, Mme C est fondée à obtenir l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. L'illégalité de la décision portant refus de séjour, ainsi qu'il vient d'être jugé, entache d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français, ainsi privée de base légale, laquelle doit, par voie de conséquence, être annulée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, Mme C est fondée à obtenir l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

9. L'exécution du présent implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à Mme C. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il y ait lieu de prononcer l'astreinte réclamée.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Mme C, qui n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle, ne peut, dès lors, se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, il y a, toutefois, lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de la requérante, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-de-Marne du 17 décembre 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme C un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui fournir, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à Mme C une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

M. ELa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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